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A côtés

Pour quelques textes de plus...

Dossiers de presse, pochettes de CD, contributions amicales : il m'arrive de temps en temps de répondre à des commandes que me passent des musiciens (ou des amis, quand ils ne sont pas l'un et l'autre). Je les ai regroupés sur cette page, ils sont en quelque sorte mes à-cotés.

CD_Liner_Notes.jpg


Cliquez sur le titre de l'article que vous souhaitez lire : 

A suivre...

  • Toufic Farroukh - Villes invisibles

Murat Öztük & Jean-Pascal Boffo

Improvisions

ozturk.jpgImprovisions ou la connivence de deux funambules. Une complicité qui nous transporte au gré du courant d'une rivière imaginaire traversant des paysages dont la quiétude est parfois troublée par les soubresauts d'une vie en liberté. Alors, nos sens en éveil scrutent, là haut, cet horizon lointain qui ne dévoile pas ses mystères au premier regard.

On avait laissé Murat Öztürk sur un pont qu'il franchissait dans l'équilibre d'un quatuor. Entre Orient et Occident, le pianiste donnait vie à ses voyages, d'un doigté subtil soulignant la sérénité de mélodies méditatives, parfois zébrées d'accords plus convulsifs. Jean-Pascal Boffo, déjà, était là... Le ciseleur d'arpèges, guitariste amoureux du chant de la musique, déployait ses cordes dans un espace sonore qu'il animait d'une imagination impressionniste.

Après le passage du pont, voici venu le temps du grand saut vers l'inconnu stimulant de l'improvisation. Le beau défi de l'invention spontanée, celle qui dessine une route invisible, parfois guidée par le cher hasard nietzschéen. Murat Öztürk, qui jamais ne perd de vue la nécessité de la mélodie, joue la carte de l'épure. Il nous offre des accords à notes comptées, comme s'il se savait emporté vers l'essentiel. Jean-Pascal Boffo, en designer sonore attentif à ce qui s'imagine devant lui, invente de nouvelles couleurs et suggère ses propres chemins. Il lance de petits cailloux – échos, boucles, samples, sons inversés – à la surface d'une eau limpide qui s'anime de mouvements éphémères et harmonieux.

Il flotte comme un parfum de magie dans ce dialogue fraternel. Écoutons ces deux musiciens vivants nous raconter leur belle aventure...

Texte pochette CD
10 octobre 2010 

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 Cédric Hanriot

French Stories

 

Hanriot-French-stories.jpgPas étonnant que Cédric Hanriot ait voulu dédier ses French Stories à l'instant présent ! Parce qu'avec lui, le temps paraît filer à la vitesse de l'éclair. Treize ans seulement après l'époque de ses premières armes au piano, le voici qui nous revient d'un initiatique voyage américain du côté de la Berklee College Of Music de Boston. Une incomparable source d'expériences qui lui aura permis de travailler, entre autres, avec Me'shell Ndegeocello, Dee Dee Bridgewater, Joe Lovano, Cindy Blackman et Danilo Perez. Cédric rapporte dans ses bagages un disque d'une stimulante spontanéité, enregistré en août 2009 avec John Patitucci et Terri Lyne Carrington par un beau jour de soleil. La batteuse ne tarit d'ailleurs pas d'éloges à son sujet : « Cédric est l'un des musiciens les plus talentueux que je connaisse. C'est ahurissant de voir tout ce qu'il a accompli en si peu de temps. Il est appelé à faire de grandes choses... ». A l'écoute de French Stories, on comprend que, loin de s'égarer dans un projet made in US où sa personnalité inventive aurait pu passer au second plan, Cédric Hanriot, en créateur exigeant, ose l'alchimie vivifiante d'un jazz composite et résolument contemporain. Une musique aux couleurs chatoyantes, illuminée de cordes et de sons électroniques qui, jamais, ne renie un amour revendiqué de la mélodie populaire – en témoignent ses relectures très singulières de quatre chansons françaises. Les histoires que nous raconte Cédric Hanriot illustrent avec enthousiasme l'aventure musicale d'un artiste aux multiples facettes – pianiste, compositeur, arrangeur, sound designer, producteur – dont on reparlera.

Texte dossier de presse
19 octobre 2010 

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 Emmanuel Borghi Trio

Keys, Strings & Brushes

 

keys_strings_brushes.jpgComme une nouvelle page qu’il fallait tourner, celle de l'accomplissement d'un artiste qui s'exposerait enfin à la lumière de son propre monde, Keys, Strings & Brushes est une célébration sereine et radieuse de la musique qui habite Emmanuel Borghi depuis toujours. 

Après deux décennies passées aux côtés de Christian Vander – avec Magma, Offering, en trio ou quartet jazz – le pianiste nous raconte aujourd’hui les histoires qui sont les siennes.

On n’oubliera pas une première expérience sous son nom, en 1996, lorsqu’il s’était entouré de quelques camarades, au temps du Collectif Mu. L'album Anecdotes levait le voile sur les qualités d'un musicien qui n’était pas seulement pianiste mais se révélait aussi un compositeur. Une promesse mélodique, dont on a guetté depuis les répliques, non sans une pointe d’impatience.

Il aura donc fallu attendre un peu…

On connaît depuis trois ans l'univers onirique et bariolé de Slug, cette formation malicieuse aux accents rock dont les deux premiers albums (Slug et Namekuji) sont pour Emmanuel Borghi un stimulant terrain de jeu, où son art de l'enluminure imaginative peut se déployer en toute liberté aux côtés des siens.

Voici maintenant venir le temps d'une autre exposition, plus périlleuse celle-là parce que le trio jazz est à considérer, on le sait bien, comme un moment de vérité pour le musicien. Celui-ci est à nu, sans autre issue que celle de son propre dépassement. Mais la confrontation du danger est aussi la source féconde d'où pourra jaillir une vision personnelle de la beauté, dans un mariage harmonieux de la suspension des temps et d'une quête de l'épure, où chaque note est contée et chargée de sens.

Et c'est bien le cas ici ! Dans la complicité feutrée qui l’unit à Blaise Chevallier (contrebasse) et Antoine Paganotti (batterie) - rythmique à la fois discrète et présente - Emmanuel Borghi tisse une toile singulière, irradiée par l’éclat d'une inspiration qui est aussi à comprendre comme une longue respiration. On l'aura deviné, cette musique de lumière a aussi du souffle ! Dès les premières notes de « Don't Give Up » - formidable relecture d'une chanson de Peter Gabriel, et par ailleurs seule reprise sur ce disque dont tous les autres titres sont des compositions originales signées Emmanuel Borghi) - on est heureux de ressentir le musicien au cœur de ses émotions, si proche de nous, prêt à nous rappeler qu'il sait d'où il vient et que de vrais guides ont jalonné son chemin depuis longtemps. Entre ballades intimistes d'un lyrisme à haute teneur romantique sur lesquelles plane l'ombre bienveillante d'un maître à jouer comme Bill Evans, et tentatives réussies de déjouer des pièges rythmiques dont l'évidence est à n'en pas douter d'inspiration Monkienne, Emmanuel Borghi s'impose en effet comme le narrateur captivant qu'il est depuis longtemps et qui, non content de nous séduire d'emblée par la clarté mélodique de son propos, nous transmet - comme une salutaire perfusion en cette époque troublée - les clés d'un domaine enchanteur, hors du temps.

Pas besoin de visite guidée, chacun d'entre nous y trouvera son chemin, habité par l'idée qu'un espace préservé nous attend et qu'il serait vraiment coupable de ne pas s'y arrêter un long moment.

La patience est toujours récompensée…

Texte de présentation du disque sur le site du label.
24 août 2012 

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LetZeLéo
Joue et Chante Léo Ferré

 

LetZeLéo.jpg« Il n’y a plus rien ! » rugissait Léo Ferré. C’était avant, il y a quarante ans.

Plus rien, vraiment ? Si les années ont passé, si le vieux lion a fini par trouver le repos éternel, l’émotion est toujours là, préservée des assauts du temps et mère nourricière de bien des artistes, en quête comme lui d’une symphonie de l’âme.

Unis par leur admiration pour le grand Léo, deux amis intervenants réguliers de l'IMA Nancy - un collectif d'une centaine de musiciens réunis autour des enseignants de Music Academy International - décident en 2010 de consacrer une soirée au chanteur poète. Jean-Marie Viguier (guitare) et Rémy Chaudagne (basse) auscultent à la loupe son répertoire pour élaborer une sélection aux couleurs de l'amour anarchie ; ils sont très vite rejoints par une poignée de complices séduits comme eux par cette expérience. Nadine Ledru, actrice et chanteuse, embarque avec elle son complice accordéoniste André Cuttitta ; Jerry Lipkins (claviers) et Fred Vinquant (batterie), les chanteurs Fabrice Ach et David Obeltz viennent compléter une belle équipe dont l'humilité et la jubilation assureront la réussite d'un premier concert point de repère. LetZeLéo était né !

