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  • Repos

    Retour à une activité normale après quelques jours d'un repos obligé. Histoire de reprendre des forces et d'oublier un joli « coup de pompe », ce genre de truc qui vous coupe les jambes et vous donne l'impression de peser une tonne et d'être au gouvernail d'une embarcation humaine bien lourde à traîner. Le prix à payer, probablement, pour toutes ces années - trente exactement - au cours desquelles il aura fallu composer avec une machinerie vasculaire peuplée d'une myriade de petits caillots, nichés un peu partout pour de mystérieuses raisons qui, à défaut de connaître une explication rationnelle, nécessitent un traitement anticoagulant préventif au long cours. Mais l'essentiel n'est pas là, parce qu'il faut toujours regarder de l'avant et que je n'ai pas l'âme d'un malade sur le sort duquel je refuse depuis le premier jour qu'on s'apitoie. Non, seul l'avenir compte et pour l'heure, je réfléchis à deux projets : d'abord m'attaquer à l'écriture de mes « thrombochroniques » qui seront en quelque sorte les sœurs aînées de mes « stimulochroniques », ensuite fêter dignement, au mois d'octobre prochain, une étape cruciale : celle de l'absorption de mon onze millième comprimé d'anticagulant ! Thrombo pour être vrai ?

  • Poignant

    10143.jpgSalué par la critique comme un des événements musicaux de l'année 2009 - y compris par mes soins à l'occasion d'une chronique pour le magazine Citizen Jazz - le premier disque de l'Orchestre National de Jazz sous la direction de Daniel Yvinec donne une furieuse envie de se replonger dans la discographie de celui qu'il célèbre, le grand Robert Wyatt. Musicien inimitable, chanteur unique, passé des folies dadaïstes de la première époque du groupe Soft Machine à l'élaboration d'un univers intimiste et minimaliste après un dramatique accident qui le cloua sur un fauteuil roulant, Robert Wyatt continue de nous parler à l'oreille et de nous enchanter. Rock Bottom, son disque phare, est une pièce majeure de l'histoire de la musique du XXe siècle. En témoigne, par exemple, ces quelques minutes extraites de « Sea Song », une composition qui continue de vous prendre à la gorge et de vous submerger d'une forte dose d'émotion.
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  • Démesure

    Invité par France Inter a débattre sur le thème de l’évolution de la démocratie et son dévoiement au fil des années, un philosophe – dont j’ai malheureusement oublié le nom – nous rappelait deux chiffres qui traduisent la démesure que nous, humains, avons réussi à établir dans notre organisation économique mondiale. Il précisait également que ces données très évocatrices préexistaient à la crise subie par tous les Etats à l’automne dernier.

    - les 225 personnes les plus riches au monde possèdent une fortune équivalente à celle que se partagent les 2,5 milliards les plus pauvres ;
    - 2,5 % seulement des transactions financières à l'échelle planétaire s’appuient sur l’économie réelle (le reste n’étant que le fruit de la spéculation et donc d’une économie virtuelle).

    Ces chiffres ne sont pas nouveaux, j’en conviens, mais ils disent tellement de choses… Et ce ne sont là que deux exemples. Étonnant, non ?

  • Procuration

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    Photo : Mad Jazz Girl

    Être père d’un musicien, en 2009, n’est pas forcément un statut de tout repos, parce que les questions se bousculent au portillon : en ce monde troublé qui n’accorde pas aux artistes* la place qui devrait leur revenir, n’aurait-il pas mieux valu inciter son propre fils à choisir une autre voie ? A quoi sert-il d’être musicien, puisque tout doit désormais être quantifié, évalué, rationalisé ? L’art, l’irrationnel, la dimension poétique de l’individu ont-ils encore cours dans la sécheresse économique des discours ambiants ? Ces questions, je me les pose, chaque jour… Mais elles sont souvent balayées par les échos des scènes, ces commentaires qu’on vous fait parvenir et qui vous confirment que, probablement, vous n’avez pas eu tort dans vos choix de parents. Si, vous avez tort parfois, mais d’être absent ! Comme tout récemment, sur une scène parisienne dont vous ne connaissez que ce fugitif cliché vous laissant deviner des heures hautes en couleurs que vous devez vous contenter de vivre par procuration.

