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MUSIQUES BUISSONNIERES

  • Forever Young

    neil young, earth, promise of the realInutile de me chercher, vous risqueriez de ne pas me trouver. Je suis quelque part, pas très loin mais ailleurs... Occupé avec le nouveau disque de Neil Young, un double live qui s’appelle Earth. Je vous vois venir : encore ce type ? depuis tout ce temps ? Eh bien oui, encore lui, qu’on surnomme le loner parce qu’il a des allures de vieux loup solitaire un peu efflanqué (c’était aussi le titre d’une des compositions de son premier disque, ce qui a pu contribuer à faire naître ce surnom). Le gars du genre bougon, un peu obsessionnel aussi, qui a accumulé des paquets de disques depuis les années 60, quand il était l’un des membres de Buffalo Springfield. Et qui vous raconte, dans un récent et remarquable Very Good Trip, une émission de Michka Assayas sur France Inter, qu’il a fini par se remettre à la fumette après avoir arrêté. Avec ou sans, il s’est rendu compte qu’il restait créatif alors pourquoi se priver, je vous le demande ? C’est bien simple : si je fais une exception pour les années 80 qu’il a traversées non sans mal (comme bien d’autres d’ailleurs), j’ai une indulgence absolue pour sa musique. Et pour lui, de façon plus générale. J’ai même lu son bouquin du début à la fin. La plupart du temps, au moment où j’achète un nouveau disque de lui, je sais ce que je vais entendre, ce n’est pas la surprise qui aiguise mon appétit, mais plutôt le plaisir de retrouver un son et une voix qui, loin de satisfaire aux critères de la perfection façon télé-crochet avec jury has been, me font souvent dresser les poils des bras. C’est comme ça, je ne maîtrise pas la chose. Neil Young, c’est un musicien de chevet, si vous me passez l’expression. Présent chez moi depuis ma primo-adolescence et en particulier grâce à l’album, son deuxième en solo, Everybody Knows This Is Nowhere (sûrement mon préféré, soit dit en passant). Il durera jusqu’à ma propre fin, c’est certain.

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  • Patrick Gauthier : Clinamens

    patrick gauthier, clinamensNow playing… Je me suis rendu au Triton (une double salle de concert sise aux Lilas) le 14 mai dernier pour assister au concert de Patrick Gauthier venu présenter le répertoire de Clinamens, son nouveau disque paru chez Disk Union. J’en ai d’ailleurs rendu compte dans une chronique de Citizen Jazz. Ainsi donc, celui qui fut à plusieurs reprises, dans les années 70 et 80, l’un des pianistes de Magma et qui depuis plus de 40 ans est le compagnon de route de Richard Pinhas, son frère en musique, revient après une interminable absence. Près de 20 séparent en effet Clinamens de son prédécesseur, Le Morse, qui avait vu le jour en 1997. On n’osait plus y croire, malgré quelques signes qui nous laissaient espérer un retour sur le devant de la scène. Cette attente est – enfin ! – récompensée par un disque – le quatrième seulement – pour l’enregistrement duquel Patrick Gauthier a joué la carte de l’épure : un piano et deux voix, celles d’Antoine et Himiko Paganotti (mais aussi Isabelle Carpentier sur deux titres) et pour ces derniers un véritable exercice de haute voltige. Si on identifie très vite la signature tournoyante et féérique du compositeur, ses influences qui s’étendent de la musique classique du début du XXe siècle à celles des pays de l’Est (Patrick Gauthier a des racines lituaniennes et ukrainiennes), c’est avant tout sa part d’enfance qui saute, sinon aux yeux, du moins aux oreilles. Le pianiste semble nous exhorter à célébrer l’innocence perdue des premières années de la vie, celles que les humains sont trop pressés d’écourter pour entrer de plain-pied dans leur monde mercantile et violent. « Fairy Tale », « Fantômas », « L’oiseau » en sont trois illustrations gorgées d’un enchantement communicatif. Mais Clinamens est aussi un album de voyages, qui nous conduit « Sur un marché persan » ou du côté de « Vilna », plus connue aujourd’hui sous le nom de Vilnius. L’occasion de retrouver le vieux complice Bernard Paganotti et sa basse, comme au bon vieux temps de Magma mais aussi du groupe Weidorje sur l’unique disque duquel cette composition hypnotique figurait en bonne place. Il y a du bonheur dans ces retrouvailles. Et si Patrick Gauthier nous y autorise, il serait aimable de ne pas nous infliger à nouveau une si longue absence.

    Pour en savoir plus et/ou commander le disque, c’est ICI.

    En bonus, un court extrait du concert de Patrick Gauthier au Triton, le 14 mai 2016...

  • Karl Jannuska : Midseason

    karl jannuska, midseason, tony paeleman, pierre perchaudNow playing… Karl Jannuska est un musicien prisé de ses pairs. Ce ne sont pas Olivier Bogé, Tony Paeleman, Pierre Perchaud, Thomas Savy, Sophie Alour, Tam De Villiers, pour n’en citer qu’un échantillon, qui me diront le contraire, car ceux-là l’ont côtoyé et en connaissent les inspirations tant mélodiques que rythmiques. Le batteur canadien est ce qu’on peut appeler une valeur sûre dont Halfway Tree, publié sous son nom en 2012, était un indiscutable marqueur et marquait sa volonté d’ouvrir son répertoire à la chanson ou, plus largement, à ce qu’on qualifiera hâtivement de pop. Plus près de nous, au début de l’année, on a pu respirer à pleins poumons un Inhale/Exhale en quartet avec trois de ses amis : Tony Paeleman, Pierre Perchaud et Christophe Panzani (le saxophoniste vient de publier de magnifiques Âmes perdues en duo avec sept pianistes). Et le voici qui revient en leader avec Midseason et sa réjouissante collection de treize songs. Des compositions, toutes de courte durée (elles dépassent rarement quatre minutes), dont la réalisation fut un peu particulière dans la mesure où les musiciens ont enregistré leur contribution les uns après les autres. On retrouve ici une fois encore Tony Paeleman aux claviers et Pierre Perchaud à la guitare, augmentés cette fois de Julien Herné à la basse. Et qui dit chansons dit paroles : outre les musiques, Karl Jannuska a signé tous les textes et a pu compter sur les voix de Sienna Dahlen (avec laquelle il travaille depuis plusieurs années) et de Denzal Sinclaire, un compagnon de route rencontré il y a vingt ans à l’Université MgGill de Montréal. Ajoutons pour être complet le violoncelle d’Andrew Downing et la voix de Sonia Cat-Berro sur quelques titres.