Mais il fallait aller de l'avant, imaginer d'autres pistes : tel ce disque qui lui offre un écrin à la mesure de son ambition souriante, avant d'autres concerts. Le voilà donc aujourd'hui, humble et généreux, comme on l'imaginait. LetZeLéo, célébration amoureuse de l’éruption du volcan Ferré, est un soubresaut enchanté, l'enfant naturel d'une communion vibrante entre amis qui, tous, ont été foudroyés par l’esprit du poète et soumis à la force de ses mots, à la beauté de sa musique.

Cet hommage aux accents populaires, tant sur disque qu'en concert, est à prendre comme une vraie promesse : la fraternité musicale et poétique qui l’irrigue nous démontre avec élégance que la flamme de la passion Ferré est toujours aussi vive et que le souffle glacé de notre époque hostile ne la fera pas vaciller. Et basta !

Texte dossier de presse
9 avril 2013
 

 

"Autoportrait" de Jacky Joannès, photographe

Français

jacky_joannes.jpgJe sais depuis longtemps qu'il faut regarder au-delà de ce qu'on nomme réalité : j'appartiens à la famille de ces curieux qui ferment les yeux, doucement, pour les rouvrir quelques secondes plus tard et entrevoir des paysages enchantés invisibles aux autres. Notre monde si matériel ne serait que grisaille sans la force de l'imagination, sans elle nous serions tous condamnés à nous évader seulement par le voyage pour vivre un ailleurs incertain. J'aime l'idée, un peu magique, du vagabondage immobile, entre ombres et lumières, derrière le ballet des humains, là où se glissent nos rêves et leurs univers parallèles. Des images fugitives qu'on attrape au vol, avant qu'elles ne nous échappent, tels de petits oiseaux de paradis. Je veux peindre dans l'instant un impressionnisme du quotidien, nimbé de ses flèches irisées éclairant la nuit, de ses formes mouvantes aux contours flottants et de ses couleurs arc-en-ciel projetées sur de mystérieuses silhouettes qui dansent sous nos yeux d'enfants.

English

I have known for a very long time that one should look beyond what is called reality: I belong to the family of bystanders who close their eyes, softly, to open them up again a few seconds later and see enchanted landscapes, which are invisible to others. Our so worldly life would be shades of grey, without the driving force of imagination, without which we would all be condemned to escape only through travelling to an uncertain elsewhere. I like the somewhat magical idea of motionless wandering, between lights and shadows, behind the flurry of human beings, where our dreams hide themselves and their parallel universes. Furtive images that we catch as they pass by, before they escape us, as small birds of paradise. I want to seize the moment and paint a sort of impressionism of our daily life, bathed in iridescent spires lighting up the night, moving shapes with blurry outlines and rainbow colours projected on mysterious figures, dancing under our childish eyes.

(English translation : Emilie Desassis)

Texte écrit dans le cadre d’un livre publié pour la Biennale de l’Image.
17 mai 2013  

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Pierrick Pédron

Kubic’s Cure

 

kubics_cure_cover.jpgLes forces cubiques poussent Pierrick Pédron à relever de vrais défis : le saxophoniste s’est engagé il y a peu dans une escalade à haut risque, celle de la montagne Monk, une performance accomplie en trio dans l’urgence de quelques heures folles. Ce premier sommet à peine conquis, le voici sous l’emprise de vertiges nés de ses amours trentenaires pour une musique d'outre-Manche, dont peu d’entre nous auraient osé imaginer la révélation. S’il est tentant de balayer les années 80 d’un revers de la main, on oublie souvent leur folie ténébreuse et les noirceurs du romantisme torturé de certains musiciens, à l’image de Robert Smith et The Cure, icônes planétaires d’une célébration désenchantée, aux couleurs d’un psychédélisme volontiers gothique. Kubic’s Cure, comme la fulgurance d’un coup de poing et l’évidence d’un nouveau coup de maître ! Ou comment dynamiter une musique puissante, sombre et obsédante sans la trahir, en creusant avec ferveur le sillon de ses mélodies minimalistes. En scénariste inspiré, le saxophoniste déjoue les pièges tendus et multiplie les embuscades rythmiques ; il invente un idiome fougueux, ni rock ni jazz, libère une énergie étourdissante mise au service d’un chant dont la concision est poussée à l’extrême. La paire Bramerie-Agulhon n’a jamais été à ce point gémellaire, elle est ici trempée dans l’acier ; Vincent Artaud multiplie les attentions sonores, sculpte chaque détail pour mieux l’ensorceler et créer l’hypnose. Ainsi propulsé par ses précieux complices, avec le coup de main de trois autres maîtres enchanteurs, Pierrick Pédron souffle la vie en moins de 45 minutes, tendues comme un arc de feu et magnifiquement captées. En neuf temps, il nous fait accéder à sa troisième dimension, qu’il n’a peut-être pas fini d’explorer. Sa cure est salutaire !

Texte pochette CD
18 février 2014

 

kubics_cure_cover.jpgIl semble bien que les forces cubiques poussent Pierrick Pédron à relever les plus beaux défis. Comme celui de faire vivre encore un trio au cœur duquel il a accompli en 2012 ce qu’on qualifiera volontiers de performance. Dans la parenthèse – deux ou trois jours seulement – de quelques heures folles, ces musiciens amis avaient entrepris l’escalade d’une montagne magique, le répertoire de Thelonious Monk. Ainsi avait vu le jour Kubic’s Monk, un disque choc dont la concision et l’urgence s’alliaient à la modernité d’une musique glissée dans un écrin dont la facture brute amplifiait la force sans concession. Un coup parfait !

Mais pas question pour le saxophoniste de s’engager à nouveau sur la route balisée des hommages aux grands de l’histoire du jazz. Pierrick Pédron appartient à la caste des assoiffés de l’inattendu, il est de ceux qui aiment par dessus tout marier la passion à l’étonnement. Il lui fallait autre chose... Et s’il ressentait la nécessité d’une nouvelle association avec Franck Agulhon, Thomas Bramerie et Vincent Artaud, il avait besoin d’ouvrir les portes d’un univers dont la singularité serait un autre sommet à conquérir. 

C’est au printemps 2013 qu’une idée pas comme les autres a germé dans son imagination ! Et même si Omry et Cheerleaders avaient déjà montré le chemin des inspirations électriques de Pierrick Pédron, bien peu d’entre nous auraient osé parier sur la célébration de ses amours trentenaires pour une musique rock d'outre-Manche aux couleurs d’un psychédélisme inquiet et volontiers gothique. Il est tentant de balayer les années 80 d’un revers de la main, mais on oublie parfois leur folie ténébreuse et les noirceurs du romantisme torturé de certains musiciens, à l’image de Robert Smith et The Cure, qui en furent à l’époque les icônes planétaires. The Cure ! Une bonne douzaine d’albums depuis la fin des années 70, certains d’entre eux faisant l’objet d’un véritable culte, à l’instar de Pornography publié en 1982. Un corpus à l’esthétique oppressante et glacée, dont le noyau dur appartient à la première décennie d’un groupe toujours en vie. Des tournées marathon, des succès qui s’empilent par delà les hauts et les bas, jusqu’à l’émergence d’une véritable Curemania au milieu des années 80 : « A Forest », « Close To Me », « Why Can’t I Be You? », « Just Like Heaven », « Lullaby », « Boys Don’t Cry »... et sur le devant de la scène, un chanteur compositeur et lettré, admirateur de Camus (« Killing An Arab », souvent mal compris, lui a été inspiré par L’étranger) ; Smith, personnage énigmatique dont le maquillage noir et outré est devenu comme une seconde peau, est de ces artistes qui fascinent par leur capacité à imaginer des mondes kaléidoscopiques et désenchantés.

Kubic’s Cure, voilà bien un titre qui s’imposait comme la fulgurance d’un coup de poing avec toute l’évidence de ce qui devait advenir !

Pierrick Pédron s’est attelé à la tâche durant l’été 2013 : opérer une sélection drastique parmi des compositions plus ou moins connues, surmonter la simplicité harmonique originelle pour imaginer des arrangements qui permettent à la musique de vivre une autre vie, commencer les répétitions, confronter ses idées à celles de ses complices, chercher avec eux de nouvelles couleurs. Ou comment parvenir à dynamiter une musique puissante, sombre et obsédante sans la trahir, en creusant avec ferveur le sillon de ses mélodies minimalistes.

