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grateful dead

  • La stratégie de l'arbre à disques

    europe_72.jpgJe vais reculer les aiguilles de la grande horloge et vous parler d'un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. Nous sommes le mercredi 13 décembre 1972. Je suis en possession d'un précieux billet dont la valeur - cent francs ! - est considérable pour qui la rapportera au montant de mes émoluments mensuels de l’époque, en d'autres termes mon argent de poche, soit cinq francs. Me voici prêt à engager une dépense déraisonnable qui hante mes rêves depuis plusieurs semaines déjà. Mais je vais un peu trop vite... Revenons d'abord à un autre jour, un jeudi celui-là, le 27 janvier de cette même année 1972. J’en profite pour rappeler aux plus jeunes qu'en ces temps préhistoriques, on n'allait pas au collège le jeudi après-midi ; c’est l’année suivante seulement que fut instaurée la pause hebdomadaire du mercredi pour les scolaires.

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  • Quarantaines

    J’ai bien conscience de radoter. En fouinant dans mes archives, je retrouverai certainement un texte qui dit à peu près la même chose que ce qui est à lire plus bas. Qu’importe, après tout, on connaît bien des peintres ou des musiciens qui, cent fois, ont remis leur ouvrage sur le métier, déclinant à l’infini un motif dont ils n’envisageaient jamais la fin. Je m’accorde ce droit…

    Qu’elle soit ou non ce qu’elle était, la nostalgie n’est jamais bonne conseillère… On ne peut pas, chaque jour, mâchouiller comme un vieux chewing-gum insipide son passé, avec une pointe de mélancolie, en essayant de se persuader que c’était mieux avant ; pas plus qu’il n’est bon de figer sa propre histoire au temps de l’enfance ou de l’adolescence, en s’octroyant une éternelle jeunesse dont on sait qu’elle s’enfuit et vous échappe d’autant plus que vous vous échinez à lui courir après. La roue tourne pour chacun de nous et, finalement, c’est déjà une sacrée chance, quand tant d’autres auraient aimé la voir s’activer un peu plus longtemps ou même simplement disposer du privilège exorbitant du retour sur soi. Se retourner, oui, pour savoir d’où l’on vient, pour comprendre, c’est bien. Mais attention à la chute ! Mieux vaut garder un œil sur le prochain virage, c’est plus prudent.

    musique, grateful deadC’est en contemplant le spectacle figé des centaines de disques méthodiquement rangés à l’ombre d’un deuxième étage sous les toits que je me suis laissé gagner par ces pensées presque nocturnes. Chers disques, sources de tant de rêves en musique, objets de convoitise parfois, générateurs d’impatiences et d’obsessions égotistes… Ils sont là, aujourd’hui silencieux, inactifs pour la plupart, les plus anciens ayant depuis longtemps franchi le cap de la quarantaine. Je passe devant les rayonnages et les piles qui s’entassent, faute d’une rigueur dans le travail de classement parce qu’on verra plus tard… Je scrute les amoncellements et les déséquilibres verticaux. Puis, plutôt que de m’apitoyer sur cette savante mise en désordre, j’essaie d’exercer ma mémoire en tentant d’identifier les tranches des 33 tours ou des CD, je cherche à me rappeler où et quand je les ai achetés. Alors c’est la grande plongée dans l’océan trouble des images qui défilent, le télescopage des souvenirs aux contours flous parfois.