    Midseason, paru chez Absilone, est un disque de la limpidité, dont les climats volontiers éthérés ne sont pas sans faire penser parfois à l’esthétique de Brian Eno (« Midseason Rise », « Beautiful Fragility »), ne laissant en outre que peu de place à l’improvisation. Ce n’est pas le lieu pour ça... Ici, comme on l’a compris, le format est ramassé, la priorité donnée à la définition de formes sonores où les claviers de Tony Paeleman démontrent une fois encore les qualités d’architecte des textures de ce musicien hyperactif. Les textes sont de nature autobiographique (« Canada Famous »), ils ne manquent pas d’évoquer la passion de Jannuska pour le base-ball, qui a inspiré le titre de l’album. Leur facture est le plus souvent impressionniste (« Beautiful Fragility », « Early Bird ») voire méditative (« Sleelessness »). On tombe très vite sous le charme de ces « bulles poétiques » aux rythmes changeants et entêtants qui confirment la place de choix qu’occupe Karl Jannuska non seulement comme batteur, mais aussi comme compositeur. Au premier abord, Midseason a des allures de parenthèse enchantée, mais ce disque est bien plus que cela : il est une affirmation, celle d’un quadragénaire en pleine santé créative. Le Canadien a beau ne pas être un débutant, on se dit qu’il a une multitudes d’histoires à raconter et qu’à cet égard, ce disque n’est probablement qu’un commencement. On attend la suite...

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  • Fabrice Martinez Chut! : Rebirth

    fabrice martinez, rebirth, onj recordsNow playing… Je sais, pour avoir échangé brièvement avec lui sur le sujet, que Fabrice Martinez se défend d’avoir subi l’influence de King Crimson en composant « Rebirth » qui ouvre son nouveau disque. Dont acte, mais tout de même : la basse grondante de Bruno Chevillon, la frappe sèche aux accents brufordiens d’Éric Échampard, les claviers de Fred Escoffier et leurs stridences frippiennes… Que les crimsoniens de tout poil me jettent le premier riff s’ils n’y entendent pas un début de parentèle avec leur groupe fétiche. C’est puissant et ça vient des entrailles… Et puis qu’importe : par leur entrée en fanfare, ces trois minutes introductives sont annonciatrices d’un disque qui semble né d’un cercle vertueux. Comment ? En rassemblant des amis de longue date dans un studio – Ferber en l’occurrence – dont le maître des lieux, le toujours juste Maïkôl Seminatore, sera capable de vous mitonner le son aux petits oignons que vous avez en tête. Quelque chose d’un peu « à l’ancienne », avec un orgue Hammond, une bonne vieille basse électrique, une batterie qui claque, des synthétiseurs comme autrefois, un peu de distorsion et autres effets qui vous rapprochent – cette fois ce n’est pas moi qui le dis – d’un « esprit Motown ». Et vous, vous enregistrerez dans les conditions du live, sans céder aux sirènes du re-recording, pour célébrer une renaissance et laisser libre cours à vos élans. Car tel est aussi le titre de cet album plein de jus : Rebirth, une nouvelle production à mettre au crédit d’ONJ Records, décidément en pleine forme. Avec de tels arguments, on en chercherait presque le 33 tours…

    Ce disque – le troisième du quartet Chut! – pourra vous emporter dans des contrées où un autre esprit, celui du Miles des années électriques (« In A Silent Way », « Bitches Brew ») rôde, avant de vous plonger dans un grand bouillon électrique : c’est par exemple le cas de « Transe », surchauffé par la guitare en fusion de Stéphane Bartelt jusqu’à son final hypnotique. Les synthétiseurs, le Fender Rhodes et l’orgue Hammond, agents de voyage zélés, vous feront remonter le temps, pas loin des années 70 (« Smity » ou « Roots ») sans pour autant être passéistes ; on guette çà et là du coin de l’œil pour voir si Herbie ne serait pas lui non plus dans les parages (« Aux cendres etc », son synthétiseur et son blues final). Posez-vous quelques minutes et installez-vous « Derrière la colline », où la paire Chevillon – Échampard, rayonnante, provoque l’embrasement d’une ballade signée Fred Escoffier : alors vous comprendrez ce que peuvent signifier le lyrisme et la lumière intérieure qui émanent de la trompette de Fabrice Martinez. Son jeu est un « coup d’éclat permanent », ce qu’on savait déjà de par ses expériences passées, notamment les plus récentes (réécoutez Europa Berlin de l’ONJ, ça devrait suffire à vous convaincre), mais il se pare ici d’une brillance supplémentaire qui reflète sans nul doute une maxime énoncée par notre homme lui-même : « Savourer le bonheur de se lever le matin pour faire exactement ce qu’on a envie de faire ». Un principe père d’une succession d’élans mélodiques à vous donner le frisson. Tiens, c’est bien simple : si j’osais, je qualifierais cette musique de sexy : par le fond et par la forme, avec ses rondeurs et sa belle santé, par son franc sourire aussi. Rebirth, c’est un concentré de plaisir, un objet musical qui claque comme un drapeau au vent.

    On notera que la conclusion du disque est d’une nature un peu différente : si « Prune » commence avec la formule du quartet dans une longue montée en tension, cette composition prend fin sous la forme d’un duo piano-trompette à la tonalité romantique, presque classique. Une coda sentimentale, en quelque sorte, qui tend à démontrer que Fabrice Martinez n’a pas seulement du souffle : il a aussi un cœur gros comme ça !

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  • Abhra

    Abhra.jpgNow playing… Pour ne rien vous cacher, le saxophoniste Julien Pontvianne est selon moi un drôle de loustic. Un énorme point d’interrogation, qui prend un malin plaisir à ne pas vous fournir les réponses aux questions que pose sa musique. C’est à vous d’essayer de vous faufiler dans son monde de silence et d’y trouver une place. Rien de péjoratif dans cette manière de qualifier celui dont j’avais déjà salué le talent très singulier à l’occasion de la publication de Silere, un disque étonnant de l’Aum Grand Ensemble. Je me souviens de l’expression « immobilités apparentes » : elle m’était venue à l’esprit après que j’ai découvert cette musique surgie d’ailleurs, mue dans le quasi silence de souffles esquissés. Que dire par ailleurs de Watt, son quatuor de clarinettes, et de son deuxième disque, encore plus mystérieux, paru chez BeCoq il y a quelques mois ? Imaginez une composition plus immobile que Silere, dont la durée à elle-seule est un défi : soixante-dix-sept minutes ininterrompues, et l’impression que presque rien ne bouge dans cette respiration à quatre souffles continus au cœur desquels on perçoit à peine mouvements et décalages, pour peu qu’on n’y prête pas attention. Il faut s’accrocher à sa propre volonté d’en savoir plus pour ne pas courir le risque de se perdre dans un espace infini dont les trois autres gardiens ne sont pas des inconnus : Jean Dousteyssier (dont j’ai évoqué le Post K voici quelques jours), Antonin Tri-Hoang et Jean-Brice Godet. Et pour être franc, je vous accorderai le droit d’être un peu dérouté par cette aventure dans laquelle on ne peut entrer vraiment qu’à condition d’avoir libéré son esprit de toutes les chaînes de notre quotidien formaté. Julien Pontvianne invente la musique de l’abandon.

