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Entendu - Page 15

  • Eric Legnini - Ballads

    cj-eric-legnini-ballads.jpgNul ne contestera à Éric Legnini une connaissance encyclopédique de l’histoire du jazz, de son répertoire et plus particulièrement de ses standards. Depuis plus d’une vingtaine d’années, son parcours est une confrontation amoureuse avec ces innombrables mélodies entrées de plain-pied dans le patrimoine musical du XXe siècle. Ballads est pour lui l’occasion de ralentir le rythme frénétique de ces dernières années, ponctuées de collaborations avec des artificiers tels que Stefano Di Battista ou Stéphane Belmondo, auxquelles s’ajoutent ses propres productions.

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  • Weather Report - Live in Cologne 1983

    cover.jpgL’histoire de Weather Report est intimement liée à celle de Miles Davis et plus précisément à sa période dite électrique. En inventant ce qu’on appellera par commodité le jazz rock, ce dernier a creusé les premiers sillons d’un mouvement qui allait voir éclore des formations aujourd’hui considérées comme pionnières, toutes raccordées humainement à leur père spirituel à travers un esprit de fusion, parce que leurs leaders avaient un jour ou l’autre croisé le chemin de Miles. Parmi les têtes d’affiche de cette école progressiste : Lifetime (Tony Williams), Mahavishnu Orchestra (John McLaughlin), Return To Forever (Chick Corea) et, bien sûr, Weather Report, à l’initiative du pianiste Joe Zawinul et du saxophoniste Wayne Shorter.

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  • Docteur Lester - No Way !

    Docteur Lester, Lester Bowie, Rémi GaudillatUn petit passage à vide ? Besoin d’une cure de vitamines ? Et si vous pratiquiez la médecine douce du Docteur Lester ? Elle devrait vous guérir de bien des maux. Née du côté de Lyon sous l’impulsion du trompettiste Rémi Gaudillat, elle est aussi et avant tout un clin d’œil appuyé au Brass Fantasy de Lester Bowie.

    Car ce trompettiste trop tôt disparu n’était pas seulement un des membres fondateurs de l’Art Ensemble Of Chicago : en imaginant sa Fantaisie cuivrée, une formation dominée par la présence massive de soufflants, Bowie souhaitait revenir aux origines du jazz, et en particulier à l’expression urbaine de ses fanfares. 

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  • Stabat Akish - Nebulos

    stabat akish, nebulos, maxime delporte, citizen jazzLes Toulousains de Stabat Akish n’en sont plus à une taquinerie près ! Quand le disque ne se vend plus ou presque, les voilà qui vous délivrent, avec une pointe de malice qui leur ressemble beaucoup, un second album sous forme de vinyle en tirage limité à 500 exemplaires. Un bel objet orné d’un aimable éléphant, dans lequel l’acheteur trouvera un flyer et un code pour télécharger la version numérique. Joli pied de nez à la dématérialisation actuelle, et stimulation du désir d’objet durable, histoire de démontrer un esprit de résistance réjouissant que ce second disque ne démentira pas. Car Nebulos, c’est le nom de cette élégante production, confirme toutes les qualités que Citizen Jazz avait énumérées dans sa chronique du premier.

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  • Renaud Garcia-Fons - Solo (The Marcevol Concert)

    RGF-SOLO.jpgCe disque est l’histoire de toute une vie en musique ; celui, aussi, d’un coup de foudre que le jeune Renaud Garcia-Fons, alors âgé de seize ans, eut pour la contrebasse, une passion si forte que l’homme semble aujourd’hui ne faire plus qu’un avec elle, devenue prolongement de son âme. Un instrument auquel il n’a eu de cesse, depuis ce choc originel, de donner une voix soliste, y compris dans ses expériences en groupe, et d’en exploiter toutes les possibilités. Pour lui, la contrebasse allait devenir un instrument universel, autant lyrique que rythmique, « à la croisée de toutes les techniques de jeu des instruments à cordes ».

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  • C’est graphe, docteur ?

    Atelier_6b.jpgPour une fois, il ne sera pas ici question de musique... Encore que l’atelier d’écriture auquel j’ai eu la chance de participer du mois de janvier jusqu’à samedi dernier (six séances de quatre heures) résonne dans ma tête d’une vraie musique des mots : pas seulement les miens, mais aussi ceux de mes camarades qui, tous, ont accepté de plancher sur les exercices proposés par l’attentif et bienveillant Frédéric Vossier. Alors, en guise de clin d’œil à Colette, Laurent, Didier, Léo, Marie-Laure et quelques autres, je vous livre ici un texte qui n’a d’autre prétention que d’être ce qu’il est : un exercice.