    * J’ai de ce mot une définition suffisamment restrictive pour ne pas y inclure un certain nombre de faiseurs et d'imposteurs qui occupent malheureusement une place bien trop importante…

  • Crabe

    Saloperie de cancer... Je vais écrire des banalités, je le sais bien... Parce que dire que la maladie est injuste, d'autres l'ont fait avant moi depuis des siècles et ça ne guérit pas ceux qui souffrent. Mais apprendre qu'un ami, qui a consacré toute sa vie aux autres, aux jeunes en particulier, pour lesquels il a toujours été comme un modèle, jette aujourd'hui ses dernières forces dans une lutte inégale contre un cancer du pancréas et voit son organisme l'abandonner petit à petit, savoir qu'il souffre atrocement et sait qu'il va perdre le combat... Rien à faire, c'est injuste, je ne parviens pas à comprendre « le grand dessein ». J'aimerais tant être doté de pouvoirs spéciaux et pouvoir dévier la course de cette flèche macabre qui est en train de filer droit sur lui, quitte à la rediriger vers quelque nuisible, comme notre monde sait en fabriquer par milliers. Mais je ne suis qu'un humain, rien qu'un humain, et je dois assister à une fin annoncée, sans arme, sans pouvoir repousser l'ennemi.

  • Ancien

    Dans son nouveau livre, « L'endroit du décor », publié aux éditions Gallimard, Raphaël Enthoven cite Plutarque : « Il faut nous en tenir, non pas au chemin qui nous semblera avoir le plus bel aspect, mais à celui qui nous conviendra le mieux, en plaçant notre confiance non dans une vaine convoitise, mais dans la nature, notre guide ». Voilà une phrase qui tombe à pic et nous laisse penser que ce qu'on appelle aujourd'hui le « bling bling » n'est pas une excroissance malodorante de notre époque matérialiste, mais probablement une inclination de toujours pour une part de l'humanité.

  • Éperdu

    lost_on_the_way.jpgLe XXIe siècle sied très bien à Louis Sclavis. Parce que sa discographie - abondante désormais depuis la fin des années 70 - recèle de magnifiques moments dont les plus récents (L'Affrontement des Prétendants, Napoli's Walls, L'Imparfait des Langues et aujourd'hui Lost On The Way) constituent comme une suite qui frise la perfection. Avec ce nouveau disque qui évoque l'odyssée d'Ulysse, et pour lequel il renouvelle en partie son quintette (Maxime Delpierre et François Merville étant toujours présents), Louis Sclavis fait une fois encore éclater au grand jour une musique lyrique, inventive et nerveuse. Il y a ceci d'un peu magique chez lui qui est la patte des grands : on sait très vite à qui on a affaire, sans pour autant savoir où l'artiste veut nous emmener. Alors on se laisse guider, au gré des vents et on le laisse nous raconter une histoire dont on n'a pas envie de connaître la fin.

    « J'ai joué à me perdre pour sortir d'une route déjà tracée » confie le clarinettiste. Alors bien joué en effet et quant à moi, je me porte volontaire pour tomber autant de fois que nécessaire de Charybde en Scylla, tant il est bon, sinon d'être perdu dans l'inconnu, du moins de revenir comme éperdu du bonheur éprouvé à la rencontre d'un jazz contemporain dont la richesse nous laisse espérer qu'il aura encore bien des pages à tourner.

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    En écoute : quelques minutes de « De Charybde en Scylla », extrait de Lost On The Way (ECM 2098 1798497).

    Louis Sclavis (clarinettes, saxophone soprano), Matthieu Metzger (saxophones soprano et alto), Maxime Delpierre (guitare), Olivier Lété (basse), François Merville (batterie).

  • Pandémie

    Etrange cet appétit soudain qu’ont eu les principaux médias pour le mot pandémie avec cette histoire de la grippe ex-porcine, ex-mexicaine et aujourd’hui A H1 N1. Non qu’ils l’ait utilisé à mauvais escient (et encore... si l’on considère sa définition qui dit qu’il s’agit d’une épidémie qui s’étend à la quasi-totalité d’une population d’un ou de plusieurs continents, on reste loin du compte et c'est tant mieux), mais on ressentait une bizarre jubilation journalistique à distiller la peur avec ce mot trop rarement à l’ordre du jour semble-t-il. Car il y a eu dans le traitement de l’information une incroyable inversion de la chaîne éditoriale : on nous annonce d’abord la catastrophe mondiale (tous aux abris, Roselyne sur tous les fronts télévisés à distribuer masques et Tamiflu, elle a dû se ruiner en rose à lèvres durant ces derniers jours), les mesures de confinement, les morts par vagues, les annonces de notre futur renoncement à toute forme d’activité collective (chouette, on va m’interdire d’aller bosser si ça continue)… puis, quelques minutes plus tard, un spécialiste (en général un médecin) vient nuancer le propos en nous expliquant que, peut-être, ce virus n’est pas plus mortel que celui d’une grippe « classique ». Hier, le bilan quantitatif était sensiblement moins dramatique que celui qui était établi trois jours plus tôt. Aujourd’hui, la presse commence à s’interroger sur les raisons profondes de ce sensationnalisme irrationnel. Certes, le principe de précaution est louable mais dans ces conditions, quelles mesures de préservation de l’espèce humaine faudrait-il prendre pour lutter contre la mort tabagique (cent millions d’individus emportés par la cigarette au XXe siècle), la pollution atmosphérique, le SIDA, les guerres, la violence faite aux femmes, l’esclavage industriel, ou les calembours de Laurent Ruquier ? Pourquoi donc cette brutale focalisation sur une grippe dont la mortalité, fort heureusement, reste marginale et semble se soigner aussi bien qu’une autre (ce qui ne signifie pas qu’il s’agit d’une maladie bénigne, j’en conviens volontiers) ? Il y a pourtant tellement d'autres sujets qu’on aimerait voir plus souvent abordés dans les grandes messes de l’information…

