De luxe !
La pluie d’automne n’aura pas réussi à gâcher la fête. Ou plutôt l’anniversaire. Electro Deluxe a voulu souffler ses dix bougies en investissant à grand renfort de vibrations la scène de l’Alhambra mardi dernier. Bien lui en a pris parce qu’au vu des mines réjouies des spectateurs à la sortie d’un concert enflammé devant un parterre archi-comble, le pari de Thomas Faure et de ses complices aura été largement gagné. Le genre de soirée qu’on garde en soi pour longtemps, comme un moteur à combustion personnelle pour les temps à venir, une cure préventive avant l’hiver, dans le souffle puissant de l’énergie qui s’y est déployée.
Electro Deluxe : comment qualifier la musique que joue ce groupe ? Voilà un exercice bien compliqué tant le cocktail servi par les musiciens, au-delà de son fort dosage en vitamines, est composé de fruits mûrs et goûteux. Ceux de la Motown et de la soul music (citons en passant des inspirateurs comme James Brown, Otis Redding ou encore Stevie Wonder), du jazz quand il s’électrifie (Herbie Hancock n’est jamais loin), une énorme grappe d’un funk bien juteux et, plus près de nous, hip hop et rap qui viennent s’inviter à la parade. On évoque parfois l’idée d’électro-jazz, ce qui finalement ne veut pas dire grand-chose, mis à part le fait que le recours à l’électronique et aux samples en est aussi une composante. Electro Deluxe est d’abord une machine à groove, un système généreux qui vous oblige à quitter votre siège parce qu’il est assez irrésistible. Le groupe a publié trois albums : Stardown (2005), Hopeful (2007) et Play (2010) sur lesquels un certain nombre de visiteurs prestigieux, cerise sur un gâteau déjà bien appétissant, sont venus pointer le bout de leur nez talentueux.
Thomas Faure (saxophone, arrangements, direction), Gaël Cadoux (claviers), Jeremy Coke (basse), Arnaud Renaville (batterie), Vincent Payen (trompette) et James Copley (chant, lancer de veste et jeté de pied de micro) ainsi que quelques amis de passage : HKB Finn, 20Syl (membre de Hocus Pocus), Nyr ou Opé Smith… tous étaient là pour transpirer leur musique pendant deux heures, la faire ruisseler jusqu’au bout de leur enthousiasme.
Trop simple ? Oui, trop simple… Parce qu’au bout d’une dizaine de minutes, histoire d’ajouter encore un peu de démesure, il a bien fallu que le rideau noir qui occultait jusque là une bonne partie de la scène se lève soudain sur une armée de furieux soufflants* (cinq saxophones, quatre trombones et quatre trompettes, excusez du peu) cravatés et vêtus de blanc, et venus en cela renouveler une expérience torride déjà tentée avec succès au mois de juin dans un New Morning tout aussi plein que l’Alhambra, lors de la première tentative d’Electro Deluxe en grand ensemble.
Et là, le déferlement a commencé, balayant tout sur son passage, pour une tempête black and bitter de deux heures que les spectateurs (mais aussi acteurs à leur manière) présents ne sont pas près d’oublier. Plus charismatique que jamais, James Copley mettra le feu à la salle en véritable showman formé au chant dans les églises baptistes de son enfance, guetté du coin d’un œil rieur par Thomas qui avait déjà Faure à faire avec la direction de son Big Band survolté. Autant dire que les autres petits camarades n’ont pas eu le loisir d’admirer le spectacle mais qu’ils avaient au contraire la lourde responsabilité de propulser et faire vrombir le vaisseau !!! Arnaud Renaville et Jeremy Coke, une rythmique d’acier et Gaël Cadoux, virevoltant sur des claviers tantôt caressés tantôt martelés avaient en effet un mot d’ordre, un impératif absolu auquel ils se sont bien volontiers soumis : let’s go to work !
Cet Electro Deluxe XXL est assez fascinant, il faut bien l’avouer. Sa musique très fédératrice, à la fois rigoureuse et populaire, d’une grande sincérité et entourée d’un soin maniaque par ses géniteurs, possède bien des atouts qui devraient lui valoir une renommée encore plus large.
Avis aux festivaliers : plutôt que de vous laisser endormir par des produits marketing insipides au prétexte qu’ils remplissent les salles, jouez donc la carte de cet ébouriffant électro-jazz-funk et bien plus encore. Tout le monde y trouvera son compte. La musique en premier lieu.
Encore une petite cerise : une vidéo du concert à l’Alhambra… "Let's Go To Work".