    Immobilité. Silence. Mystère. Vide. Atmosphère flottante. Voilà le début d’un lexique qui pourrait définir l’approche esthétique de ce musicien explorateur. En sanskrit, Abhra signifie justement l’atmosphère et le vide : c’est le titre que Julien Pontvianne a donné à son nouveau projet, pour lequel il s’est entouré d’une formation internationale aux couleurs changeantes mais tout aussi confidentes qu’à l’habitude. À n’en pas douter, notre homme est toujours en quête d’une musique en état de lévitation. À ses côtés, la chanteuse irlandaise Lauren Kinsella, la violoncelliste anglaise Hannah Marshall, les Italiens Francesco Diodati (guitare) et Matteo Bortone (contrebasse), sans oublier son cher compatriote Alexandre Herer aux claviers. On connaît ce dernier pour toute la tâche qu’il accomplit dans le cadre d’Onze Heures Onze, sur le label duquel le flottant Abhra voit le jour. Ce sextet, plus que jamais introspectif, s’est réuni autour de textes de Henry David Thoreau, philosophe et poète américain du XIXe siècle et qui constituait déjà la source d’inspiration de Silere. Il faut se souvenir que Thoreau plaçait la nature au centre de sa pensée et avait compris que « pour être et s’ancrer au monde, il suffit de respirer, goûter, toucher, regarder, écouter le silence, ressentir, contempler, observer ». Et c’est bien une telle approche qui constitue la véritable clé permettant d’ouvrir en grand la porte de cet univers musical sans équivalent. Il faut apprendre le lâcher prise. Si, de façon paradoxale, les textures sonores déployées dans Abhra, d’une grande délicatesse, sont une invitation au silence, elles sont peut-être le terrain le plus propice à l’envoûtement que suscite le chant diaphane de Lauren Kinsella, une grande découverte pour ce qui me concerne. Abhra est un disque de la lenteur, ce qui à notre époque est presque une provocation. Julien Pontvianne et ses musiciens nous invitent à stopper un temps notre course folle et à nous interroger sur le sens à donner à l’urgence qui nous ronge. Où allons-nous, quelle est la nature réelle de cette frénésie qui nous emporte et pourquoi sommes-nous si souvent incapables de supporter le silence ? Il y a plein de réponses à toutes ces questions dans Abhra : laissez-vous aller, fermez les yeux, écoutez, vous aller trouver.

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  • Shoplifters : There Is A Light

    shoplifters, there is a light, michael civilian, alexandra prat, philippe canovas, sebastien maire, christian mariottoNow playing… Ce n’est pas parce que les musiciens formant le groupe Shoplifters ont eu la gentillesse de me demander d’écrire les liner notes de There Is A Light que je dois pour autant passer sous silence la sortie de leur premier disque. Car le plaisir est là, avant toute chose : celui d’une re-création. Ou comment revisiter sans le paraphraser, mais en lui donnant de nouvelles couleurs, plus lumineuses pour ne pas dire solaires, un passé musical remontant aux années 70 ou 80 dont les groupes phares avaient pour nom : The Smiths, Joy Division ou The Smiths. On rassemblait ce petit monde britannique, parce qu’on aime bien les étiquettes, sous la bannière cold-wave. Comme un témoignage du désenchantement face à la montée du chômage de masse et à sa casse sociale thatcherienne sans précédent depuis des décennies en Europe. Tiens, à ce sujet, je vous recommande vivement la lecture d’un passionnant article du quotidien britannique The Guardian.

    Revenons à la musique... À ces formations dont l’esthétique était parfois glacée, il faut pour être complet ajouter The Velvet Undergound, groupe made in US au visage sombre, qui s’était fait entendre quelques années plus tôt. Une sorte de parrain… Shoplifters (les voleurs à l’étalage) tire son nom d’une chanson des Anglais The Smiths, « Shoplifters Of The World ». Ils ont aussi emprunté There is a light, titre de ce premier disque, à une autre composition de ce groupe emmené par Steven Patrick Morrissey. Pas d’imitation, donc, mais une fusion en tous points réussie des différentes expériences musicales – rock, funk, soul music, jazz dans tous ses états – des cinq protagonistes qui éclairent avec une assurance tranquille un petit trésor musical du genre ombrageux. Alexandra Prat prête sa voix confidente et chargée de beaucoup de sensualité ; Michael Cuvillon, instigateur du projet, n’hésite pas à troubler son saxophone de quelques effets électroniques et ludiques à la fois ; la guitare de Phlippe Canovas est plus que jamais atmosphérique, guettant du coin de l’œil un rock volontiers exploratoire ; quant à la rythmique formée par Sébastien Maire (contrebasse) et Christian Mariotto (batterie), elle nous balade, jusqu’à l’Afrique s’il le faut. Et si la lumière tant convoitée était à chercher de ce côté-là ? Allez savoir… Quoiqu’il en soit, There Is A Light est une délicieuse invitation au voyage, dans l’espace et dans le temps.

    PS : Shoplifters ouvrait cette semaine le bal du festival Vand’Jazz à Vandœuvre-lès-Nancy. J’y étais, tout comme mon complice Jacky Joannès qui m’a rapporté cette photographie. Merci à lui !

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    Pour en savoir plus sur Shoplifters, c’est ICI.

  • CharlElie Couture : Lafayette

    charlelie couture, lafayetteNow playing… Oui, oui, vous avez bien lu : CharlElie Couture. Mais que vient donc faire ici ce monsieur qu’on estampille à tort « variété française » et qui est avant tout un rockeur « fort rêveur » ? C’est que ce bonhomme-là, je l’aime bien, et ça ne date pas d’hier. Je ne prétends pas connaître sa vingtaine d’albums sur le bout des doigts, même si j’ai écouté la plupart d’entre eux, et je ne l’évoque pas ici parce qu’il est natif de Nancy, une ville que j’habite depuis… bien longtemps. Je ne m’attarderai pas non plus sur le cas de celui qui vit à New York depuis une douzaine d’années, par ailleurs peintre tout aussi singulier que le chanteur porteur d’une longue barbiche pointue dont la voix nasillarde est une énigme pour beaucoup. Pas facile d’expliquer en quelques mots la sympathie que le monsieur m’inspire, mais j’ai l’impression qu’il est un homme libre, ou du moins aussi libre que possible dans ce monde étrange et gris fabriqué par des humains égarés.