    Écrit lors de l’ultime séance, il est la réponse à une consigne donnée par notre tortionnaire préféré qui avait introduit la séance par une explication relative à différents procédés d’écriture autour des idées de monologue ou de soliloque. Après nous êtres vu imposer l'un d'entre eux par tirage au sort (ainsi, je devais d’abord écrire un soliloque où un personnage : s'interroge ou se parle ou laisse la parole se dévider, en situation apparente de dialogue), nous avons pu écrire ensuite en utilisant celui de notre choix dans la liste établie en début d'atelier. Ici, c’est un monologue de type « récit de vie » (qui, aux dires de Frédéric après lecture à voix haute, a plutôt tourné en soliloque mais qu’importe, après tout, l’essentiel, c’est de le savoir).

    Au sujet de ces lignes écrites en vingt minutes, je dois préciser qu’elles prennent appui sur un fait réel (une chute dans la rue). Toutes les sensations, tous les souvenirs et les évocations sont reproduits telles qu’ils m’ont traversé l’esprit durant un délai très court (deux ou trois minutes, pas plus). En relisant ce travail, je me suis rendu compte que d’autres pensées m’avaient gagné pendant cet épisode, mais celles-ci n’ont pas refait surface durant mon court temps d’écriture. Ce que pouvez lire ici (si vous le souhaitez, bien sûr) est reproduit à l’identique, sans ajout ni suppression. Et encore une fois, mille pardons pour les maladresses, j’ai joué la carte de la transparence.

    Avec un grand salut amical non seulement à Frédéric mais aussi à mes camarades qui ont osé offrir leurs textes au groupe. Ce sont des moments d’échanges irremplaçables, des heures riches de partage, d’émotion, d’humour et d’imagination. Je leur en suis infiniment redevable. Merci à eux et au Théâtre de la Manufacture de Nancy qui organisait cet atelier.

    Atelier_6a.jpg

    Le trottoir était humide hier soir. Les pavés me guettaient du coin de l’œil. Un œil torve et menaçant. Je marchais vite, comme d’habitude. Perdu dans mes pensées, les écouteurs de mon baladeur vissés aux oreilles.

    La musique, c’est une compagne, depuis l’enfance. Pas une seule infidélité en plus de cinquante ans d’un concubinage qu’elle n’a pas choisi. Oui, c’est moi qui ai choisi la musique, pas l’inverse. On appelle ça une relation asymétrique, parce que j’en sais plus sur la musique qu’elle n’en sait sur moi. Et fort heureusement pour mon entourage, la musique n’a pas voulu de moi. Oh, j’ai bien entamé autrefois une brillante carrière d’harmoniciste... mais j’ai tout arrêté, épuisé par les tournées harassantes dans les deux salles de classe de mon école où l’on m’exhibait comme un singe savant. J’ai mis un terme à tout cela, j’avais cinq ans. Il faut savoir arrêter.

    La musique, donc, dans les oreilles.

    Les pavés glissants, sous mes pieds.

    J’avance au rythme oppressant de « De Futura », un vieux truc bien sombre des années soixante-dix, quand Jannick Top faisait gronder sa basse dans Magma.

    Et puis la chute...

    Et merde !

    Le beau vol plané, sous le regard torve des pavés et l’œil éteint de mes concitoyens qui hésitent entre l’éclat de rire – ça fait toujours rire un type qui se casse la gueule en glissant sur une peau de banane, sauf que là c’était un pavé – et la commisération bonne conscience.

    Ah, bordel ! J’ai ruiné mon jean... Fait chier, je l’ai acheté hier et pas en solde. Même qu’au téléphone, j’avais taquiné mon fils en lui disant que son vieux père portait des pantalons taille trente-huit, comme lui, et qu’on verrait bien dans vingt-sept ans s’il en serait toujours capable.

    Quatre-vingt-quinze euros le pantalon... Un gros trou au genou. Et le genou en sang. Saloperie d’anticoagulants, je vais encore en mettre partout pendant trois heures.

    Et tous ces cons qui me regardent comme si j’étais un ivrogne...

    J’ai glissé, comme un con, sur ces cons de pavés luisants, devant des cons. Oui, vous aussi vous êtes des cons, pas besoin de vous pour me relever. Vous voyez bien que je me relève, non ?

    J’ai mal au genou.

    Je boîte un peu.

    Pas grave, ça va passer.

    Je pense à ma mère. Il lui est arrivé la même chose, ou presque. Sauf qu’elle ne s’en est pas tirée. D’abord un clou pour lui rafistoler la hanche et puis une prothèse. Et puis rien. Un mouroir en guise de centre de rééducation. Plus d’argent, plus de soins, plus d’hôpital. Ouste, dehors... Ad patres.

    Mais moi, je me suis relevé. Y a toujours « De Futura » qui fait hurler ses sirènes. Faut que je change de disque, là c’est trop, je vais choisir autre chose, un truc plus doux. Tiens, la contrebasse de Renaud Garcia-Fons. Ça glisse tout seul, en plus c’est une musique pleine de soleil. Je suis sûr qu’il ne risque pas de glisser sur ces saloperies de pavés mouillés.