* Dont on citera bien volontiers les noms tant ils contribuent à la coloration assez exceptionnelle du projet : Cyril Dumeaux, Christophe Allemand, Pierre Desassis, David Fettmann et Olivier Bernard (saxophones) ; Mathieu Haage, Anthony Caillet et Benjamin Belloir (trompette) ; Jean Crozat, Nicolas Grymonprez, Bertrand Luzignant et Jérôme Berthelot (trombone).




Des places assises en plus grand nombre, un vrai soin apporté à la lumière, un son plutôt meilleur qu’à l’habitude malgré quelques approximations (comme au début du concert de Chucho Valdès), voilà une série d’améliorations qui est à souligner. Le Chapiteau de la Pépinière, lieu emblématique du Festival, évolue tranquillement, au rythme de la déambulation des spectateurs en quête d’un verre de bière ou d’un paquet de cacahuètes grillées vendues à prix d’or ; toujours imprégné de cette ambiance historique bien particulière, on adore le détester ou on déteste l’adorer, c’est selon l’humeur du moment !
Un autre moment de grâce ! Le pianiste
Temporairement échappée du Grand Journal de Canal+, la grande messe quotidienne et néanmoins commercialement consensuelle de la chaîne parfois cryptée,
Elle avait hypnotisé la petite salle de La Fabrique lors de la précédente édition de NJP. Son duo avec le guitariste Ulf Wakenius avait comblé le public, au premier rang desquels de jeunes enfants écarquillaient des yeux ébahis. La voici qui revient, mais en quartet et à l’Opéra ! Une sacrée montée en puissance… En douze mois, Youn Sun Nah est presque devenue une icône. Vincent Peirani à l’accordéon et Simon Tailleu à la contrebasse sont entrés cette année dans la danse lumineuse de la délicieuse coréenne qui paraît toujours aussi étonnée du phénomène d’adhésion qu’elle suscite. Le répertoire, tiré de ses deux derniers disques Voyage et Same Girl (à l’exception de « Avec le temps » chanté lors de l’un des trois rappels) est exactement le même qu’en 2010 : qu’importe, le charme opère instantanément. Seule à la kalimba ou à la boîte à musique, en trio, en duo ou en quartet, la chanteuse met à nu toutes ses émotions, ses joies, ses peines. Parfois, elle murmure, elle crie, avant d’évoquer, les yeux fermés, son pays natal dans un blues coréen. Elle emprunte des thèmes à Randy Newman, Léo Ferré ou Tom Waits ; ses musiciens rivalisent de lyrisme et de dialogues inventifs, parfois cocasses comme sur le splendide « Frevo » d’Egberto Gismondi. Ulk Wakenius, un grand monsieur, multiplie les trouvailles, massacrant au besoin une cannette de boisson gazeuse qui n’en demandait pas tant ; Vincent Peirani s’impose comme un parfait partenaire et sait aussi doubler avec un vrai charisme Youn Sun Nah au chant. Il faudra trois rappels – et un espiègle « Pancake » - pour assouvir la faim d’une salle conquise par une artiste décidément pas comme les autres.
Il n’est jamais évident de s’avouer qu’au-delà de la jeunesse et du talent de 


John Coltrane, l’homme suprême, tel est le titre du disque que Christian Vander vient d’enregistrer et qui sera très prochainement disponible sur le label
Steve Reich
Je reviendrai plus en détail, par le biais d’une chronique pour Citizen Jazz, sur le livre que JeanDo Bernard a consacré à Neil Young. Sans attendre cependant, j’aimerais souligner ici ses qualités. La première d’entre elles étant sa spontanéité associée au style incisif et sans détours inutiles qui vous font dévorer ce Neil Young, Rock’n’Roll Rebel ? comme dans un seul souffle (on pourra juste regretter une petite série de coquilles tout au long des pages).
Voilà une petite carte postale, souvenir d’une récente visite du
Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de cette note : adolescent, j’étais fasciné par la musique de
Fabrice Radenac nous avait plongés en sa compagnie dans l’intimité d’une genèse, celle de l’enregistrement d’Alerte à l’eau (2007) sous la houlette du contrebassiste Henri Texier et de son Strada Sextet. L’attention qu’il portait au processus de création de cet enregistrement fiévreux nous avait séduits : son regard sensible, empreint d’une admiration non feinte et d’un vrai plaisir de capter des instants uniques, venait souligner et sublimer le propos des artistes et nous aidait à mieux comprendre leur démarche créative. 