    Et puis, entrons dans le vif du sujet, la vraie raison de cette chronique, c’est Lafayette, son nouveau disque. Un pur plaisir. Je le dis avec d’autant plus de simplicité qu’Immortel, son prédécesseur, m’avait laissé un petit goût, sinon amer, du moins fade. La faute sans doute à cette drôle d’idée consistant à s’assurer le concours artistique de l’inévitable Benjamin Biolay. Ou la garantie d’un hors sujet et d’un glissement progressif vers la standardisation : de surcroît, on ne décelait pas dans ce disque mi-figue mi-raisin la moindre prise en compte de la singularité de CharlElie Couture, chanteur atypique s’il en est. Or, le Lorrain vaut mieux qu’une série de chansons-sirop, il lui faut du brut, de l’authentique, du râpeux : c’est bien ce qu’on trouve dans ce nouveau disque enregistré en Louisiane avec des musiciens du cru, y compris le mythique Zachary « Travailler c’est trop dur » Richard qui pointe le bout de ses cordes vocales sur deux titres. Lafayette est un disque qui va à CharlElie comme un gant en peau d’alligator. Au préalable longuement trempé dans les eaux boueuses du marigot, le son est roots, joliment sali par des instruments pétillants au service d’un blues rock champagne des bayous : guitares électriques, dobro, orgue Hammond, piano, banjo, pedal steel, accordéon, une poignée de cuivres pour épicer le goûteux ragout. Zéro pour cent de matière synthétique… CharlElie Couture, lui, s’amuse comme un gamin et ce n’est pas pour rien qu’il entame son album par une chanson intitulée « On va déconner ». Pas un seul instant la tension ne se relâche tout au long des 13+1 titres, même à l’occasion des ballades qui évitent cette fois l’écueil de la mièvrerie. Lafayette est une sorte de one shot, un tir groupé sans temps mort ni faute de goût dont la conclusion est une noueuse reprise de « House Of The Rising Sun » devenu « Maison Soleil Levant ». Et si mon ex-concitoyen m’autorise cette recommandation, j’aimerais souligner le fait que le filon me semble loin d’être épuisé. Il y a encore de la matière première à exploiter au point qu’on attend la suite avec impatience. Surtout, on comprend plein de choses qui nous titillaient depuis les originelles 12 chansons dans la sciure : cette drôle de diction, cet accent bizarre, cette voix traînante, cet assemblage vocal faussement bancal… Bon Dieu, mais c’est bien sûr : CharlElie Couture est un Acadien qui s’ignorait.

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  • Jean Dousteyssier : Post K

    Jean_Dousteyssier_Post_K.jpgNow playing… Il s’en passe de belles du côté des soufflants de l’ONJ. Il y a quelques mois, Fidel Fourneyron avait relevé avec brio le défi d’un exercice de High Fidelity, seul aux prises avec son trombone. Et c'est au tour de Jean Dousteyssier de s'y coller puisque ce dernier fait vibrer les anches de ses clarinettes avec Post K, un disque publié sur le label ONJ Records. Voilà un musicien singulier – il peut aussi se glisser dans la peau d’un saxophoniste au sein de l’Umlaut Big Band – qui n’a pas attendu d’être adoubé par Olivier Benoit pour faire entendre sa différence. Et quelle différence ! Souvenons-nous, par exemple, du tentet Pan-G dont il est l’une des voix les plus débridées. Post K (comprenez Post Katrina, du nom de l’ouragan qui a dévasté la Nouvelle-Orléans), le voit entouré de son frère Benjamin aux saxophones, Matthieu Naulleau au piano et d’Elie Duris à la batterie. C’est un disque qui ressemble à s’y méprendre à un joyeux exercice de reconstruction : Jean Dousteyssier et ses camarades ont eu l’excellente idée de s’emparer du répertoire des années 20-30, en particulier celui des pianistes stride Fats Waller, Willie « The Lion » Smith ou Eubie Blake, pour le chahuter sans ménagement, comme s’ils l’avaient retrouvé éparpillé en mille morceaux façon puzzle après le passage de l’ouragan et qu’il avait fallu le remettre sur pieds. Mais pas forcément dans son état initial, parce qu’il faut comprendre que ces jeunes musiciens sont aussi très influencés par le free-jazz des années 60 et 70 et par les musiques improvisées. Dans ces conditions, vous devinerez très vite que Post K n’est pas un disque banal, il se présente comme une suite de treize pièces de courte durée dans lesquelles le quatuor s’en donne à cœur joie. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un exercice de style, tant s’en faut : c’est une proposition ludique et savante à la fois, c’est la réconciliation possible des anciens et des modernes. Bref, c’est un jazz vivifiant pour tous qui suscite l’adhésion instantanée. J’aurais presque envie d’en demander le remboursement par la Sécurité Sociale… Et ce n’est pas fini du côté de l’ONJ puisque son trompettiste Fabrice Martinez vient de dégainer un tonique Rebirth dont il sera très vite question du côté des musiques buissonnières.

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  • Dré Pallemaerts : Coutances

    dre pallemaerts, coutances, jozef dumoulin, bill carrothers, mark turnerNow playing... Neuf ans environ après Pan Harmonie, le batteur Dré Pallemaerts réunit à nouveau sa formation de rêve : Mark Turner au saxophone, Bill Carrothers au piano et Jozef Dumoulin aux claviers et Rhodes. L’album s’appelle Coutances, comme la ville normande où se tient le festival Jazz sous les Pommiers. C’est là que le quatuor s’était installé il y a quelque temps en résidence. Le résultat est de toute beauté, une sorte de mélancolie brumeuse s’installe et la magie opère, qui enveloppe six compositions du batteur, deux improvisations collectives (« Sun Salutation » et « Moon Salutation ») et une reprise envoûtante de « Première pensée Rose+Croix » d’Erik Satie. La frappe suspendue d’un Dré Pallemaerts habité, le néo-classicisme aux intonations romantiques de Bill Carrothers, le chant méditatif, presque mystique, des anches de Mark Turner et les claviers de Jozef Dumoulin qui semblent explorer des contrées baignées d’une lumière vespérale : voilà qui fait un grand disque, une parenthèse en lévitation, un des moments forts de cette année 2016, assurément. On pourra aussi s’imprégner de toute l’énergie qui anime « Brussels Parijs », comme un hommage rendu aux deux capitales devenues récemment sœurs de sang.

    Pour écouter, c'est ICI, pour en savoir plus et/ou commander le disque, c'est .

  • Citizen Jazz, le livre des 15 ans !

    Participez à l’édition d’un ouvrage unique et à tirage limité, disponible uniquement sur souscription : la revue des 15 ans de Citizen Jazz.