    N’empêche. J’ai l’air con avec mon pantalon troué. J’essaie de colmater la brèche comme je peux. Et ça continue à pisser rouge en dessous.

    Plus personne pour me regarder. J’ai réparé comme j’ai pu. C’est bon, j’avance, maintenant.

    J’avance en boitillant.

  • Les 1000 Cris - Murmures

    les 1000 cris, murmures, emil 13, françois guell, nicolas arnoult, citizen jazzVoilà près de vingt ans que l’association Emil 13 travaille en Lorraine, tant dans le domaine de la création musicale que de sa diffusion. Grâce à elle, de nombreux musiciens ont pu bénéficier d’un véritable espace de création, par toutes les actions que le collectif a menées dans les domaines touchant à la musique improvisée et au jazz contemporain (festivals, initiatives pédagogiques, concerts, cartes blanches, ...), finissant par devenir une véritable référence, symbole de bouillonnement dont le nom est aujourd’hui intimement associé à l’histoire de la musique dans cette région.

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  • Tu danses ? "Autres directions"

    TuDansesTrio_w.jpgPublié en 2011, le deuxième disque du trio Tu danses ? est un témoignage attachant de la vitalité des explorateurs sudistes que sont Jean-Marc Baccarini (saxophones), Philippe Canovas (guitare) et Christian Mariotto (percussions). Tous trois se connaissent fort bien et pas seulement parce qu’ils sont nés au sud de la Loire. Leurs routes se sont souvent croisées, comme avec les Contres favorables de Canovas ou Mikatopjam, qui se veut dédié à l’improvisation instinctive et dont le disque Dédales avait pour invités Barre Phillips et François Rossé. Voilà donc un solide trio, rompu aux exercices exigeants de l’invention et pratiquant sans complexe la spontanéité comme une nécessaire discipline créative.

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  • Jean My Truong "The Blue Light"

    jean my truong, the blue light, miles davis, citizen jazzL’exercice est plutôt risqué ! Rendre hommage à Miles Davis, c’est d’une certaine façon tenter de gravir un sommet de haute altitude sans oxygène et se voir contraint de renoncer tant la tâche peut sembler insurmontable.

    Vingt ans après la disparition du trompettiste, on ne peut en effet ignorer à quel point The Man With The Horn a marqué l’histoire du jazz, tourné des pages majeures et constamment inventé de nouvelles directions qu’aujourd’hui encore ses disciples n’en finissent pas de suivre. Avec lui et dans son sillage, toujours un cortège de géants qui ont imaginé des univers dont l’exploration est loin d’être terminée. Miles était tout autant un génie créateur qu’un puissant révélateur du talent de ses contemporains.

    Voilà pour le point de départ.

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  • Duo Bruno Tocanne & Henri Roger "Remedios la Belle"

    tocanneroger_remedios.jpgQuand un beau duo se fait la belle ! Voici un disque – un petit objet de collection par ailleurs – qui vient décocher ses flèches irisées avec une intelligence qui n’a d’égale que l’excitation que son écoute suscite. Bruno Tocanne (batterie) et Henri Roger (piano et guitare) ont uni leurs forces pour imaginer ce Remedios la Belle aux vertus évidentes dont la première, et non des moindres, est la faculté de nous donner à vivre chaque instant comme une profonde vibration. La traduction en musique, peut-être, d’une invitation à la pratique du carpe diem.

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  • Pascal Schumacher Quartet "Bang My Can"

    pascal schumacher,bang my can,vibraphone,citizen jazzVoilà pas mal de temps maintenant que Citizen Jazz s’intéresse au vibraphoniste Pascal Schumacher. Un long portrait lui était déjà consacré au printemps 2004 ; il nous permettait de découvrir un musicien attachant, doté d’un solide sens de l’humour – en témoignent tous les inconvénients de l’instrument dont il dressait la liste : fragilité mécanique, limitations sonores, absence de contact direct, conséquences physiques désagréables pour celui qui en joue – et du souci affirmé d’une esthétique alliant énergie, élégance et recherche d’un vrai son de groupe, d’une cohérence collective.

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  • Les Beaux-Arts de Sylvain Rifflet

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    J’en suis certain : le disque que j’aimerais évoquer aujourd’hui fera partie de mon « top ten » de l’année 2012. Et quand bien même les dix mois à venir m’abreuveraient en innombrables chefs d’œuvres impérissables, les Beaux-Arts de Sylvain Rifflet resteront placés très haut dans ma petite pile préférentielle. Je suis d’autant plus prêt à prendre les paris qu’étant le seul à voter, nul ne pourra exercer la moindre influence sur mon classement. Voici près d’un an, au début de mois de mars 2011, j’étais déjà gagné par une certitude similaire, quand j’ai écouté pour la première fois le Libre(s)Ensemble de la bande à Bruno Tocanne. Une certitude maintenue en l’état au fil des semaines, au point qu’aujourd’hui, ce disque tourne toujours régulièrement chez moi, avec un égal bonheur.