En scénariste inspiré, le saxophoniste réussit à déjouer tous les pièges tendus : il multiplie les surprises rythmiques, invente un idiome fougueux, ni rock ni jazz, libère une énergie mise au service d’un chant dont la concision est poussée à l’extrême. La paire composée de Thomas Bramerie et Franck Agulhon n’a jamais été à ce point gémellaire, elle semble ici comme trempée dans l’acier ; Vincent Artaud multiplie les attentions sonores, sculpte chaque détail pour mieux l’ensorceler et créer l’hypnose. Trois autres maîtres enchanteurs viennent souffler ça et là l’esprit de leurs folies natives sur un disque qui leur appartient aussi un peu : l’insaisissable Thomas de Pourquery au chant, Médéric Collignon le feu-follet à la trompette et Ghamri Boubaker à la zorna et à la flûte algéroise (ce dernier pour une version poignante de « A Reflection »).

Peut-être se doit-on aussi de préciser qu’il n’est pas indispensable d’être un fin connaisseur de Cure pour goûter le plaisir intense de cette deuxième expérience cubique. Car si Pierrick Pédron a voulu exprimer son admiration pour un groupe dont la spécificité et le rayonnement n’auront échappé à personne, il faut lui reconnaître une capacité à ré-enchanter ses propres rêves jusqu’à ce qu’ils deviennent réalité. Cette musique, née ailleurs, est devenue la sienne, et c’est avant tout son histoire qu’il expose avec la force de conviction qu’on lui connaît.

Ainsi propulsé par une bande de musiciens hors pair, Pierrick Pédron souffle la vie en moins de 45 minutes, tendues comme un arc de feu et magnifiquement captées – Manu Gallet, en charge de la prise de son et du mixage, est lui-même partie prenante de cette nouvelle réussite. En neuf temps, le saxophoniste nous fait accéder par son lyrisme brûlant à une troisième dimension qu’il n’a peut-être pas fini d’explorer. Sa cure est salutaire !

Affaire à suivre...

Texte dossier de presse - Voir la version anglaise sur le site  d'Act Music
2 mars 2014 

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Anthony Winzenrieth

Corpus

Corpus_Cover.jpgLes dictionnaires nous rappellent qu’un corpus est un ensemble de documents, artistiques ou non, regroupés dans une optique précise. On en comprend instantanément le sens à l’écoute d’un Corpus qui prend ici la forme d’un disque célébrant les vertus mélodiques d’une musique déjà entrée dans l’histoire, le jazz, mais qui reste d’une actualité brûlante.

Corpus est le deuxième disque d’Anthony Winzenrieth en tant que leader, après La Tribu d’Antho paru en 2005, un album pour lequel il avait convié des musiciens côtoyés au cours des années précédentes. Si ce jeune guitariste de 33 ans, réservé et humble, possède déjà une expérience de brassage des cultures, on pressent qu’il doit poursuivre son chemin, pour grandir au fil du temps et des rencontres. Et cette fois, le guitariste franchit un pas, celui qui le fait entrer de plain-pied dans le cercle des musiciens de la maturité. Le fait est là : ce deuxième chapitre discographique le consacre comme un artiste qui a réellement quelque chose à dire.

Le disque se compose de huit pièces dont la durée – entre cinq et sept minutes – accorde aux musiciens le temps nécessaire, mais juste suffisant, pour raconter des histoires à plusieurs voix, sans bavardage excessif. Chacun des thèmes est accrocheur, comme s’il était naturellement imprégné de l’évidence propre aux standards ; les chorus sont brefs et concis, ils visent toujours juste. Un tel disque n’est pas là pour flatter les égos, les musiciens savent se mettre au service d’une musique à fort pouvoir mélodique, qui s’épanchera plus librement sur scène, quand le moment sera venu. Chaque chose en son temps...

Au-delà de la concision et de la justesse d’écriture de ses compositions originales, Corpus séduit, par la belle entente qui règne au sein du quartet. L’association de Florent Nisse et Antoine Paganotti délivre un groove d’une souplesse musculeuse qui s’exprime aussi bien sur des ballades méditatives (le très beau « Corpus ») que sur des tempos plus rapides (« Hélios ») ou des compositions nourries au swing des origines (« I’m Strong »). Une telle paire rythmique constitue un atout majeur pour les (en)chanteurs que sont Anthony Winzenrieth - dont le son soyeux nous dit qu’il faut chercher ses maîtres à jouer du côté de Wes Montgomery, Jim Hall ou Pat Metheny, mais aussi dans la jeune garde des Kurt Rosenwinkel, Jonathan Kreisberg ou Lage Lund - et Leonardo Montana, dont la richesse harmonique du jeu résonne à ses côtés d’un écho fraternel. On soulignera aussi la présence, sur trois titres, d’Irving Acao, saxophoniste phénomène qui s’y entend à merveille dès lors qu’il faut relancer la conversation et pousser un peu plus loin encore le bouchon des émotions et de la pulsation.

Tout autant qu’un guitariste, Anthony Winzenrieth est un chanteur, un amoureux de la mélodie, celle qui darde ses rayons vers ceux qui n’aiment rien tant que de se soumettre à l’éblouissement. Chez lui, toutes les cordes vibrent, qu’il s’agisse de celles de sa guitare ou bien d’autres cordes, vocales celles-là. La présence du chant est sous-jacente dans sa musique, comme une nécessité, au point qu'une voix humaine ne tarde pas à s’élever au cœur de « Treize », en ouverture de l’album. C’est celle de Bastien Picot, jeune chanteur réunionnais passionné de gospel, jazz ou soul music, et qui reviendra un peu plus tard, pour enluminer « Cortex Vortex », seule composition réunissant tous les protagonistes de ce disque voyageur.

Et parce que la musique est aussi porteuse de sa propre histoire, Anthony Winzenrieth est allé puiser dans son patrimoine aux allures de grenier aux trésors, pour ajouter en deux temps de nouvelles raisons d’étancher sa soif mélodique. D’abord avec « L’hymne à la mort », enregistré par Edith Piaf en 1950, que le guitariste dépouille de sa brûlure pour l’habiller de tendresse ; puis avec « La Marseillaise », qu’on découvre glissée là, comme si elle était de la famille depuis toujours. À la Libération, Django Reinhardt et Stéphane Grappelli avaient improvisé la leur, qui chante encore dans bien des cœurs. Celle d'Anthony Winzenreith, tout aussi joyeuse, a beau se parer d’une tonalité différente – cette fois, c’est le saxophone et non le violon qui donne la réplique à la guitare – elle nous prouve qu’un même feu couve, celui d'un jazz de l’épanouissement dont il faut entretenir la flamme, coûte que coûte. Parce que la liberté n'a pas de prix, parce que la vibration si tenace de cette musique est une des dernières armes aux mains de ceux qui veulent célébrer la vie dans un monde par trop irrespirable.

Avec ses façons charmeuses, Corpus est un ballon d’oxygène qu’on respire à pleins poumons, de plein gré et pour le plaisir. On en comprend très vite les bienfaits avant, très vite, d’en redemander. C’est un beau cadeau que le guitariste nous fait avec ces quarante-cinq minutes amoureusement ciselées.

Musiciens

Anthony Winzenrieth (guitare), Leonardo Montana (piano), Florent Nisse (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) + Irving Acao (saxophone ténor), Bastien Picot (chant).

Liste des titres

  • Treize (7:11)
  • La Marseillaise (5:54)
  • Alice (6:10)
  • L’hymne à la mort (4:49)
  • Cortex Vortex (6:01)
  • Hélios (5:44)
  • Corpus (5:59)
  • I’m Strong (4:43) 

Biographies des musiciens

Anthony Winzenrieth

C’est à l’âge de six ans qu’Anthony Winzenrieth est entré au Conservatoire de Marly (près de Metz) pour étudier le piano et le solfège. Adolescent, il s’initie à la guitare et commence à jouer dans des groupes de rock. Il sort diplômé du MAI de Nancy avant d’intégrer le Centre des Musiques de Didier Lockwood où il noue de nombreux contacts avant de s’établir à Paris. Ses activités vont alors se multiplier et le Brésil occupera une grande importance dans son parcours, à travers sa collaboration avec la chanteuse Aline de Lima, la création de Tekere, un sextet composé de trois musiciens français et de trois musiciens brésiliens avec lequel il enregistre deux albums, et sa participation au trio de du violoniste Ricardo Herz. En 2005, il enregistre « La tribu d’Antho », un CD autoproduit. Il tourne également pendant deux ans avec le spectacle L’araignée de l’éternel, de Claude Nougaro, qui sera nommé en 2009 aux Molières dans la catégorie Théâtre Musical. Il se produit également avec le groupe électro-rock 3Some Sisters et le groupe électro Flawd. Corpus est son deuxième album, pour lequel il s’entoure de quatre musiciens de premier plan.