    Citizen JazzDepuis 2001, une équipe d’observateurs s’est constituée, puis soudée, étoffée, renouvelée.
    2001-2016, 15 ans à suivre en France, en Europe et dans le monde ceux qui jouent, créent, recréent, programment, partagent ces musiques vivantes.
    Chaque semaine, Citizen Jazz présente les nouveautés, de quoi lire, de quoi sortir.
    Le magazine illustre en images les concerts, met en valeur les musicien.nes et musiques et les défend.

    Plus qu’un simple média rendant compte de la vitalité du jazz, Citizen Jazz a, au fil des années, constitué un réseau, fédéré une communauté de passionnés, d’amateurs et de professionnels, tous militants. Une équipe de personnalités très différentes qui réalisent bénévolement, en plus de leurs journées de travail, un magazine hebdomadaire devenu une référence de la presse jazz francophone, avec plus de 25000 lecteurs par mois, un record en la matière.

    Pour marquer cet anniversaire, les photographes, rédacteurs, dessinateurs, vidéastes et collaborateurs réguliers de Citizen Jazz, en association avec Denis Esnault (directeur de la publication et cofondateur de la revue Irreverent) vont éditer un ouvrage unique et à tirage limité, disponible uniquement sur souscription : la revue 15 ans de Citizen Jazz.

    Il s’agit d’une revue au contenu entièrement inédit, qui revient sur les quinze années passées à rencontrer des musicien.nes, à assister à des concerts, à écouter des disques.

    De nombreuses personnalités du jazz ont participé, musicien.nes, journalistes, programmateurs, diffuseurs et plusieurs graphistes participent à l’ensemble en prenant des cartes blanches dans la revue.

    La souscription, c'est ICI : www.citizenjazz.com/Passage-en-Revue-15-ans-de-jazz.html

  • Cercles vertueux

    anne paceo, circles, tony paeleman, emile parisien, leila martialPetit retour en arrière. Lorsque Circles est sorti au mois de janvier chez Laborie Jazz, il ne faisait aucun doute qu’Anne Paceo, plus que jamais, célébrait le chant qui résonne en elle depuis sa plus tendre enfance en Côte d’Ivoire. Ce qu’a d’ailleurs expliqué cette musicienne voyageuse : « Quand j’écris un nouveau morceau, la première chose qui vient c’est toujours la mélodie. J’écris beaucoup en chantant. Ma musique est souvent reliée à des expériences, des rencontres, des mouvements intérieurs, des endroits qui m’ont marquée. Je raconte des histoires, mes histoires, sans forcement mettre des mots dessus. Pour moi la musique doit avant tout parler aux sens ». Enfant de la batterie qui a appris de son mentor Dré Pallemaerts – dont je vous recommande en passant le nouveau disque appelé Coutances, où brille de mille feux une triplette magique composée de Bill Carrothers, Jozef Dumoulin et Mark Turner – à quel point il est vital d’incarner chaque note jouée, Anne Paceo a côtoyé la fine fleur du jazz, aligné une poignée de disques gorgés de lumière, avec son trio Triphase (Triphase en 2009 et Empreintes en 2010) ou son quintet Yôkaï, sans oublier une collaboration avec la chanteuse Jeanne Added qu’elle a accompagnée sur scène jusqu’à une époque récente. Et la voici qui revient, entourée d’une nouvelle équipe dont la composition ne doit absolument rien au hasard. Car pour créer une musique qui se révèle un tant soit peu ensorcelée, encore faut-il trouver les magiciens pour la servir.

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  • « Free as a bird »

    boffo_vol_doiseaux.jpgDans les deux romans qu’il m’est arrivé de commettre (Ladies First! en 2013 et La part des anches, à paraître en septembre prochain), on peut croiser un personnage nommé Jean-Pascal Argentini. C’est un guitariste qui a enregistré une bonne dizaine d’albums et façonne un univers très poétique au deuxième étage d’une grande maison, quelque part dans une petite ville de Moselle, là où est installé son studio d’enregistrement. Parce que cet artiste-là, il faut le savoir, n’est pas seulement musicien, il est aussi ce qu’on pourrait appeler un « ingénieur amoureux du son », dont la « patte » particulière, toute en finesse et notes cristallines, est recherchée par les deux musiciennes, une chanteuse puis une saxophoniste, qui sont les personnages principaux de mes deux fictions. Je ne m’en suis jamais vraiment caché : ce Jean-Pascal Argentini est le double d’un autre Jean-Pascal, bien réel celui-là. Ce dernier exerce la plupart du temps ses talents à Clouange, dans le studio Amper (Association Musicale Pour l’Expansion du Rock) sur lequel il veille avec la plus grande attention depuis bien longtemps maintenant. Ah, j’oublie l’essentiel : notre homme s’appelle Jean-Pascal Boffo. Je suis son activité de près, mettant un point d’honneur à me procurer ses disques dès leur sortie, en règle générale directement auprès de leur concepteur. Boffo, c’est quelqu’un qui suscite la fidélité la plus absolue, lui dont le progressive folk (j’ose espérer qu’il acceptera cette définition), façonné jour après jour après une première immersion dans le rock progressif, parfois pétri d’influences Zeuhl, de groupes comme Larsen, Déjà Vu, Mandragore, Geheb-Rê ou Troll (je me permets de vous renvoyer à sa biographie si vous souhaitez en savoir plus), est habité d’une lumière dont les scintillements viennent en droite ligne des cordes de sa guitare. Cette dernière est non seulement l’instrument le plus cher à son cœur mais sans nul doute pour lui une compagne de chaque instant.

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  • Un grand voyage

    madeleine_salomon.jpgJe ferai preuve d'honnêteté en vous confiant que je me suis bien fait cueillir par ce disque. À froid, et en quelques secondes. La flèche en plein cœur ! Je m’y attendais d’autant moins que j’ignorais jusqu’à l’existence même du duo de musiciens qui lui a donné naissance. L’objet est arrivé chez moi discrètement, dans son digipack sobre à l’intérieur rouge uni. Au recto, un homme et une femme assis devant les rayonnages d’une bibliothèque croulant sous des centaines de livres. Puis j’ai entendu la voix de Clotilde Rullaud chantant a cappella « Image », une chanson de Nina Simone. Premier choc… Une voix grave, chaude, dont les intonations vespérales sont chargées d’une tension peu commune, puissamment vibratoire. C’est au niveau des tripes que ça se passe, tout de suite et du début jusqu’à la fin, pour celle qui chante comme pour celui qui écoute. Il va falloir retenir son souffle à quinze reprises pour mieux se laisser (em)porter par un duo que la chanteuse flûtiste forme avec le pianiste Alexandre Saada, dont le jeu tout en retenue, aux accents méditatifs, est le contrepoint parfait de son chant habité. Tous deux ont choisi de s’appeler Madeleine & Salomon et de tisser en mode mineur une toile de l’envoûtement, celle d’un univers de l’intime qui se définit comme une célébration fervente de grandes voix féminines. Leur premier album s’appelle très justement A Woman’s Journey, qu’on pourra traduire par « le voyage d’une femme » ou, plus largement, « un voyage au pays des femmes ». Nina Simone, Joan Baez, Billy Holiday, Janis Joplin, Minnie Riperton, Janis Ian, Elaine Brown, Joséphine Baker, ...  Artistes majeures, voix puissantes. Autant dire qu’on se situe ici à des années-lumière de toute mièvrerie, aux antipodes d’une tentation « variétés » insipide bêtement chantée comme il en coule encore tant dans les veines fatiguées de notre petit monde médiatique et mercantile.