    Un magasin de disques, tout en longueur dans une rue déjà piétonne. Le temps des achats compulsifs après des semaines de patience, passées à entasser les précieux francs et la ruée vers l’or noir et ses deux sillons enchantés. Un disque, parfois deux. Jamais assumé, entré par effraction au domicile après une courte pause derrière un arbre cachette. À chaque fois c'est la même chose, l'achat devient une faute à avouer. Une émission de télévision où des musiciens tout habillés de blanc sont habités d'une urgence mystique, avec un guitariste qui tient son drôle d'instrument à double manche, vite il faut acheter le disque, pochette jaune et oiseaux de feu. François Cevert vient de mourir, le coureur automobile aux yeux verts allait trop vite, lui aussi. Et ce bon vieux magnétophone à cassette dont on colle le micro au plus près du téléviseur pour garder au chaud, son propre chaud, vingt-six minutes inédites qui périront dans le grand bûcher de l'obsolescence programmée. Cette fois, le guitariste est assis, il a l'air sérieux, caché derrière ses lunettes et sa petite barbe. Le roi n'est plus cramoisi mais il va vite, lui aussi, il termine par un feu d'artifice sans étoiles. Plus tard, il y aura un chanteur avec de drôles de déguisements. Et très vite, les prix qui grimpent en flèche pour cause de crise du pétrole sculptée à grands coups de stratégie géopolitique par les grands irresponsables de ce monde. De nouveaux codes tarifaires ont fait leur apparition : on passe de C à A, entre temps il y a eu B. Dur pour les mélomanes sans le sou, en quelques mois, l’augmentation est forte, plus de trente pour cent. Les soirées de lecture le dos collé au mur, casque stéréophonique sur la tête, isolé dans un drôle de monde schizophrénique où les yeux voient une histoire pendant que les oreilles en écoutent une autre. Les Rougon Macquart en pleine lutte contre le Grateful Dead ou le rock progressif des anglais de Yes à la conquête de Proust, en quelque sorte. Le fracas percussif d'un batteur aux yeux exorbités qui veut nous embarquer sur sa planète, habitée de drôles d'esprits pas vraiment recommandables et qu’on n’extirpera de son Panthéon que bien des décennies plus tard. Coup de pied au cul tardif mais salutaire... Des concerts, presque toujours imaginaires, parfois réels aussi, pour une virée en bus scolaire à la découverte de Pink Floyd en pleine promotion de Dark Side Of The Moon. Un peu plus tard, les Who et leur frénésie gesticulatoire, la guitare fracassée ; un concert de Neil Young, à Paris, Porte de Pantin, like a hurricane. Sandwiches au camembert made in Lorraine face aux drôles de cigarettes des autochtones et leurs yeux un peu trop rouges. Des magazines dont on lit tout, avidement, ne voulant laisser à personne le soin d’en tourner les pages tant que la dernière n’aura pas été dévorée. Les posters en page centrale, qui viennent orner les murs défraîchis de la chambre refuge. Les alignements de vinyles qui finissent par occuper une bonne moitié de l’armoire aux vêtements, avec classement alphabétique et numérotation à la main de chaque disque et mention manuscrite du jour et lieu de son achat. Les débuts d’une accumulation un peu vaine qui repousse au loin toute velléité de dénombrement. Premiers déstockages, un peu plus tard, on revend des disques qu'on rejette de façon péremptoire, persuadé de détenir enfin une vérité qui n’a jamais existé. À peines partis, les voici qui hurlent leur absence, l'armoire les cherche, c'est justement ceux-là qu'il faut écouter aujourd'hui. Un jour, bientôt, leur mise à la retraite sera programmée, poussés dehors par un sale gamin à la tête de miroir sans charme, qui se prétend le meilleur, indestructible et tout le tralala. Il y a de l’eugénisme hi-fi dans l’air, une idolâtrie de la pureté dont les plus ignares aiment tant se vanter, exhibant leur matériel pour le tester devant nous à grands coups de rock FM décaféiné. Il est beau mon son, il est beau ! Tant pis, à force de crier sa musique, John Coltrane a pu entrer dans ma danse, tout de même, il va mener le bal pour très longtemps, son sourire ne s'éteindra plus. My Favorite Things. Fin du flash.

    Mais à quoi bon faire revivre toutes ces vieilleries ? Quelque chose d’un peu vertigineux me submerge à l’idée qu’une grande majorité de ces trésors enfouis ne feront probablement plus l’objet de la moindre exhumation. Manque de temps, vie trop courte, besoin de nouvelles aventures, de découvertes, nécessité de la connaissance dont on ne peut étancher la soif. Course en avant… Une autre forme de quarantaine pour elles, ces petites galettes bavardes, un exil forcé vers la nuit du temps qui passe très vite.

    Cette mise au point personnelle, cet instant d’arrêt devant ces heures d’histoire enrayonnées tant bien que mal, cette recherche de la musique perdue, n'est pas sans avantages : elle permet de mesurer le tri radical qui s'est opéré dans les souvenirs. Un peu à la manière du son numérique qui écrête hautes et basses fréquences, au point parfois de rendre certains détails inaudibles, le temps scalpe notre mémoire pour préserver les repères, les points de rupture et les grandes embardées qui nous ont façonnés. On garde le noyau dur, le cœur nourricier. Tout est là pourtant, devant nous, il suffit de compter mais seuls quelques rescapés font encore la une de notre actualité, tous les autres ont été repoussés plus loin dans la pagination du journal, en plus petits caractères. Il sera toujours possible d’y revenir, ou peut-être pas…