  • Soutenu

    fenetre_panoramique.jpgOn pourra dire tout ce qu’on voudra, mais ça fait du bien de lire un bouquin étranger… vachement bien traduit (ce qui nous change des horreurs du sabir lu a longueur des pages de la trilogie Millenium). En l’occurrence, il s’agit ici du roman (écrit en 1961) de Richard Yates, Revolutionary Road, devenu La Fenêtre Panoramique (signalons au passage que pour son adaptation récente au cinéma, le titre français est devenu Les Noces Rebelles, probablement parce que les producteurs craignaient une confusion avec Fenêtre sur Pacifique… enfin, je dis ça, mais je n’en sais rien, après tout). En optant pour un français un peu compassé, même pour l’époque probablement, Robert Latour restitue au mieux ce climat trouble d’une histoire qui se déroule au milieu des années 50, dans une Amérique qui découvre après la guerre les premiers objets courants d’une nouvelle modernité (symbolisées ici par les machines à calculer fabriquées par l’entreprise Knox où travaille l’un des principaux personnages) et surtout, ajoute une note d’amertume supplémentaire à l’histoire de ce couple qui se désagrège sous nos yeux, comme pris dans la nasse d’un conformisme dont il ne parvient pas à s’extirper. J’ai lu quelque part l’avis d’un lecteur qui trouvait cette traduction faiblarde : c’est tout le contraire, me semble-t-il, elle est à considérer plutôt comme un beau et subtil vernis qui agit comme une loupe sur les craquelures de ce couple voué à l’échec. 

  • Live

    Pendant que nos « chers » dirigeants continuent d'accabler Internet et de désigner le réseau à la vindicte populaire, confondant visiblement fièvre et thermomètre, et d'en faire un sujet de politique répressive alors qu'ils seraient bien avisés de se rendre compte qu'ils disposent là d'un formidable outil propre à devenir un instrument capital dans l'aménagement du territoire, me vient l'envie, tel un gamin, de me réjouir des bienfaits de l'immédiateté rendue possible par la vitesse de circulation des informations sur la Toile. En toute légalité et en m'appuyant sur un petit exemple, celui de mon vieux groupe fétiche, le Grateful Dead, dont la résurrection sous le nom de The Dead est quasi miraculeuse (j'en reparlerai, ailleurs, très bientôt). Voici donc six musiciens qui ont entamé une série de 22 concerts (le Dead Spring Tour 2009) depuis le 12 avril et jusqu'au 16 mai. Tout ceci se déroulant aux Etats-Unis exclusivement, il y a une petite frustration pour la poignée d'européens dont je fais partie qui savent qu'ils ont bien peu de chances de réaliser leur vieux rêve d'une scène hexagonale (la seule fois où j'étais à deux doigts de voir le Grateful Dead sur scène, le concert a été... annulé ! C'était en 1981...). Fort heureusement, Internet est là qui nous permet, 48 heures après, de télécharger pour une somme modique (entre 12 et 10 € selon le format choisi, Flac ou mp3 256) chaque concert - soit trois heures de musique - avec une qualité de son irréprochable. Autant dire que je vais me régaler dans les mois à venir...

  • Solidaire

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    Mes « horaires de sortie » et ma baisse de forme temporaire étant incompatibles avec toute participation à un long défilé en ce premier jour de mai, je me vois contraint de m'associer de loin avec tous ceux qui - victimes de la crise ou tout simplement demandeurs d'une France moins inégalitaire, moins stupidement comptable, plus partageuse (et pas seulement des pertes engendrées par une poignée d'individus nocifs) - se réuniront aujourd'hui pour exprimer leurs inquiétudes, sans forcément espérer être entendus. Ce muguet en est le symbole, on l'aura compris. Ces quelques lignes vous auront par ailleurs permis d'échapper à ma rituelle complainte sur ce jour fatidique de l'année qui m'a souvent valu bien des déboires et que je ne peux considérer sans une certaine inquiétude.