Florent Nisse

Né en 1983, Florent Nisse s’est engagé sur la voie du jazz à l’âge de 15 ans après une formation classique à l’ENM de Colmar. Menant de front son cursus musical et des études d’ingénieur (il est diplômé de l’INSA), il devient vite très actif dans le milieu du jazz lyonnais et finit par se consacrer exclusivement à la musique, en intégrant notamment le collectif Polycarpe ; il participe à de nombreux projets avec lesquels il se produit sur bon nombre de scènes de la région Rhône-Alpes. Il rejoint ensuite la classe de jazz de Riccardo Del Fra au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dont il sort diplômé en 2011. Florent Nisse concentre son activité à Paris, où il travaille avec de jeunes musiciens de jazz tels que David Enhco ou Fred Borey ; il se produit régulièrement aux côtés d’artistes tels que Stéphane Guillaume, Logan Richardson, Yaron Herman, Didier Lockwood, Michel Portal, Manu Codjia ou Emile Parisien. En 2012, le contrebassiste crée son propre groupe, avec Chris Cheek (saxophone), Jakob Bro (guitare), Maxime Sanchez (piano) et Gautier Garrigue (batterie). La sortie du premier disque de cette formation est annoncée pour l’automne 2014.

Antoine Paganotti

Antoine Paganotti, fils de Bernard (bassiste de Magma au milieu des années 70) et frère d’Himiko (chanteuse) est un musicien aux qualités multiples, à la fois chanteur et batteur. Il s’est fait connaître en devenant, tout comme sa sœur, l’une des voix de Magma de 1999 à 2008. Depuis son départ du groupe de Christian Vander, il a travaillé à plusieurs reprises aux côtés du guitariste Richard Pinhas, créateur du groupe Heldon ; il s’est impliqué dans un projet à la fois musical et familial avec sa sœur et son beau-frère, le pianiste Emmanuel Borghi, lui-même ancien musicien de Magma. Le groupe Paghistree, qui deviendra Slug, a publié deux albums en 2009 et 2012 et vient de prendre le nom d’Himiko, avec le renfort de Bernard Paganotti à la basse. Antoine est par ailleurs le batteur du trio et du quartet jazz d’Emmanuel Borghi dont le premier album Keys, Strings & Brushes a été très remarqué. Récemment, il s’est produit sur scène avec sa sœur, comme chanteur cette fois, dans le trio Odessa formé par le pianiste Patrick Gauthier. Antoine Paganotti est un musicien attachant qui affirme d’année en année sa personnalité, il est un partenaire recherché par la subtilité de son jeu et l’intensité de son chant.

Leonardo Montana 

Né en 1977 à La Paz de parents anglo-colombiens, Leonardo Montana a grandi au Brésil et à la Guadeloupe où il a appris le piano. Installé à Paris depuis 2001, il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 2004 où il étudie le jazz et l’arrangement avec Riccardo Del Fra, Dré Pallemaerts, François Théberge, Hervé Sellin et Emil Spanyi. Musicien qui n’aime rien tant que s’impliquer dans des projets aux esthétiques variées, il est le compositeur d’œuvres originales telles que Variations provençales pour quintet de jazz et chœurs, ou Randonnée Dérandonnée, une composition pour piano, violoncelle, alto et voix. Leonardo Montana, pianiste d’une grande sensibilité, refuse les barrières stylistiques : il est membre de différents groupes comme ceux de Felipe Cabrera ou Irving Acao, le quintet d’Anne Paceo ou le sextet Colors du contrebassiste Bruno Schorp. Amoureux du chant, il se produit  aussi aux côtés de chanteuses telles que Cynthia Saint-Ville, Sofia Ribeiro ou Chloé Cailleton.

Irving Acao 

Ce jeune saxophoniste franco-cubain est un surdoué doublé d’un perfectionniste qui a travaillé avec Chucho Valdés au sein du groupe Irakere à l’âge de 21 ans. Son immense talent lui permet de travailler dans le cadre de projets internationaux de premier plan et lui déjà valu de nombreuses collaborations (Roy Hargrove, McCoy Tyner, Danilo Pérez, Ray Lema, Dave Liebman, Harold Lopez Nussa, Jimmy Cliff, Stéphane Belmondo, Nicolas Folmer ou encore Mario Canonge). Irving Acao partage son temps entre concerts, enregistrements et enseignement, à Cuba ou à Paris. Son premier album Azabache, publié en 2013, réunit les cubains Lukmil Perez à la batterie, Felipe Cabrera à la contrebasse et le brésilien Leonardo Montana au piano. Le disque est un hymne aux rythmes latins dont l’intensité de l’expression est aussi un hommage à John Coltrane.

Texte dossier de presse
27 juin 2014 

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Nguyên Lê with Michael Gibbs & NDR Big Band
Celebrating Dark Side Of The Moon

 

nguyen_le_dsotm.jpgC’était en 1973... Un quatuor connu pour ses inclinations psychédéliques offrait en pâture au monde un album forteresse : Dark Side Of The Moon, objet musical sans équivalent qui inscrira Pink Floyd dans l’histoire du rock.

L’idée de sa relecture fut imaginée par Siggi Loch, directeur d’ACT, et Stefan Gerdes, patron de la NDR, Radio du Nord dont les amoureux du jazz connaissent bien le Big Band. Un pari certes audacieux, mais un tel projet, impliquant un orchestre capable d’allier tradition et modernité, présentait d’autant plus de chances de réussite qu’il recevrait le concours de Michael Gibbs, compositeur, arrangeur et ami de longue date. Surtout, l’association de leurs forces à celles de Nguyên Lê, guitariste du dépassement des frontières stylistiques, avait toutes les chances d’aboutir au meilleur. Voilà un musicien dont l’art s’épanouit à travers ses propres compositions mais aussi en célébrations d’un passé musical qu’il sculpte telle une matière première. On se rappelle Purple, hommage à Jimi Hendrix ou, plus récemment, Songs Of Freedom et ses évocations des grandes heures du rock. Et si Nguyên Lê sait faire montre de déférence envers le matériau source, il veut aussi exprimer la diversité d’un imaginaire engendré par son histoire, celle d’un autodidacte virtuose et voyageur

C’est bien cette imagination qu’il met à nouveau en lumière : Nguyên Lê se joue avec bonheur du répertoire de Pink Floyd, il l’enchante dans une complicité duale avec le NDR Big Band qui déploie des textures rehaussées par les orchestrations de Michael Gibbs. Les arrangements, signés par Gibbs lui-même pour trois d’entre eux et par le guitariste pour les autres, offrent une place de choix aux inspirations des solistes et laissent émerger d’autres compositions, qui apparaissent comme des extensions naturelles du corpus originel. Le guitariste, dont le jeu brille de feux rageurs aux accents orientaux qu’on aime tant, peut aussi s’appuyer en toute confiance sur les invités que sont Jürgen Attig, Gary Husband ou Youn Sun Nah, magnifique dépositaire de la grâce.

Celebrating The Dark Side Of The Moon n’est pas un simple hommage à un disque entré dans l’histoire : il est l’expression fervente de la recréation – exempte du moindre effet d’imitation – d’une partition qu’on entend comme en filigrane. C’est un palimpseste aux teintes chaudes, dont l’écriture est forgée dans le respect de la matrice et l’expression multiple de l’identité. Comme un principe de vie.

 

Texte pochette CD
 

There are people who remember 1973 for a quartet whose psychedelic inclinations caused the band to throw a fortress of an album into the arena for lions to feed on: The Dark Side of the Moon was unique, a musical UFO which wrote Pink Floyd into rock history.

Fast forward to ACT-director Siggi Loch, and NDR producers Stefan Gerdes and Axel Dürr, whose radio Big Band is no secret for jazz fans. They came up with the idea of re-reading the Dark Side monolith. A bold initiative, yes, because the project implied an orchestra capable of linking tradition with today. But on the other hand, the album they wanted to do involved Michael Gibbs — composer, arranger, old friend — and especially Nguyên Lê, a guitarist known for freely jumping stylistic borders. They'd be joining forces, and so the project seemed to have every chance of success. 

Nguyên Lê typifies the musician whose art has come to bloom not only via his own compositions but also in celebrating the music of the past: Nguyên Lê makes sculptures of the latter as if it represented new clay... Remember Purple, his tribute to Jimi Hendrix… or, more recently, his Songs of Freedom and its evocations of rock's greatest moments. The truth about Nguyên Lê is that, while always paying courteous deference to his source material, he's also wanted to express the full diversity of the imaginary world engendered by his own history, that of a voyager and self-taught virtuoso. 