    Je me sens par exemple incapable de résister à la beauté formelle et hypnotique de « Swallow Song », quand le motif tournoyant du piano d’Alexandre Saada enlace de ses circonvolutions la voix de Clotilde Rullaud que le pianiste double lui-même de la sienne. Et sans vous accorder le moindre répit, « All The Pretty Horses » s’élève du plus profond d’une nuit magnétique qui pourrait être la dernière. On me pardonnera un propos qui pourrait sembler excessif, mais ce A Woman’s Journey ressemble à s’y méprendre à un rêve éveillé, une déambulation mystérieuse au pays de la beauté. Parce que tout ce qui va suivre est de la même intensité, sans qu’il soit possible de se livrer à un quelconque et vain classement entre toutes ces chansons si belles, au milieu desquelles se glissent deux brefs intermèdes instrumentaux. Pas de temps mort, jamais. Ces deux-là sont en état de lévitation, pour ne pas dire en état de grâce. Leurs versions de « At Seventeen » ou « Strange Fruit » sont d’autres exemples flagrants de cette perfection dans l’émotion. Voix et piano comme un acte d’amour d’une infinie pudeur. Celle-ci s’exprime aussi dans l’entre-notes, ces silences que le duo sait ménager pour mieux élever sa musique et parler au cœur en ligne directe, comme sur le nocturne « Four Women ».

    Je n’irai pas par quatre chemins : je suis sorti bouleversé de chacune des écoutes de A Woman’s Journey, conscient que deux âmes étaient entrées en communion avec les engagements de ces femmes majeures – ces grandes voix – et qu’elles avaient en outre réussi à se connecter à la nôtre. En anglais, « âme » se dit « soul ». Clotilde Rullaud et Alexandre Saada ont déjoué tous les pièges d’un simple album de « reprises » pour accomplir un émouvant voyage intérieur et réussir par là-même à définir à leur manière une soul music de toute beauté.

    Allez-y, entrez dans le monde de Madeleine & Salomon, vous allez aimer.

  • Grande traversée

    equal_crossing.jpgJe crois pouvoir dire que j’attendais ce disque depuis un petit bout de temps maintenant. J’entends par là qu’après l’avoir écouté une première fois – pour ne pas dire au bout de quelques minutes seulement – j’ai eu la certitude d’une rencontre comme j’en rêve souvent, mais dont la réalisation est plus ou moins probable. Car vous le savez aussi bien que moi, il y a parfois une petite différence entre rêve et réalité, malheureusement. La dernière fois qu’il m’est arrivé de faire coïncider à ce point les deux, c’était l’année dernière, lors de la publication d’Europa Berlin par l’ONJ, sous la direction d’Olivier Benoit. Ou la sensation inexplicable de me trouver face à un objet artistique qui va me nourrir pendant un très long moment. C’est une question de synchronisme, d’alignement presque parfait entre le niveau de mes questionnements et les réponses qu’un musicien peut leur apporter. C’est toute l’histoire d’un disque qui se présente comme le marqueur de l’adéquation entre un émetteur et un récepteur. Comprenez bien : je ne prétends pas ici que le nouveau disque en quartet du violoniste Régis Huby provoquera chez vous une réaction identique à la mienne. Je n’en sais absolument rien, même si je vous le souhaite, alors qu’à l’évidence vous êtes forcément différents de moi. Mais une chose est certaine : Equal Crossing, publié sur le label Abalone, à la destinée duquel veille ce musicien multidimensionnel, vient à notre rencontre à la façon d’un miroir. Lorsque je l’écoute et que je ferme les yeux, j’ai la conviction d’avoir été percé à jour et qu’on a voulu me faire un beau cadeau. Rien qu’à moi. C’est à moi qu’il parle. Et je sais que je ne suis pas seul à le vivre ainsi.

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  • Traces profondes

    Traces.jpgIl faut quelques secondes à peine pour se sentir happé par cette musique et ses « Poussières d’Anatolie ». C’est une conjonction de forces terriennes, comme une secousse qui fait trembler le sol sous vos pieds, qui vous prend aux tripes, par surprise, sans vous accorder le temps d’accepter ou de refuser d’en être. D’emblée, c’est une une contrebasse sous tension qui creuse un sillon profond, un saxophone baryton entêtant et l’obsession rythmique d’une guitare qui vous captent. Et comme paraissant voler au-dessus d’eux, un saxophone soprano virevolte à vous donner le tournis. Pas moyen de se défaire de l’idée que le chemin sera étourdissant même s’il promet d’être escarpé. Et voilà, surgie de nulle part, une voix de femme qui exhorte hommes, femmes et enfants – « Allez ! Ouste ! » – à avancer sur un chemin poussiéreux où le répit accordé sera rare. Où sommes-nous ? Où allons-nous ? C’est toute la question que semble poser un disque décidément habité de mille histoires de vie...

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  • On Air... elle !

    airelle_besson_radio_one.jpgJe me demande si je ne vais pas oser glisser dans les premières lignes de cette notule un soupçon de vulgarité, certes fugitif mais... je dois bien vous confier que [Radio One], le nouveau disque de la trompettiste Airelle Besson, qui va très vite voir le jour sur le label Naïve, m’a, comme on dit, mis sur le cul ! Oui oui, vous avez bien lu le gros mot : sur le cul... Bluffé. Emballé. Émoustillé. Conquis. Il doit exister d’autres adjectifs pour qualifier l’état de ma satisfaction, je vous laisse les chercher parce que je vous sais curieux de la synonymie... Non que jusque-là je fusse ignorant du talent de cette musicienne qu’on a pu écouter aux côtés de différentes personnalités passionnantes telles que Bruno Reignier, Alban Darche, Laurent Cugny, Édouard Ferlet ou encore Didier Levallet ; ou être l’actrice de dispositifs tels que son duo avec le guitariste Nelson Veras ou le quintet Rocking Chair dans lequel évoluait, entre autres, un certain Sylvain Rifflet. Tout cela, je le savais bien. À titre plus personnel cette fois, je peux même vous confier que son chemin a croisé celui de mon propre rejeton de saxophoniste puisque tous deux jouaient, le temps d’un « Amazing Grace » sur Twelve Secrets Of A Lady, de la chanteuse Sophie Darly. Donc j’étais bien conscient des nombreuses qualités d’une artiste ayant vécu à Oxford durant les premières années de sa vie. Mais là, il se passe un petit quelque chose qui tape dans le mille avec une précision d’horlogerie. La petite flèche en plein cœur... Ce qu'a par ailleurs fort bien expliqué Matthieu Jouan dans les colonnes de Citizen Jazz.