    J’aimerais être à la tête d’un capital de connaissances musicales suffisamment vaste pour trouver les mots parfaits, ceux qui vous expliqueraient mon enthousiasme avec la plus grande acuité. Ah tiens, j’en connais un – je sais qu’il me lit – qui va encore me taquiner en me disant que je m’enthousiasme souvent ! M’en fous, je préfère mes joyeux petits salto arrière à une tiédeur dans les entrechats qui, finalement, ne génèrerait qu’une inutile dose d’indifférence et menacerait nos objets de plaisir d’une durée de vie très courte. Mais en matière d’expertise musicale, je ne suis assis que sur un modeste monticule de perceptions, celles que j’engrange depuis plus de quarante ans et qui m’autorisent, parfois, non sans réticence, à émettre un avis. Je ne sais pas si je réussirai à vous donner envie d’en savoir plus aujourd’hui, mais je me permets d’attirer votre attention sur une production originale, exemplaire et pour tout dire, passionnante en ce sens qu’elle vous bouscule dans votre petit confort auditif en vous donnant à écouter ce que je tiens pour du neuf ! Ce que j’essaie de partager avec vous, c’est cette sensation très particulière qui vous gagne juste au moment où un artiste vous fait monter à bord avec lui sans vous confier forcément la destination du voyage : ah ce petit frémissement de l’inconnu ! Et bizarrement, la confiance totale. On sait tout de suite que quelque chose va se passer, que la traversée sera riche en émotions nouvelles et que parvenu au bout du chemin, on n’aura qu’une seule envie : y revenir !

    Mais reprenons l’histoire à son début : il y a quelques jours, mon camarade Franpi a alerté ses poursuivants ailés par le biais d’un court message aviaire. Il évoquait dans la limite des fatidiques cent quarante caractères la publication d’un disque sur le remarquable label Sans Bruit, dont on ne dira jamais assez le travail de qualité mis à la disposition de nos tympans énamourés. Franpi, vous savez qui c’est ? C’est ce normand barbu boulimique de galettes qui trouve toujours les tournures de phrases sinueuses et inventives après lesquelles je continue de courir lorsque je dois écrire la chronique d’un disque. Ce fécond collègue de Citizen Jazz, jamais à court d’une bonne idée, avait peu de chances de se tromper en nous signalant ces Beaux-Arts dont je me repais en ce moment.

    Alors je me suis rendu , en quelques clics bien sentis, j’ai rapatrié sur mon ordinateur pour une somme très modique (en bénéficiant d’un format sonore de belle qualité) les fichiers constituant un album prometteur dont la pochette au décor un peu foutoir pourrait tout aussi bien être inspirée par l’univers bancal et déroutant des ready made de Marcel Duchamp. Quelques minutes plus tard, méthodiquement rangé dans la bibliothèque numérique, je pouvais tranquillement écouter le disque de Sylvain Rifflet. En quelques secondes, le bougre avait gagné ! J’étais conquis.

    Rifflet – je vais être honnête avec vous – je le connaissais de nom, j’avais déjà lu quelques articles relatant son parcours, je savais qu’il était un clarinettiste saxophoniste compositeur arrangeur plutôt inventif mais… non, je n’avais jusque là pas écouté la moindre petite minute de sa musique. Je m’auto-flagellerai si vous le jugez indispensable. Mais d’une certaine façon, j’ai découvert l’album dans un état de fraîcheur absolue, confinant à la virginité musicale, prêt à me laisser guider par sept artistes en état de grâce.

    Imaginez un trio plutôt explorateur et gros fournisseur de ruptures et de syncopes en tous genres, composé de Sylvain Rifflet (saxophone, clarinette, métallophone), Gilles Coronado (guitare) et Christophe Lavergne (batterie, percussions) venant se mesurer à un quatuor à cordes (Frédéric Norel, Clément Janinet, Benachir Boukhatem et Olivier Koundouno) lui-même prêt à en découdre avec un vrai appétit créatif, volontiers hypnotique et dissonant. Voilà, les Beaux-Arts sont en action et ne vous lâchent plus une seule seconde. Une semaine après ma découverte, je peine encore à rassembler mes sensations en quelques phrases parce que je suis bien loin d’avoir fait le tour de la propriété. Nom d’un chien, la demeure est vaste, à chaque visite, on découvre une nouvelle pièce, un petit recoin qu’on n’avait pas vu précédemment ! Il y a quelque chose dans cette musique qui évoque un cabinet de curiosités sonore et nous renvoie parfois aux élucubrations dadaïstes et chahutées d’Henry Cow (le travail de Gilles Coronado me fait penser ici ou là à celui de Fred Frith), parfois aussi aux élans brûlés de King Crimson (décidément, ce groupe revient souvent dans mes chroniques…) ; on cherche d’où peut bien provenir cette musique contemporaine et libre et puis… au diable les influences ou les connotations, c’est l’idée d’une forme qui se modèle sous nos oreilles qui finit par prédominer. Sylvain Rifflet l’arrangeur cherche, invente, stimule et entraîne ses camarades avec lui dans une sarabande faussement bancale et, en vérité, furieusement gourmande. Il y a chez lui une évidente volonté de mordre dans sa musique comme on mord dans la vie. Notre époque, si redoutable et anxiogène, a besoin d’agitateurs comme lui pour nous laisser espérer que tous nos lendemains ne vont pas déchanter. 