And here he illuminates that imaginary world yet again: Nguyên Lê enlightens the Floyd's repertoire— pure happiness — and enchants it with the collusion of the NDR Bigband and its brilliant soloists, deploying new sound-textures created by the uplifting orchestrations of Michael Gibbs. The arrangements here — Gibbs wrote three, Nguyên Lê wrote the others — provide choice settings for inspired improvisations and also reveal other compositions which appear as natural extensions of the original opus. The guitarist's playing sparkles with those fiery, oriental accents we've learned to love, sustained by guests he can trust: Jürgen Attig, Gary Husband, or Youn Sun Nah, whose chalice is brimming with magnetic grace.

Celebrating 'The Dark Side of the Moon' is no simple tribute to a record which made history. It fervently expresses the re-creation — exempt from all imitation — of a score which you can hear in filigree. This is a palimpsest. The writing can still be (re)read, with warm hues forged by respect for the original matrix and the multiple expressions of its identity. Like a principle of Life.

Texte pochette CD - Version anglaise - Traduction de Martin Davis

Mars 1973... Un quatuor connu pour ses inclinations psychédéliques livre au monde son album forteresse : Dark Side Of The Moon, un objet musical faisant appel aux technologies les plus avancées de l’époque, un disque stratosphérique, miroir des errances humaines et de notre société. Pink Floyd s’apprête à écrire une page essentielle de l’histoire du rock et va connaître un succès planétaire ; l’album reste, aujourd’hui encore, l’une des plus grosses ventes de tous les temps.

L’idée de sa relecture fut imaginée par Siegfried Loch, directeur d’ACT, avec Stefan Gerdes et Axel Dürr, producteurs de la NDR, dont les amoureux du jazz connaissent bien le Big Band. Le pari était audacieux, mais un tel projet, impliquant un orchestre capable d’allier tradition et modernité, présentait d’autant plus de chances de réussite qu’il allait recevoir le concours de Michael Gibbs, compositeur, arrangeur et ami de longue date. Surtout, l’association de leurs forces à celles de Nguyên Lê, guitariste du dépassement des frontières stylistiques, devait sans nul doute aboutir au meilleur.

Nguyên Lê : un magicien dont l’art se révèle à travers ses propres compositions, mais aussi en célébrations renouvelées d’un passé musical qu’il sculpte telle une matière première. On se rappelle Purple, hommage à Jimi Hendrix ou, plus récemment, Songs Of Freedom et ses évocations des grandes heures du rock. Et si ce guitariste flamboyant sait faire montre de déférence envers le matériau source, il exprime d’abord la diversité d’un imaginaire engendré par son histoire, celle d’un autodidacte virtuose et nomade. Sa musique se nourrit d’influences qui embrassent tous les continents et la peignent aux couleurs du jazz, du rock ou d’une fusion world imprégnée de lumière.

Avec Celebrating The Dark Side Of The Moon, c’est bien l’imagination de Nguyên Lê qui est au pouvoir ; elle nous guide sur d’autres chemins, plus personnels et habités d’une fraternité musicale dont il ne s’est jamais déparé depuis de longues années. Comme si l’œcuménisme du chant faisait partie de son ADN créatif. Pas question en effet pour le guitariste de s’enfermer, par excès de respect, dans le cadre contraint du répertoire de Pink Floyd : avec ses allures de joyau, on se doute bien que l’entreprise consistant en une relecture par trop mécanique du disque aurait présenté un grand risque, celui de la fadeur et du manque d’âme. Mais Nguyên Lê est de ceux qui savent viser juste, au plus près du cœur, et ont appris à laisser parler un moi profond comme passeport de leurs émotions. Durant une heure, il donne de nouvelles formes aux dix compositions dans une complicité duale avec le NDR Big Band, formation aguerrie dont les textures chaudes, rehaussées par les orchestrations de Michael Gibbs, parviennent à détourner avec beaucoup d’élégance le propos initial sans pour autant le trahir. Ensemble, ils dépouillent la musique première de ses habits progressifs pour la présenter dans un autre écrin, celui d’un idiome dont la sensibilité dominante, celle du jazz, s’épanouit dans le confort des motifs orchestraux du NR Big Band. Il n’est même pas certain que les questionnements ontologiques qui hantaient les textes de Roger Waters et de ses camarades (l’argent, la mort, la vieillesse, la folie) comptent pour beaucoup dans cette célébration contemporaine. L’essentiel semble être ailleurs, dans une traduction plus intemporelle de leur esthétique et une libération des énergies. Les arrangements, signés par Gibbs lui-même pour trois d’entre eux et par le guitariste pour les autres, offrent une place de choix aux inspirations des solistes et laissent émerger d’autres compositions, qui prennent la forme d’extensions naturelles du corpus originel. Nguyên Lê, armé de son jeu rageur aux accents orientaux qu’on aime tant, peut aussi s’appuyer en toute confiance sur les invités que sont Jürgen Attig, Gary Husband ou Youn Sun Nah, magnétique dépositaire de la grâce et pourvoyeuse de sortilèges.

Celebrating The Dark Side Of The Moon n’est pas un simple hommage à un disque entré dans l’histoire : il est l’expression fervente de la recréation – exempte du moindre effet d’imitation – d’une partition présente en filigrane. C’est un palimpseste aux teintes chaudes, dont l’écriture est forgée dans le respect de la matrice et l’expression multiple de l’identité. Comme un principe de vie.

Texte dossier de presse
9 juillet 2014 

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Cédric Hanriot & Franck Agulhon Duo

Ethnicities

duo1.jpgIls sont deux, porteurs à parts égales d’un projet haut en couleurs né d'une imagination qui paraît animée d'un mouvement perpétuel. D’un côté, Franck Agulhon, batteur incontournable de la scène européenne (Eric Legnini, Pierre de Bethmann, Pierrick Pédron, Christophe Dal Sasso, Diego Imbert) ; de l’autre, Cédric Hanriot, pianiste producteur, récemment récompensé par un Grammy Award pour sa collaboration à Beautiful Life, le disque de Diane Reeves, et qui s’est produit avec de nombreux artistes internationaux (Donny McCaslin, Clarence Penn, John Patitucci, Terri Lyne Carrington). 

Ethnicities est un concept qui évoque l’idée d’une création musicale sans cesse recommencée. Une architecture mouvante, dont l'élaboration évolue d’un concert à l’autre : celle-ci prend forme en s’appuyant sur un corpus d’éléments préenregistrés – motifs harmoniques, rythmiques, textures – qui deviennent la matière première de l’assemblage des pièces d'un puzzle aux contours variables. Chacun des deux compères peut alors laisser libre cours à ses facultés d’invention et mobiliser à sa guise le matériel ainsi prédéfini, tout comme ses propres instruments, mais toujours dans une exigence de spontanéité à préserver. Batterie et sampler pour Franck ; piano, claviers et ordinateur pour Cédric. Le pianiste et le batteur ont beau avoir choisi de se produire sous la forme concentrée du duo, leurs interactions scéniques et les sources sonores auxquelles ils ont recours leur offrent une grande variété de textures et de couleurs possibles.

On peut compter en effet sur Franck Agulhon pour exploiter au mieux toutes les ressources de sa batterie. Son instrument – un univers à lui tout seul – à la fois orchestre et machine à groove, emprunte la plupart de ses lignes à des rythmes ethniques : Afrique du nord ou de l’ouest, Afro Beat ou Second Line. Tous les moyens lui sont bons pour résoudre une équation dont les termes peuvent varier à chaque concert : une batterie préparée, des percussions à main, sa voix, des boucles préenregistrées ou créées en temps réel. De son côté, Cédric Hanriot s’attache à la circulation des flux sonores en multipliant les rôles avec gourmandise : tour à tour mélodiste quand il s’installe devant un piano acoustique sous influence jazz ; rythmicien quand il s’empare d’une basse synthétique ; designer sonore, enfin, par son travail effectué sur des sons électroniques préparés en amont et manipulés en direct. Ou les trois en même temps peut-être, car ce musicien n’est pas de ceux qu’un tel défi rebute.

On l’aura compris : au-delà de la performance accomplie par deux musiciens amis de longue date, Ethnicities est avant tout une invitation au voyage, une aventure à découvrir d’urgence !

Texte dossier de presse
5 avril 2015

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Biographie Arnaud "Flow" Florentin

On ne devient peintre ni par distraction, ni même par hasard… On l'est.

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Aussi loin qu'il s'en souvienne, Arnaud Florentin, né en 1978 à Nancy et connu de longue date sous le nom de Flow, a toujours dessiné, peint ou sculpté. La peinture est pour lui une raison d'exister, la seule manière de s'exprimer pleinement et d'être lui-même. Un engagement jusqu'à l'oubli de soi.