    Ne pas trop regarder derrière soi, donc. Penser à demain, à ces musiques qui s'inventent ou qui n'existent pas encore. Les plus belles probablement, celles dont on ne sait pas où elles nous emmènent. Aucune importance puisque la confiance est là. La toile est vierge, ils vont tous venir la peindre, un par un, pour nous ; et puis, ils recommenceront, inventeront de nouvelles couleurs, nous raconteront d'autres histoires inédites. Toujours la même quête…

    Pour finir, un peu de place à la musique avec un exemple de repère personnel. C'est en pensant à la tournée européenne du Grateful Dead en 1972 que ces éclairs ont zébré mon musée invisible. Cette épopée printanière m'est revenue à l'esprit parce que je caressais tout récemment l'espoir de l'écouter dans son intégralité. Vingt-deux concerts, soixante-six CD, soixante-dix heures de musique exhumées depuis peu. Des dollars à n'en plus finir, beaucoup trop... Une sorte de Graal pour un type comme moi. Vous pouvez penser que ce désir un peu démesuré contredit toutes mes imprécations anostalgiques ! Pas si sûr… Jerry Garcia et ses acolytes, soit le groupe de l'émancipation. Quand, à quatorze ans, un peu à l'étroit dans l'univers du rock et son cadrage trop resserré, on veut ouvrir les fenêtres en grand, apercevoir de grands espaces et devenir l'acteur de ses propres découvertes. Le groupe qui a tout déclenché, la curiosité, la boulimie vinylique, la gourmandise du son, l'admiration sans bornes pour les musiciens-magiciens, le besoin de connaître chaque jour un peu plus. Aucune nostalgie dans ce retour en arrière de quarante ans donc, juste le témoignage d'une dette contractée, dont je ne suis pas certain de pouvoir régler un jour les dernières traites.

    En attendant, je vois une autre pile, très bien rangée celle-là, juste devant moi. De nouveaux disques à écouter, encore des chroniques à écrire… Le vrai privilège. La course en avant…

    26 mai 1972 - Londres, le Lyceum. Le Grateful Dead interprète "China Cat Sunflower / I Know You Rider". Onze minutes et quelques secondes. Probablement l'un des passages que j'aurai le plus écoutés depuis quarante ans... On le retrouve ici, joliment enrubanné...

  • Tickets fantômes

    Et si le passé n’existait pas ? C’est la question qu’il m’arrive de me poser quand j’observe certains objets. Ils sont là, dans toute leur matérialité et pourtant, ils expriment des instants uniquement vécus dans notre imagination. Ainsi ce ticket d’entrée à un concert du Grateful Dead au mois d’octobre 1981. Plus de trente ans maintenant… et toujours pas de concert !

    grate1981ful dead, nancy,

    Pour n’avoir jamais existé, on peut dire que ce concert au Parc des Expositions de Nancy n’a jamais existé ! Et pourtant, tout était bien annoncé, claironné même au point que la presse locale avait organisé un concours permettant de gagner des places. En bon Dead Head alors certifié dix ans d’ancienneté dans la confrérie Californienne, je m’étais précipité pour répondre à la question simpliste posée par le quotidien. Si mes souvenirs sont exacts, il me semble qu’il fallait choisir entre trois chiffres correspondant à l’affluence d’un concert mythique du groupe fin juillet 1973 à Watkins Glen. Une sorte de record à l’époque puisque plus de 600.000 personnes s’étaient rassemblées pour l’occasion. Trop facile : il y avait deux places à gagner, je les ai raflées sans la moindre difficulté. Cette aisance à gagner aurait peut-être dû m’alerter…

    On peut deviner quelle fut alors mon impatience… Il faut bien comprendre : depuis l’automne 1971, j’étais tombé dans la marmite Grateful Dead, j’étais envoûté par la musique de Jerry Garcia et ses acolytes. Dix ans plus tard, j’avais acheté tous les disques disponibles (et l’année 1981 avait été celle de la publication à quelques semaines d’intervalle de deux doubles albums live), lu tous les articles publiés dans Best ou Rock’n’Folk, développé des stratégies un peu stupides pour rapatrier à la maison des disques afin de ne pas me faire repérer par des autorités parentales un tantinet méfiantes à l’égard de mon appétit vinylique. J’ai conservé, quarante ans après le début de cette aventure, la même foi envers un groupe qui, à défaut d’être artistiquement révolutionnaire, présentait selon moi une qualité essentielle : il donnait à voir ailleurs (on me pardonnera l’expression, parce qu’il s’agit avant tout d’écouter) ! Il était un univers de passage entre différentes formes de rock et de blues vers d’autres strates musicales, jazz en particulier du fait d’une propension très nette à improviser sur scène lors de concerts marathons dont le carburant chimique n’était pas des plus recommandables. Je me fichais un peu de cette époque première, celle de toutes les folies stupéfiantes dont le Grateful Dead avait été l’un des acteurs majeurs. En 1971, je n’ignorais pas les excès dont les musiciens s’étaient rendus coupables mais un cap avait été franchi : après le temps des acid tests, après la parenthèse de Workingman’s Dead et American Beauty en 1970, le groupe avait suivi une voie en apparence plus sage qui n’excluait pas certaines folies (les concerts pouvaient parfois être très longs, jusqu’à six heures) mais sa musique avait laissé de côté son caractère psychédélique et se recentrait sur un répertoire probablement plus consensuel. Le charme demeurait intact toutefois. Pas aux yeux de tout le monde car les années passaient, la rugosité brutale des deux accords joués par les groupes punks donnait au Dead des allures de groupe de papys somnolents. Les années passaient, les modes aussi… Pendant que certains s’usaient en d’éphémères mouvements, d’autres continuaient leur chemin, rassemblant un public nombreux et fidèle. 