    Beaux-Arts est un disque à découvrir d’urgence, à absorber autant de fois que nécessaire, comme une bonne cure de vitamines. Jusqu’à ce que, après de salutaires écoutes, vous redressiez les épaules et considériez le monde qui vous entoure pas uniquement comme un immense piège à humains angoissés mais aussi comme une source d’énergie pour les temps à venir.

    Ouais... bon... pas géniale ma conclusion... un peu pompeuse ! Tout ça pour dire que le disque est magnifique, qu'il fait un bien fou et qu'on en redemande. Ou comment dire en deux ou trois lignes ce qu'on vient de raconter dans un texte beaucoup trop long. Comme d'habitude...

  • Lionel Belmondo - Des clairières dans le ciel

    lionel belmondo, hymne au soleil, choeur national de lettonie, fauré, boulanger, duruflé, yusef lateefBien que paru fin 2011, Des clairières dans le ciel a été enregistré voici près de cinq ans, au printemps 2007. Il est pour Lionel Belmondo la conclusion d’un cycle de trois albums dont l’ambition affichée est de « dépasser les clivages et de révéler les jeux d’influence qui font se rapprocher les musiques ».
    Le premier volet de cette trilogie atypique voit le jour en 2003, lorsque le saxophoniste publie son Hymne au soleil qui, depuis, a accumulé les récompenses. Lionel Belmondo y jetait des passerelles entre la musique du début du XXe siècle, celle du post-impressionnisme, et le jazz modal.

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  • Madkluster Vol. 1

    Alain Blesing, Bruno Tocanne, Fred Roudet, Benoît Keller, Madkluster, IMR, imuZZicEn quelques mois d’existence, le label IMR - créé et co-dirigé par Bruno Tocanne et Alain Blesing au sein du réseau imuZZic - aura affirmé une séduisante identité militante, nourrie de liberté et d’un esprit d’ouverture propre à stimuler ce que chacun d’entre nous a de meilleur. Voici la troisième référence d’un catalogue encore peu fourni – forcément – mais qui pratique déjà le sans-faute. Après Libre(s)Ensemble et 4 New Dreams, deux disques étincelants parus en 2010, une pierre supplémentaire vient s’ajouter à l’édifice créatif : Madkluster Vol. 1.

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  • Tickets fantômes

    Et si le passé n’existait pas ? C’est la question qu’il m’arrive de me poser quand j’observe certains objets. Ils sont là, dans toute leur matérialité et pourtant, ils expriment des instants uniquement vécus dans notre imagination. Ainsi ce ticket d’entrée à un concert du Grateful Dead au mois d’octobre 1981. Plus de trente ans maintenant… et toujours pas de concert !

    grate1981ful dead, nancy,

    Pour n’avoir jamais existé, on peut dire que ce concert au Parc des Expositions de Nancy n’a jamais existé ! Et pourtant, tout était bien annoncé, claironné même au point que la presse locale avait organisé un concours permettant de gagner des places. En bon Dead Head alors certifié dix ans d’ancienneté dans la confrérie Californienne, je m’étais précipité pour répondre à la question simpliste posée par le quotidien. Si mes souvenirs sont exacts, il me semble qu’il fallait choisir entre trois chiffres correspondant à l’affluence d’un concert mythique du groupe fin juillet 1973 à Watkins Glen. Une sorte de record à l’époque puisque plus de 600.000 personnes s’étaient rassemblées pour l’occasion. Trop facile : il y avait deux places à gagner, je les ai raflées sans la moindre difficulté. Cette aisance à gagner aurait peut-être dû m’alerter…