Ses années lycée, irradiées par la pratique des graffitis et de la peinture à la bombe, ont été celles d’une explosion libertaire des couleurs et des grands formats. Flow en gardera pour toujours l'esprit d'insoumission, solidement ancré dans son travail, même lors de cinq années passées à l'École Supérieure des Beaux-Arts de Nancy où il obtiendra un Master avec mention en 2004. Pour cet artiste de la performance, pas question en effet de cesser de peindre et de graffer, au prétexte d'un cursus à suivre et d'un diplôme à obtenir ; il lui était impossible de concevoir une autre vie que celle-là, qui ne fût animée d'un mouvement né de l'instinct, une vie dont les rêves multicolores ou monochromes sont une nourriture spirituelle de chaque jour.

« Ma peinture est simple : je peins des sentiments et des émotions à transmettre. Elle doit vivre, déborder, exploser, surprendre, toucher l'âme, être libre, traduire ma personnalité et mes aspirations ». Ce qui ressemble trait pour trait à une profession de foi s'exprime chez Flow sous des formes multiples, parmi lesquelles le portrait occupe une place prépondérante. Et si les visages l'ont toujours fasciné, sa rencontre avec le travail de Yan Pei Ming et sa peinture, épaisse et puissante, se révélera décisive. Ainsi verra le jour une série de portraits à la brosse, en noir et blanc, qui laissent apparaître les premières éclaboussures sur la toile frappée par le peintre. « Je projetais la peinture avec ma brosse, pour donner plus de force et de mouvement à mes personnages ».

Une expression picturale à ce point fiévreuse, engendrée sous la pression d’une urgence qu’il n’est pas question de dominer au risque de l’affadir, ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur le travail de Flow : premières expositions dans des bars et restaurants, mais aussi premiers live paintings avec des amis DJ, partenaires privilégiés d'un processus créatif au cœur duquel vibre une corde musicale sous-jacente : « Je travaille beaucoup en musique, elle m'accompagne dans toutes mes créations, elle me conditionne et me transporte ».

Flow maîtrise un grand nombre de techniques, mais c'est sans nul doute le dripping, celle consistant à laisser la peinture s'égoutter, qui hante le plus son œuvre et va asseoir sa renommée : « À force de jeter de la peinture sur la toile au pinceau, j'ai décidé de travailler uniquement en la projetant, en la versant, sans toucher le support ». La consécration ne se fera pas attendre longtemps : très vite, après ses premiers portraits en 2006-2007, Nancy Jazz Pulsations lui confie le soin de réaliser l'affiche de son édition 2008. Musique, encore et toujours, quand tu nous tiens…

Au cours des années qui suivent, il participe à des salons d'art contemporain, se fait connaître à l’autre bout du monde, jusqu'en Corée ; il expose ses œuvres dans des galeries et continue d'approfondir sa technique en peignant des visages, connus ou anonymes, des jazzmen, des boxeurs, des vanités ou des scènes urbaines. Celles-ci nous rappellent son ancrage dans un monde contemporain marqué tout autant par une frénésie de modernisme que par l'inquiétude face à un avenir aux contours incertains où la violence affleure.

En 2015, Flow expose dans différentes galeries, en France comme à l'étranger et c'est lui qui réalise le visuel du festival « Solidays ». Une nouvelle reconnaissance et, plus que jamais, une foule de projets en tête qui témoignent de la créativité d'un artiste en symbiose avec une époque dont l'âpreté convoque toutes les forces de l'imagination comme une nécessité. À ce jeu existentiel, il ne fait aucun doute que le nancéien est passé maître : les années à venir ne feront que confirmer un talent dont l'épanouissement s'accomplit d'ores et déjà sous nos yeux, qui ne demandent qu'à être éblouis, encore et toujours ! 

23 avril 2015
 
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Olivier Bogé
Expandes Places

boge_expanded_places.jpgBaignés de lumière, les mondes d’Olivier Bogé ouvrent en grand les portes d’une œuvre d'essence humaine tout autant que musicale. Ils sont une nouvelle étape dans un chemin personnel, parcouru jour après jour par un homme qui accorde une large place à des histoires essentielles, composant un même livre à la tonalité méditative... Ni hier ni demain : sa musique aux reflets impressionnistes devait naître aujourd’hui, parce que la vie d'un artiste, comme celle de tout être humain, passe dans un seul souffle et peut imposer sa force créative à tout moment.

Après Imaginary Traveler et The World Begins TodayExpanded Places est le troisième disque enregistré par Olivier Bogé – entouré par des musiciens de cœur – et résonne comme le chant d'un homme en éveil, épris de liberté, mû par une nécessité qui l’invite à considérer chaque jour naissant comme un nouveau départ. Plus encore peut-être que ses prédécesseurs, il est l'offrande d'un créateur sensible et d’un homme humble, qui respire chaque seconde à pleins poumons.

Par-delà les frontières stylistiques et les influences multiples – musicales, mais aussi littéraires ou cinématographiques – Expanded Places exprime une vérité de l’instant déclinée en variations aux titres oniriques, reflets d'un amour irriguant des mélodies limpides, pour mieux les élever au rang d'hymnes à la fraternité. À chacun d’entre nous de recevoir, comme il le mérite, un disque aux allures de fresque mouvante et lumineuse, dont les couleurs fondamentales sont celles, mêlées, d’une voix, d’un piano ou d’une guitare, sources de toutes les compositions.

Hors du temps et des classifications, affranchie des modes, la quête d’Olivier Bogé, musicien conscient, est bien celle d'un éternel recommencement. Il faut écouter son chant dans le silence des émotions pour mieux entendre ce qu'il révélera ensuite : l'ascension sereine d'un esprit libre. Cette lumière intérieure, conquise par le dépassement de soi et l’apaisement auquel il mène, est peut-être l’une des dernières aventures humaines, bien loin des sentiers balisés de notre quotidien brutal. Comme si, malgré tout, existait encore un Escalier pour le Paradis, dont cet album est, à n’en pas douter, une incitation à gravir les premières marches...

Texte pochette CD - 22 mai 2015
 

Bathed in light, the worlds of Olivier Bogé open wide the doors to a piece of work which is essentially human, as much as musical. They are a new stop-over in a personal path, trodden day after day by a man who gives a large space to essential stories, and composes a meditative-sounding book… Neither yesterday nor tomorrow : his music and its impressionist reflections had to be born today, because the life of an artist, as much as of any human being, is spent in a single breath and can impose its creative force anytime.

After Imaginary Traveler and The World Begins Today, Expanded Places is the third record by Olivier Bogé, surrounded by kind-hearted musicians, and resonates like the song of a fully awake man, with a great love of freedom, driven by a need which invites him to consider each dawn like a new start. Perhaps even more than the first two, it is the offering of a sensitive creator and a humble man, who breathes each second deeply.

Beyond the borders of styles and the various influences, be they music, literature or cinema, Expanded Places expresses a truth of the moment, that comes in a variation of dreamlike titles, reflecting a love that permeates clystal-clear melodies, to raise them better to the rank of hymns to brotherhood. It is up to each of us to receive, as it deserves to be received, a record that sounds like a moving and enlightened portrait, whose fundamental colours are thoses, entwined, of a voice, a piano and a guitar, the sources of all the compositions.

Out of time, out of categories, beyond trends, the quest of Olivier Bogé, a conscious musician, is the quest of a never ending new beginning. His song should be listened to in the silence of emotions to hear better what will be revealed next : the serene rise of a free spirit. This inner light, conquered by the wish to overcome yourself, and the peacefulness it brings, might be one of the last human adventures,  far from the marked out paths of our brutal daily life. As if, despite everything, there still existed a Stairway to Heaven, of which this record is undoubtedly an invitation to climb the first steps.

Texte pochette CD - Version anglaise - Traduction : Emilie Desassis
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Valérie Graschaire Trio
Once Upon A Town

valerie_graschaire.jpgHeureuse qui, comme Valérie Graschaire, a fait de beaux voyages et les raconte le cœur léger... Ses traversées nous guident vers le pays des mélodies qui l’habitent depuis bien longtemps, pour ne pas dire toujours. En choisissant les villes du monde comme fil rouge de Once Upon A Town – disque qui rompt un silence de sept ans après la parution de Finally – Valérie nous accorde le privilège d’une confidence. Elle survole les continents pour retracer une histoire personnelle où chaque nouveau lieu visité est jaillissement de couleurs et source d’émerveillement.