    Les symptômes de cette douce maladie sont assez aisés à identifier, en voici quelques-uns. À peine avez-vous terminé l’écoute des cinquante-trois minutes de [Radio One] qu’il vous tarde de remettre la musique en marche. Ça ne peut pas attendre. Et hop, le disque tourne à nouveau, en boucle. Nécessité oblige. En deux temps trois mouvements, cette même galette fait par ailleurs l’objet d’un clonage dans votre téléphone intelligent et devient le compagnon privilégié de votre marche urbaine et néanmoins quotidienne. Finie la grisaille citadine et la laideur des visages automobilistiques, oublié l’air vicié de la cuvette locale, snobées les trottinettes assassines, contournées les crottes de chien, vous êtes en possession de la parade absolue. Ça coule délicieusement dans vos oreilles. Un peu de douceur dans ce monde de brutes... Une sortie en voiture, une poignée de kilomètres à parcourir ? Comme par hasard, en ouvrant la console centrale qui sépare les deux sièges avant, votre main innocente attrape le CD pour le glisser avec autorité dans le lecteur. Allez savoir pourquoi c’était celui-là qui phagocytait le sommet de la pile, mystère...

    C’est un peu comme s’il y avait eu chez Airelle Besson une sorte d’alignement des planètes. Un moment rare. On frise la perfection instrumentale, l’équilibre des forces en présence impose le respect, les couleurs sonores sont rien moins que lumineuses. Tout est en place. Airelle Besson le dit elle-même : « Dès les premières répétitions en janvier 2014, un son a émergé ». Et cette fois, c’est un quatuor qui est en action pour livrer neuf compositions qu’on pourrait – mais ce n’est pas une obligation, faites comme bon vous semble – ranger en deux catégories principales. Il y a d’un côté une série de thèmes plutôt joyeux, presque sautillants dont la première des vertus est de vous entraîner, presque malgré vous, à les fredonner très vite : « Radio One », « The Painter And The Boxer », « Candy Parties », « No Time To Think ». Confiez-moi les clés des ondes et je vous fais de la première un hit single en deux temps trois mouvements. On peut rêver, non ? Et puis les autres (« All I Want », « La galactée », « Around The World », « People’s Thoughts », « Titi »), beaucoup plus éthérées, un brin féériques pour ne pas dire planantes à certains moments. Tout au long du disque, on passe d’un climat à l’autre dans un seul souffle heureux et on se laisse embarquer par quatre musiciens en état d’apesanteur. [Radio One] a de faux airs d’un rêve éveillé, attrapé au vol avec la maestria qu’on lui connaît par Gérard de Haro au Studio La Buissonne.

    Parlons des musiciens, aussi. Airelle Besson forcément, qui a composé tout le disque, paroles en anglais incluses. Trompettiste fluide, jamais invasive mais toujours habitée, dont le lyrisme de velours trouve en Isabel Sörling une complice qu’on aurait envie de qualifier de naturelle. Cette chanteuse suédoise (dont on a déjà pu apprécier toute la saveur vocale dans le récent Moondog, hommage au Clochard Céleste par Cabaret Contemporain paru à la fin de l’année dernière chez Subrosa) est l’autre source enchantée de [Radio One]. C’est incroyable comme ces deux-là se trouvent sans se chercher, qu’elles chantent d’une même voix ou qu’elles se répondent l’une l’autre. Elles dansent sur la musique, elles semblent sur un petit nuage. Il faut dire aussi qu’elles peuvent compter sur les talents conjugués de Fabrice Moreau et Benjamin Moussay. On connaît les vertus coloristes du premier, batteur souple tout aussi apte à suggérer des motifs qu’à veiller sur la bonne tenue du tempo. Quant au second, il faut admirer sa capacité à se démultiplier et à agencer l’environnement harmonique. Son omniprésence aux claviers (parmi lesquels un synthétiseur basse) force le respect. Lui aussi est un peintre, doublé d’un architecte imaginatif et d’un inventeur de textures sonores. Magistral Moussay !

    Airelle Besson et son quartet seront les prochains invités du Manu Jazz Club au Théâtre de la Manufacture à Nancy. Et les derniers de la saison, de surcroît. Ils feront suite aux Shakespeare Songs de Guillaume de Chassy, Andy Sheppard et Christophe Marguet, qui ont su subjuguer un public venu nombreux une fois encore. Vous imaginez quelle chance cela peut être pour les amoureux de la musique vivante ? Mieux que le disque, la scène et ses vibrations irremplaçables. Tiens, c’est bien simple, j’en frémis déjà d’aise et je me réjouis par avance d’une soirée qui ne pourra qu’être réussie... et trop courte, ça ne fait aucun doute ! Fort heureusement, la fête durera encore longtemps grâce à ce disque habité par une grâce mélodique des plus séduisantes.

    Ah, et puis, j'ai oublié de vous dire... [Radio One] est peut-être un disque de jazz. Ou peut-être pas. Je vous laisse juges. On s'en moque après tout, parce que c'est d'abord un disque qui chante de la première à la dernière minute.