    On peut deviner quelle fut alors mon impatience… Il faut bien comprendre : depuis l’automne 1971, j’étais tombé dans la marmite Grateful Dead, j’étais envoûté par la musique de Jerry Garcia et ses acolytes. Dix ans plus tard, j’avais acheté tous les disques disponibles (et l’année 1981 avait été celle de la publication à quelques semaines d’intervalle de deux doubles albums live), lu tous les articles publiés dans Best ou Rock’n’Folk, développé des stratégies un peu stupides pour rapatrier à la maison des disques afin de ne pas me faire repérer par des autorités parentales un tantinet méfiantes à l’égard de mon appétit vinylique. J’ai conservé, quarante ans après le début de cette aventure, la même foi envers un groupe qui, à défaut d’être artistiquement révolutionnaire, présentait selon moi une qualité essentielle : il donnait à voir ailleurs (on me pardonnera l’expression, parce qu’il s’agit avant tout d’écouter) ! Il était un univers de passage entre différentes formes de rock et de blues vers d’autres strates musicales, jazz en particulier du fait d’une propension très nette à improviser sur scène lors de concerts marathons dont le carburant chimique n’était pas des plus recommandables. Je me fichais un peu de cette époque première, celle de toutes les folies stupéfiantes dont le Grateful Dead avait été l’un des acteurs majeurs. En 1971, je n’ignorais pas les excès dont les musiciens s’étaient rendus coupables mais un cap avait été franchi : après le temps des acid tests, après la parenthèse de Workingman’s Dead et American Beauty en 1970, le groupe avait suivi une voie en apparence plus sage qui n’excluait pas certaines folies (les concerts pouvaient parfois être très longs, jusqu’à six heures) mais sa musique avait laissé de côté son caractère psychédélique et se recentrait sur un répertoire probablement plus consensuel. Le charme demeurait intact toutefois. Pas aux yeux de tout le monde car les années passaient, la rugosité brutale des deux accords joués par les groupes punks donnait au Dead des allures de groupe de papys somnolents. Les années passaient, les modes aussi… Pendant que certains s’usaient en d’éphémères mouvements, d’autres continuaient leur chemin, rassemblant un public nombreux et fidèle. 

    Alors vous pensez bien que ce mercredi 14 octobre 1981 était pour moi comme une date repère, un moment d’exception, la récompense de longues années de passion et de patience. 

    Sauf que… ce concert n’a jamais eu lieu ! Pas assez de billets pré-vendus, rendez-vous annulé ! Pourtant, les comptes rendus de la tournée nous rappellent que les concerts demeuraient des moments pas comme les autres. Il se passait toujours quelque chose avec le Grateful Dead, chaque soir était différent du précédent (le groupe se sera produit 16 fois dans 7 pays entre le 30 septembre et le 19 octobre… mais pas à Nancy !). 

    Mes tickets sont toujours là, sagement glissés dans la pochette de l’album le plus récent à ce moment (Dead Set). Et dans un recoin de ma tête, l’espoir secret que ce concert a bien eu lieu, que ma mémoire a un peu flanché et que son souvenir va bientôt refaire surface. Pas moyen de me résoudre à l’idée que nous n’étions pas assez nombreux ce soir-là…

    Allez, on arrête de se raconter des trucs, tout ça c'est bien fini. Jerry Garcia est mort en août 1995, le Grateful Dead revit parfois sous le nom de The Dead, animé par le four core constitué de Phil Lesh, Bob Weir, Bill Kreutzmann et Mickey Hart (qui va prochainement publier un nouvel album, ce qui me réjouit), mais nous ne sommes plus en 1981. Juste trente ans plus tard.

    Un peu de musique de l'époque, c'était au mois de mai 1980...

    Et une petite vidéo de 1981... Le genre de trucs que le Dead aurait pu jouer à Nancy... s'il était venu et s'il avait opté pour un set acoustique (comme sur le disque Recknoning).

  • Quatuor IXI - Cixircle

    cover.jpgIl n’est pas toujours facile de sauter par dessus les barrières d’univers musicaux considérées comme infranchissables à force de cloisonnements. Drôles de murs dont la raison d’être est souvent idéologique. On ne se mélange pas… Musique classique ou contemporaine, minimaliste, jazz, rock… les interactions ne sont pas si fréquentes - et souvent guettées du coin de l’oreille non sans un soupçon de méfiance.

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    PS : l'un des membres du quatuor IXI est le violoniste Régis Huby, qu'on retrouve par ailleurs très impliqué dans le récent disque de Maria Laura Baccarini, évoqué ici-même en début de semaine.

  • Maria Laura Baccarini - Furrow, A Tribute To Cole Porter

    furrow.jpgVoilà un disque en tous points réjouissant ! L’hommage que rendent la chanteuse Maria Laura Baccarini et ses complices à Cole Porter est non seulement explosif, mais avant tout empreint d’une vraie originalité dont l’essence est collective. Pourtant, on aurait pu s’inquiéter. Pensez donc : sans pour autant tomber dans le piège trop facile du délit de belle gueule, nous voici en présence d’une artiste aux allures de top model qui fait craindre d’emblée un de ces avatars marketés dont l’univers du jazz a parfois le secret. Le cours des bimbos insipides étant largement surévalué, on voudra bien nous pardonner cet a priori : on pouvait redouter un énième disque de sucreries, de roucoulades pour vieux messieurs plus avides d’admirer la plastique de la chanteuse que de s’immerger dans son répertoire...