Inscrites dans le marbre des titres qui forment Once Upon A Town, les destinations vers lesquelles Valérie Graschaire nous entraîne sont souvent des explorations d’une mémoire collective : la chanteuse fusionne les époques et les styles (chanson française, rock, pop, jazz) et s’offre le plaisir de huit reprises pour mieux faire vibrer la corde des souvenirs, par-delà les générations. Comme s’il s’agissait de rappeler que toutes ces musiques aux esthétiques multiples n’en forment qu’une seule en réalité. Un hymne à la liberté

Mais Once Upon A Town est avant tout une aventure collective dont la géométrie dessine un triangle équilatéral symbole d’harmonie. Valérie Graschaire, plus que jamais épanouie, ne pouvait trouver meilleurs compagnons de route que les fidèles Jean-Yves Jung et Franck Agulhon. Le premier, qui signe par ailleurs trois compositions originales, déploie son orgue Hammond à la manière d’un panoramique ; il ouvre pour chacune des chansons ainsi mises en lumière de vastes espaces harmoniques, comme autant de paysages qu’on peut contempler sans fin. Le second nourrit son jeu du foisonnement rythmique qui est son empreinte et qu’il faut ressentir – on comprendra aisément pourquoi – pour ce qu’il est : une palpitation.

Ces trois chants à l'unisson font souffler sur ce disque limpide un vent de sérénité qui emporte, ville après ville, vers le plaisir d’être ensemble en musique. Embarquement immédiat !

Texte pochette CD - 20 septembre 2015
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Patrice Lerech
For Us

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Premier disque signé Patrice Lerech, For Us s’avance néanmoins comme un compagnon avec lequel on aurait cheminé depuis un petit bout de temps déjà. Une présence amicale et tranquille, en quelque sorte…

Formé à l’école classique, aguerri au sein de quelques big bands célèbres (Michel Legrand, Dee Dee Bridgewater, Michel Camilo, …), le trompettiste joue ici la carte du clair-obscur né d’un travail minutieux sur la complémentarité des couleurs. Celles de ses propres compositions, dont la fraîcheur mélodique et la spontanéité évoquent tour à tour des chansons joyeuses ou la bande originale d’un film sentimental ; celles, plus méditatives, aux nuances vespérales, du pianiste Matthieu Roffé, qui signe par ailleurs tous les arrangements, au premier rang desquels ceux des cordes du quatuor Alérion.

La tentation est grande de citer quelques pères spirituels. C’est même la moindre des choses : Chet Baker, Lee Morgan, Clark Terry, Clifford Brown ou Wynton Marsalis… Ils sont là, sources d’inspiration, venus soutenir par l’esprit des camarades bien présents, eux : Gautier Laurent (contrebasse), Franck Agulhon (batterie) ou Valérie Graschaire (chant). Ainsi formée, cette cellule aux allures familiales procède à l’addition de ses teintes sur une toile impressionniste ; un terrain idéal pour Patrice Lerech qui peut alors laisser libre cours, dans la sérénité, à son jeu dont le phrasé fluide révèle tout le lyrisme. Le trompettiste s’épanouit par la douceur du chant et semble vouloir raconter mille histoires. Celles-là ne sont que les premières, à n’en pas douter.

For Us signifie « pour nous ». Alors prenons simplement ce disque pour ce qu’il est : un élan du cœur, un cadeau fait à la musique et à tous ceux qui l’aiment. C’est déjà beaucoup !

Texte dossier de presse - 29 février 2016
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Excursus
Winterreise Fragments

Excursus_Winterreise.jpg

Qu’on ne s’y trompe pas : Winterreise Fragments est un disque de rock, un vrai, enfant de l’imagination d’un groupe solidaire et de la richesse de ses amitiés synergiques. Sans concession aux caprices des modes, Excursus s’offre en héritier assumé de la cold-wave et réussit le pari d’une superposition de deux époques, distantes de 188 ans et pourtant unies dans un même élan romantique. Les musiciens élaborent un monde aux reliefs glacés, parcourus par les zébrures des cordes, la vibration des peaux et mille ébullitions synthétiques pour mieux invoquer la douleur de l’amour. C’est une excursion au cœur de paysages majestueux, parfois désolés, qu’on parcourt dans un état mêlant sidération et ivresse des cimes ou des profondeurs.

L’hiver et la mort comme destinations d’un unique voyage, celui dont nul être humain ne saurait revenir. Un aller sans retour possible qui, un an après la composition de Winterreise, soit 24 lieder d’une angoissante beauté sur des poèmes de Wilhelm Müller, allait emporter Franz Schubert à un âge où, aujourd’hui, la vie ne fait que commencer pour la plupart d’entre nous.

Il n’y a pas si longtemps, Laurence Malherbe avait osé une première Schubert Transgression : par glissements progressifs de son plaisir musical, elle s’écartait avec une souplesse féline du chemin tracé par le compositeur autrichien pour traverser les siècles. Cette fois, habitée de ses inspirations multiples et flanquée d’un équipage prêt à affronter les tempêtes, elle aborde d’autres rivages pour franchir le cap de la transfiguration. C'est là non seulement une (re)création, mais une ambitieuse aventure artistique témoignant d’un respect absolu envers celui dont l’œuvre vit en la chanteuse depuis toujours. C’est aussi la démonstration sans faille du caractère éternel d’une musique qui n’en finit pas de livrer ses splendeurs.

Ce double voyage dans le temps et l’espace sonore exerce une réelle fascination : il est un écrin incomparable pour une artiste qui déclare, avec la brûlure du lyrisme qu’on lui connaît déjà, son amour passion pour toutes les musiques. Qui elles-aussi, comme l’hiver et la mort habitant les Winterreise, finissent par se fondre en un seul idiome, dans une célébration ultime de la beauté.

 
Texte pochette CD - Août 2015
 

Let’s not be mistaken: Winterreise Fragments is a rock record, a real one, the child of the imagination of a closely interlinked band and of the wealth of its synergetic friendships. Without making any concessions to the whims of fashion, Excursus meets your ear as the accepted heir of cold-wave and pulls off the feat of superimposing two times, separated by 188 years and nonetheless united in a single surge of romanticism. The musicians draw up a world with iced landscapes, covered by the streaks of the strings, the vibration of the skins, and a thousand synthetic turmoils, to invoke the pain of love better. It is a ride at the heart of majestic landscapes, sometimes desolate, that you travel up and down in a state at the crossroads of sideration, the exhilaration of heights, or staggers.

Winter and death as the destinations of a single voyage, the one which no human being would know how to come back from. A one way ticket without a possible return which, a year after the composition of Winterreise, or 24 lieder of harrowing beauty on poems by Wilhelm Müller, would take Franz Schubert away, at an age where, today, life only begins for most of us.

Not so long ago, Laurence Malherbe had dared a first Schubert Transgression: by successive slides away from her musical comfort zone, she veered with a feline flexibility away from the path drawn by the Austrian composer to cross centuries. This time, filled with multiple inspirations and flanked by a crew ready to face storms, she reaches other shores to pass the milestone of transfiguration. It is not only a (re)creation, but an ambitious artistic adventure, showing absolute respect towards the one whose creation has lived within the singer forever. It is also a flawless demonstration of the eternal dimension of a music which has not done delivering its magnificence.

This double journey in time and sound space exerts a real fascination: it is an uncomparable showcase for an artist who declares, with the burning lyricism we know of her, her passionate love for all types of music. Which, just like the winter and death inhabiting the Winterreseise, end up melting into one single idiom, in an ultimate celebration of beauty.

Texte pochette CD - Version anglaise - Traduction : Emilie Desassis
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Shoplifters
There Is A Light

Shoplifters_There_Is_A_Light.jpgIls vous le jureront, la main sur le cœur : « Shoplifters of the world », une chanson des Anglais The Smiths, a inspiré à ces amis unis par la musique et la Lorraine le nom de leur groupe. Ils ont aussi emprunté There is a light, titre de ce premier disque, à une autre composition de la bande à Morrissey. Faut-il les croire ? Oui, mais en gardant à l’esprit que de tels musiciens ont bien des tours dans leur sac, tant il est évident que ces Shoplifters ont commis, en dix reprises d’une étonnante concision, un habile vol à l’étalage* ! Ces cinq-là sont toutefois des gentlemen cambrioleurs : brandissant des expériences croisées – rock, funk, soul music, jazz dans tous ses états – mises au service d’une expression préservant l’essence romantique de sa matrice, le groupe a relevé un défi audacieux. Il détourne un patrimoine rock ténébreux et glacé, né dans le sillage du mouvement punk à la fin des années 70 et parfois connu sous l’appellation cold-wave, pour mieux le restituer, pacifié et paré de couleurs plus chaudes. Avec The Smiths sont convoqués Joy Division et The Cure, voix emblématiques d’une époque désenchantée, prélude au chômage de masse et autres fractures sociales. Sans oublier le vétéran américain The Velvet Underground qui avait célébré en son temps la face sombre de l’être humain. On hésite à qualifier d’heureuse la restitution du capital ainsi emprunté, par peur du contresens. Mais il est vrai qu’il fait bon vivre dans l’éclat de cette lumière entraperçue et qu’une autre vision, éclairée par la promesse d’un monde moins ombrageux, s’offre à nos yeux avec There is a light. Le chant confident et brûlant d’Alexandra Prat, les espaces ouverts par la guitare de Philippe Canovas, le lyrisme aux modulations électroniques du saxophone de Michael Cuvillon, la rythmique voyageuse – parfois jusqu’à l’Afrique – de Sébastien Maire et Christian Mariotto, sont une invitation à ne pas renoncer, à croire que demain est une aventure qu’il faudra vivre. En attendant, on peut laisser ces artistes nous illuminer. Sans la moindre réserve !