  • Marche ou rêve

    sebastien_texier_dreamers.jpgJe ne sais pas si Sébastien Texier sera d’accord avec moi, mais à l’écoute de Dreamers, son nouveau disque en quartet publié sur le label Cristal Records, j’ai ressenti illico un petit je-ne-sais-quoi qui avait de faux airs d’une épiphanie. Au sens le plus littéraire du terme, qu’on pourra expliquer comme « une prise de conscience de la nature profonde d’un événement ». Rien de religieux donc dans ma perception, mais plutôt le sentiment de me retrouver face à un musicien s’exposant au plus près de ce qu’il est vraiment, en toute sérénité. Dreamers est, je crois, le quatrième disque en leader de ce saxophoniste clarinettiste qui, pour fils du grand Henri Texier qu’il puisse être, n’en est pas moins avant tout un artiste dont la personnalité paraît grandir et s'affirmer au fil des années. Le voici qui avance avec une maturité qui le place définitivement comme un des musiciens importants de la scène jazz française. Il m’est d’ailleurs arrivé d’évoquer le sujet de la relation familiale avec son père et je peux témoigner ici que ce dernier n’a jamais manifesté une indulgence particulière à l’égard de son fils, tant il est vrai qu’il apprécie avant tout chez celui-ci le musicien, qui est de toutes ses aventures depuis plus de vingt ans. Si ma mémoire ne me trahit pas, il faut remonter à l’album Mad Nomad(s) enregistré en 1995 par le Sonjal Septet pour trouver la première trace discographique de l’association Texier père et fils. Pour Sébastien le leader, il y eut donc Chimères en 2004, Don’T Forget You’re An Animal en 2009 et enfin Toxic Parasites en 2011. Je vous ferai grâce des innombrables collaborations qui ont émaillé son parcours pour attirer sans plus attendre votre attention sur ce disque dont la grande fraîcheur m’enchante depuis plusieurs semaines maintenant.

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  • Matricule AYLCD-149

    sarah murcia,never mind the future,sex pistols,never mind the bollocks,ayler recordsCette petite chronique pourrait vite ressembler à un foutoir si je n’y prenais garde. Parce que j’aimerais aujourd’hui dire deux ou trois mots au sujet de Never Mind The Future, disque enregistré par la contrebassiste Sarah Murcia, dûment entourée de son groupe Caroline augmenté de deux unités pour l’occasion, soit une belle brochette de musiciens iconoclastes pour une relecture assez inattendue de Never Mind The Bollocks, l’unique album des Sex Pistols dont la parution en 1977 avait quelque peu fait chavirer certaines âmes sensibles du côté de la perfide Albion.

    Mais parler d’un tel disque, c’est aussi rappeler l’existence de ce valeureux label qu’est Ayler Records, dont j’ai déjà souligné tant la qualité du travail fourni par Stéphane Berland qui veille sur sa destinée avec un soin amoureux, que la diversité des couleurs d’une écurie qui peut, en quelques mois et trois références successives portant les numéros 147, 148 et 149, vous entraîner dans la nuit un peu glacée de l’Abbaye de Noirlac avec le Quatuor Machaut, histoire de vous donner à entendre une version pour quatre saxophones de la Messe de Notre Dame, chef d’œuvre du XIVe siècle signé Guillaume de Machaut, avant de vous entraîner du côté du Triton, aux Lilas, pour affronter la brûlure du guitariste Marc Ducret, dont le trio formé avec Bruno Chevillon et Eric Echampard se voit renforcé de trois soufflants ébouriffants que sont Fabrice Martinez (trompette), Christophe Monniot (saxophones) et Samuel Blaser (trombone) à l’occasion d’un Metatonal chauffé à blanc sur la pochette duquel les exégètes de la cause du rock progressif n’auront pas manqué de repérer un drôle de renard immortel à neuf queues déguisé en femme leur rappelant la pochette d’un vieux disque de Genesis, pendant que les amoureux de Bob Dylan comprendront vite qu’avec « 64 », composition célébrant l’année où Marc Ducret à découvert les titres de Mister Zimmerman, ils pourront retrouver, joyeusement intriqués dans un corps à corps sensuel, deux thèmes de leur héros, « The Times They Are A Changin’ » et « Wigwam ». Mine de rien, soit dit en passant, vous venez de lire une phrase comptant à elle-seule 1502 signes. Je vous en félicite...

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  • Accélérations amoureuses

    in_love_with_axel_erotic.jpgJ’ai l’impression très nette que Sylvain Darrifourcq est en train de devenir l’un des pensionnaires les plus marquants de l’auberge des Musiques Buissonnières... Il a désormais son rond de serviette à cette table. Je ne vais pas vous réécrire toute son histoire – aujourd’hui, quand on veut savoir, on peut – mais seulement vous rappeler qu’il m’est arrivé à quatre reprises au moins de saluer le talent de ce musicien singulier. Ce qui ne constitue qu’un modeste échantillon du bouillonnement créatif d’un personnage très attachant, sachez-le... Je me souviens par exemple d’Apoptose, son duo avec le saxophoniste Akosh S. ; mais aussi de Spezial Snack, quatrième petite folie du quartet d’un autre saxophoniste, et pas des moindres, j’ai nommé le génial Émile Parisien ; sans oublier un étourdissant trio formé avec le pianiste Xavier Camarasa et le violoncelliste Valentin Ceccaldi dont le nom, MILESDAVISQUINTET! en forme de trompe l’œil (mais aussi de trompe la trompe, si vous me passez cette expression assez auriculaire quoique manifestement éléphantesque) en étonnera plus d’un ; et puis, tout récemment, encore un trio, sobrement intitulé Hermia / Ceccaldi / Darrifourcq celui-là, et qu’il nous a fallu suivre sur la piste incertaine d’un God At The Casino...

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  • T'as pas cymbales ?

    Rêves de batteries, batteries de rêve... Une petite flânerie, des digressions, forcément, avec pour point commun de tortueuses histoires de fûts et de caisses.

    China_cymbale.jpgC'était il y a fort longtemps, très longtemps. La preuve, j'étais jeune, quelque part entre la sortie de l'enfance et l'entrée dans cette phase – dont je ne suis pas toujours persuadé d'avoir réussi à m'extraire – qu'on nomme adolescence et que les psychologues de tout poil s'acharnent à rendre impossible à vivre... À cette époque, j'avais dans un premier temps caressé l'espoir de devenir un jour un guitar hero : les exemples vinyliques ne manquaient pas chez moi et le té en bois dont on m'avait imposé le recours pour d'erratiques cours de technologie au collège m'avaient de temps à autre permis de prendre la place avantageuse d'un John Fogerty ou d'un Eric Clapton au mieux de leur forme. Mais ma gestuelle silencieuse (et par conséquent inoffensive) avait vite trouvé ses limites lorsqu'après avoir emprunté à plusieurs reprises la (vraie) guitare de ma sœur qui, me semble-t-il, n'en a jamais fait un usage beaucoup plus intensif que le mien, malgré quelques tentatives risquées de l'ascension du sommet technique que constitue « Jeux Interdits » pour tous les gratteux, je m'étais rendu compte que la pratique régulière de cet instrument était fort douloureuse pour les doigts. Enfin, les miens en tous cas, pour les autres, je ne sais pas... Un camarade de classe, plus obstiné que moi, avait par ailleurs fini par me convaincre que l'apprentissage d'une six cordes risquait fort de s'apparenter à un vrai de chemin de croix, repoussant ainsi dans les limbes de ma rêverie mes pauvres ambitions musicales.

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