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  • We miss you, Kevin...

    kevin coyne

    Kevin Coyne est mort le 2 décembre 2004. Il avait 60 ans. Sept ans (déjà !) après son départ, on veut croire que son passage ici-bas aura laissé une empreinte durable, même si l’on peut craindre non sans raison que son immense talent ne rayonne aujourd’hui que dans le cercle assez fermé de ses inconditionnels. Jusqu’à la fin, Coyne se sera consumé au service d’un art qu’on pourrait qualifier de blues tant la brûlure qu’il transmettait semblait la jumelle de la douleur qui hantait cette musique des origines.

    Je ne reviendrai pas trop longuement sur son histoire, que d’autres ont déjà expliquée, ici ou . Pour faire court, rappelons que le chanteur s’était d’abord engagé dans des études d’art avant d'être employé dans un hôpital comme travailleur social où l’une de ses tâches consistait à s’occuper de malades affectés de troubles psychiatriques. On imagine déjà que nous ne sommes pas en présence d’un artiste léger. Amateurs de sucreries sirupeuses, Kevin Coyne n'est pas pour vous, passez votre chemin et rallumez la télévision.

    Après l’expérience du groupe Siren dont il était le chanteur, Kevin Coyne se présentera seul avec sa guitare en 1972 pour publier le disque Case History puis, dès l’année suivante, le bouleversant Majory Razorblade, un double album qui va l’installer durablement comme une sorte d’ovni musical. Car pour avoir eu la chance de vivre en direct cette époque faste par l’entremise de mon frère qui avait su dénicher cette perle rare (une de plus), je peux ici témoigner du caractère totalement atypique du personnage : ours mal peigné, gros buveur, guitariste dont la technique loin d’être académique consistait autant à boxer son instrument qu’à en faire sonner les cordes, chanteur qui était tout sauf un vocaliste charmeur mais plutôt un écorché vif, Kevin Coyne était un cas artistique vraiment pas comme les autres. Être habité, hors du commun, véritable bluesman dont chaque note jouée, chaque parole chantée semblait pour lui être l’ultime, il brûlait d’une douleur contagieuse qui trouvait certainement ses racines dans les souffrances qu’il avait côtoyées pendant de longues années et qu'on voulait partager, en imaginant que, peut-être, nous l'aiderions un peu à se sentir plus léger.

    Cette période des années 70 aura été rien moins que somptueuse. Un disque monumental, Blame It On The Night, verra le jour en 1974. Une sorte de coup parfait dans ses imperfections rageuses, son énergie existentielle un peu désespérée. Un album essentiel, qui évoque dans sa noirceur électrifiée (écoutez "River Of Sin", par exemple) le Time Fades Away de Neil Young, un autre artiste dont les imperfections font tout le génie. Un brûlot qu’on n’en finit pas d’écouter pour le découvrir à chaque fois. Citons aussi Matching Head And Feet, Heartburn, Millionnaires And Teddy Bears, et bien d’autres encore. Il y a chez Kevin Coyne une totale singularité : c’est presque naturellement qu’on recevra comme une évidence sa rencontre avec un autre grand personnage, tout aussi atypique et génial : Robert Wyatt. Tous deux se retrouveront sur la seconde face de l’album Sanity Stomp en 1980. Et que dire de l'urgence qui continue de hanter Pointing The Finger (1981), album lorgnant parfois vers un hard rock sulfureux ("As I Recall") ?

    Au milieu des années 80, après une dépression nerveuse et une lutte sans merci contre l’alcool, Kevin Coyne quittera l'Angleterre pour mettre le cap sur l’Allemagne. Tout en continuant à enregistrer et se produire sur scène, il laissera éclore son talent de peintre, d’écrivain et de poète, ce qu'il était aussi... Jusqu’au bout, il se tiendra debout malgré une maladie des poumons qui finira par l’emporter. Il faut lire ce témoignage qui met en scène un Kevin Coyne, presque à bout de forces, obligé de chanter sous assistance respiratoire, quelques mois seulement avant sa mort. Pas forcément bien écrit, mais un précieux compte-rendu.

    Voilà… Je ne sais plus trop pour quelle raison j’ai repensé à Kevin Coyne il y a quelques jours, retrouvé ses vieux albums, sa voix éraillée, sa guitare mal accordée, sa proximité douloureuse. Aucune tentation nostalgique de ma part : cette musique n’a pas pris une ride, elle pourrait avoir été enregistrée hier. On voudrait tant, aussi, qu’elle puisse voir le jour demain.

    Le jeu de mots est facile, trop facile peut-être mais pourtant il s’impose : en cette époque si grise qui voit émerger le grondement des peuples pris en tenaille entre la cupidité et le cynisme d’une minorité, celle des néo-dictateurs de la finance mondiale, on voudrait qu’une voix irradiée se fasse entendre, qu’un poing se lève. Tiens, on voudrait dire : vas-y Kevin, cogne, cogne, cogne ! Tu nous manques. Reviens !