* On peut traduire le mot « shoplifter » par « voleur à l’étalage ».

 
Texte pochette CD - Mai 2016
 

They will swear it to you, hand on heart: the name of their band was inspired to this group of friends united by music and their native Lorraine by « Shoplifters of the world », a song by the British The Smiths. They also borrowed There is a light, the title to their first record, to another piece by Morissey’s gang.Should we believe them? Yes, provided you keep in mind that musicians like these have many tricks up their sleeves, obvious as it is that they have committed skilful shoplifting in their surprisingly concise ten covers. These five are however gentlemen thieves: brandishing cross experiences – rock, funk, soul music, jazz in all possible ways – to the service of an expression which preserves the Romantic essence at its core, the band has taken up an audacious challenge. They twist a dark and chilly rock, born in the wake of the punk movement at the end of the 70s and sometimes known as cold-wave, to render it, at peace and adorned with warmer colours. Joy Division and The Cure are called alongside The Smiths, as emblematic voices to a disillusioned time, a prelude to mass unemployment and other social divides. We should also mention the American veteran The Velvet Underground, who had celebrated the dark side of human beings in their times. There is a reluctance to describe the restitution of borrowed capital as happy, lest we should misinterpret them totally. But it is not wrong that it feels good to catch a glimpse of this glow, of another vision, brightened by the promise of a less shady world that There is a light offers. The secretive and burning song of Alexandra Prat, the spaces opened by the guitar of Philippe Canovas, the lyricism of the saxophone of Michael Cuvillon with its electronic modulations, the wandering rhythm – with its African undertones – of Sébastien Maire and Christian Mariotto, are an invitation not to renounce hope, to believe that tomorrow is an adventure worth living. In the meantime, these artists are free to light us up. Wholeheartedly!

Texte pochette CD - Version anglaise - Traduction : Emilie Desassis
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Stéphane Escoms Trio
Pepita Greus

pepita_greus.jpgLa réminiscence comme source de création... Proust l’a sublimée, par l’évocation d’une madeleine ou de pavés disjoints. Il en va de même en musique comme dans toute forme d’art et c’est la sollicitation de la mémoire qui a provoqué chez Stéphane Escoms le besoin d’un retour aux sources. Ainsi a vu le jour Pepita Greus.

Déjouant le piège de la nostalgie, le pianiste explore avec ce troisième album ses années d’enfance, celles des origines espagnoles par son père et des vacances d’été, dans le souvenir des pasodobles et des orchestres d’harmonie, tout près de Valence. Il y célèbre aussi la mémoire de son grand-père joueur de caisse claire, le seul musicien de sa famille, aïeul initiateur auquel il dédie l’une des deux compositions originales du disque.

Un récent séjour dans le berceau familial favorisera l’éclosion d’un projet qu’il faut découvrir comme une déclaration d’amour. Pepita Greus, disque qu’on ose qualifier d’heureux, est bercé par des rythmes cubains et des hymnes aux accents religieux, voire politiques. Il transmet avec délicatesse la fièvre des fallas et leurs festivités nourries de traditions populaires. Stéphane Escoms, musicien multiple dont la créativité s’épanouit aussi en expressions musicales plus électriques, tourne avec tendresse les pages d’une histoire débordant d’humanité.

Pour personnelle que soit la démarche d’un pianiste qui entrouvre les portes de son enfance, elle n’en est pas moins généreuse. Sa géométrie musicale est celle du triangle équilatéral, qui dessine un espace où chacun des musiciens se voit accorder la place nécessaire à l’éclosion de son langage mélodique. Point d’orgue de cet ensemble en équilibre, « El Fallero », l’hymne des fallas chanté en valencien par la Cubaine Niuver. Le temps s’arrête, le lyrisme est porté à son comble : hier, aujourd'hui et demain sont unis dans un même frémissement. Quelque part entre Espagne et Cuba, Pepita Greus est autant une invitation au voyage que le témoignage d’une vie sans cesse recommencée.

 
Texte pochette CD - 2 novembre 2016
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 Eclectik Percussions Orchestra invite Oliver Lake
Traces de Vie / Traces of Life

EPO.jpgAscension. Il suffit de capter la lumière irradiant les yeux des musiciens pour comprendre qu’une histoire de vie se joue là, entre eux et nous. Cette vie, dont les racines se perdent dans la nuit des temps, est illuminée par les sourires et révèle la force de son présent autant que sa part d’éternité. Union du règne végétal et du règne animal. Pulsation, respiration. Danse jusqu’à la transe. Musique du foisonnement. Matière organique sculptée au rythme du battement des cœurs et d’un profond désir de partage. Regards tournés vers le ciel et ses secrets.

Expression. EPO pour Eclectik Percussions Orchestra. Un collectif qui se présente comme une invitation à trouver la vérité dans la liberté et l’amour de l’humain. Guy Constant, son initiateur, accomplit un vieux rêve, celui de fédérer dans la profusion percussions et instruments à vent et laisser ainsi éclore une formule vibratoire. Il célèbre le tambour en tant que « principe maternel de la musique » et le souffle comme vecteur de fraternité. Les polyrythmies sont au centre d’une musique sans frontières, universelle, associant l’héritage lyrique de la Great Black Music qu’on nomme jazz, l’énergie brute du rock et les quêtes débridées de l’improvisation.

Manifestation. EPO est alchimie. Il fallait des amis pour chanter ainsi la vie. Ils sont là, solidaires, prêts à chevaucher leurs destriers. Les arrangements de Nicolas Arnoult pointent la direction de chemins où s’épanouit une imagination multicolore et forcément collective. EPO, comme une tribu enchantée. Saxophones, clarinettes, trombone, tuba, euphonium… Batterie, congas, cloches, maracas, balafon, gong, djembé... Cuivres et anches, fanfare flamboyante, flammèches cuivrées embrasant la forêt des percussions. Mains, baguettes, peaux, métaux, matériaux et hommes en fusion.

Offrande. Pour que la célébration soit plus belle encore, pour que ce rêve devenu réalité dépasse l’utopie première, Oliver Lake est venu souffler ses notes et ses spoken words sur les braises du feu EPO. Ce musicien doublé d’un poète, ce compagnon de route de géants, est à lui-seul une histoire du jazz qu’on dit d’avant-garde. Il est ici le passeur entre les générations, l’inspirateur explorateur. Une transmission s’opère devant nous, pour nous, celle du Cri des origines.

Denis Desassis
Texte pochette CD - Octobre 2016

 

Ascension. You only have to catch the light radiating the eyes of the musicians to understand that a life story is being played out, between them and us. This life, whose roots are lost in the mists of time, is enlightened by smiles and shows the force of its present as much as its part of eternity. Union of the plant and animal kingdoms. Pulsation, breathing. Dance until trance. Music of profusion. Organic matter sculpted to the rhythm of heartbeats and a deep desire of sharing. Eyes up to the sky and its secrets.

Expression. EPO for Eclectik Percussions Orchestra. The collective describes itself as an invitation to find the truth in freedom and the love of mankind. Guy Constant, its creator, is making an old dream come true: to unite a plethora of percussions and wind instruments and hatch a musical vibration. He celebrates the drum as ‘mother principle of music’ and breathing as a vector of brotherhood. Polyrhythm is at the centre of a universal music, without borders, which associates the lyrical heritage of the Great Black Music called jazz, the raw energy of rock and the unfettered quests of improvisation.

Manifestation. EPO is alchemy. Friends were needed to celebrate life. They are here, inclusive, ready to ride their steeds. The arrangements by Nicolas Arnoult show the direction of a path where a multicoloured and collective imagination flourishes. EPO, like an enchanted tribe. Saxophones, clarinets, trombone, tuba, euphonium...Drums, congas, bells, maracas, balafon, gong, djembe...Brass and reed, extravagant band, coppery spark setting the forest of percussions ablaze. Hands, sticks, skins, metals, molten materials and men.

Offering. For the celebration to be more beautiful still, for this dream to become a reality and overcome the utopia at its origin. Oliver Lake has come to blow his notes and his spoken words on the embers of the EPO fire. The musician, who is also a poet, the fellow traveller of giants, is a history of avant-garde jazz in himself. A inspiring explorer, passing his knowledge on to the next generation. A transmission is taking place in front of us, for us, the transmission of the primal Scream.

Texte pochette CD - Version anglaise - Traduction : Emilie Desassis
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