    En écoute, "Blame It On The Night", extrait de l'album éponyme.

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  • Giovanni Mirabassi - Adelante

    giovanni mirabassi, adelante, cuba, citizen jazzPour un temps échappé du trio qu’il forme avec Gianluca Renzi et Leon Parker, Giovanni Mirabassi donne une suite naturelle à Avanti, publié voici une dizaine d’années et désormais introuvable, sauf à prix d’or peut-être. Ce disque libertaire qui célébrait des hymnes planétaires tels que « Le temps des cerises », « Imagine » ou « El Pueblo Unido Jamás Será Vencido » avait connu un vrai succès que n’aurait peut-être jamais imaginé le pianiste transalpin du temps de sa jeunesse, quand sa famille formulait pour lui des rêves où son avenir s’habillait d’une robe d’avocat. Aujourd’hui quadragénaire et plus parisien qu’italien, Mirabassi porte sur notre monde un regard fiévreux et considère son engagement politique comme relevant de sa responsabilité d’artiste.

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  • Atelier

    écriture, théâtre de la manufacture, nancy, murât ozturk, jean-pascal boffo, improvisionsJ’ignore encore si je tirerai le moindre profit de l’atelier d’écriture auquel je viens de m’inscrire auprès du Théâtre de la Manufacture à Nancy. Six séances de quatre heures sous la coordination d’un animateur qui va s’efforcer d'extirper de son groupe (une petite quinzaine d’adultes consentants) quelques fruits tombés de l'arbre d’une imagination pas toujours débridée, tout en proposant à ses victimes de réfléchir à la construction de personnages et de dialogues.

    Ce qui m’interpelle le plus dans cette formation – je vous livre cette impression à l’issue d’une première session – c’est qu’elle m’a laissé le sentiment d’être, pour la première fois de ma vie, en situation d’apprentissage autour d’un sujet qui me passionne vraiment. Car pour n’avoir jamais connu de véritable incident tout au long de mon parcours scolaire et malgré une incursion universitaire très hasardeuse qui demeure pour moi une énigme (mais qu’est-ce que j’étais donc venu faire dans cette galère ?), je me suis toujours laissé porter au fil de mes années scolaires par un ennui que je me refuse à imputer exclusivement à la pédagogie souvent soporifique de pas mal de mes enseignants. Il doit bien y avoir un peu de moi dans cette distance indifférente qui m’a toujours habité dès lors que je franchissais l’entrée d’une salle de classe. L’impression de n’avoir rien à faire là, d’être obligé d’ingurgiter des potions trop souvent amères alors que je n’avais rien demandé d’autre que de continuer à observer le monde dans la liberté de mon jardin tout aussi imaginaire qu’enfantin. J’ai toutefois quelques excellents souvenirs de collège ou de lycée : une prof d’anglais un peu hors du commun, passionnée et passionnante ; un enseignant en histoire-géographique qu’on pourrait qualifier de foutraque et génial dans sa façon déjantée de transmettre son savoir. Deux exemples parmi quelques autres qui m’ont convaincu à la marge que la générosité était communicative et source d’échanges enrichissants… mais que tout le reste n’était pas fait pour moi. Pas assez de flamme, une absence de sens donné à l’enseignement, une confusion presque permanente entre l’idée de note et celle de sanction, comme si la nécessité d’apprendre devait automatiquement se parer de couleurs punitives. J’aurais aimé entrer dans une salle de classe le cœur léger et le sourire aux lèvres : mais non, mon œil était rivé en permanence aux aiguilles de ma montre, parce que je voulais que les minutes défilent plus vite et que l’intercours ou la récréation me soient offerts comme la récompense de ma patience.

    Alors, bien des années plus tard, quinquagénaire bien sonné, me voilà au travail stylo en main, couchant sur le papier d’un cahier à spirale les mots et les phrases comme autant de réponses aux sollicitations de l’animateur. Pas d’angoisse, pas de note, pas de diplôme : juste le plaisir de franchir par l’effort consenti le seuil d’une connaissance dont les limites se repoussent d’elles-mêmes avec douceur.

    On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Je pense l’avoir vérifié. Pour traduire cet état de bien-être qui m’a gagné hier, je vous envoie une petite bulle musicale qui m’est revenue à l’esprit alors que je devais inventer deux ou trois rêves au nom d’un personnage imaginaire. Les Improvisions de Murat Öztürk (piano) et Jean-Pascal Boffo (design sonore) méritent bien cette résurgence onirique : j’ignore si l’on peut encore se procurer ce beau disque publié en 2010, mais il me plaît de rappeler à quel point il aura été un moment de grâce. Qui dure aujourd’hui encore.

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