    Alors vous pensez bien que ce mercredi 14 octobre 1981 était pour moi comme une date repère, un moment d’exception, la récompense de longues années de passion et de patience. 

    Sauf que… ce concert n’a jamais eu lieu ! Pas assez de billets pré-vendus, rendez-vous annulé ! Pourtant, les comptes rendus de la tournée nous rappellent que les concerts demeuraient des moments pas comme les autres. Il se passait toujours quelque chose avec le Grateful Dead, chaque soir était différent du précédent (le groupe se sera produit 16 fois dans 7 pays entre le 30 septembre et le 19 octobre… mais pas à Nancy !). 

    Mes tickets sont toujours là, sagement glissés dans la pochette de l’album le plus récent à ce moment (Dead Set). Et dans un recoin de ma tête, l’espoir secret que ce concert a bien eu lieu, que ma mémoire a un peu flanché et que son souvenir va bientôt refaire surface. Pas moyen de me résoudre à l’idée que nous n’étions pas assez nombreux ce soir-là…

    Allez, on arrête de se raconter des trucs, tout ça c'est bien fini. Jerry Garcia est mort en août 1995, le Grateful Dead revit parfois sous le nom de The Dead, animé par le four core constitué de Phil Lesh, Bob Weir, Bill Kreutzmann et Mickey Hart (qui va prochainement publier un nouvel album, ce qui me réjouit), mais nous ne sommes plus en 1981. Juste trente ans plus tard.

    Un peu de musique de l'époque, c'était au mois de mai 1980...

    Et une petite vidéo de 1981... Le genre de trucs que le Dead aurait pu jouer à Nancy... s'il était venu et s'il avait opté pour un set acoustique (comme sur le disque Recknoning).

  • Collectionnite aigüe ?

    Je finis par me demander si la discographie du Grateful Dead ne ressemble pas à une grosse vis dont le filetage serait usé, au point qu’une fin n’est jamais envisageable. Elle tourne, elle tourne, elle tourne… Je ne reviendrai pas ici une nouvelle fois sur l’histoire personnelle qui me lie à ce groupe (cherchez si vous le souhaitez, vous finirez bien par trouver…) parce que j’aurais l’impression d’être un vieux schnock radoteur (ce que je suis probablement). Je résumerai cette forme de dépendance inoffensive en disant qu’une petite musique Grateful Dead résonne constamment dans ma tête, de près ou de loin. C’est ainsi… une sorte d’oxygène neuronal.

    Mais tout de même ! Les archivistes de la bande à Jerry Garcia – hommes d’affaires bien avisés ? – nous annoncent la publication en 2012 d’une nouvelle collection d’enregistrements baptisée Dave’s Picks, sous la houlette de David Lemieux. Mais c’est quoi ce truc ? On n’en finira donc jamais ?

    grateful dead, collection

    Je passe sur l’épaisseur de la discographie officielle du groupe : treize albums studios (ce qui est peu finalement, pour une existence couvrant la période allant de 1966 à 1995), une ribambelle d’albums live (dont on peut établir le compte, mais j’y renonce… il y a des doubles, des triples, des quadruples, et même beaucoup plus, je crois avoir un coffret de neuf disques rassemblant trois concerts du début de l'année 1969) qui sont autant de témoignages de la créativité d’une formation dont le four core (Jerry Garcia, Bob Weir, Phil Lesh et Bill Kreutzmann) aura soufflé un air d’une grande fraîcheur, nonobstant un parcours très troublé par de nombreux excès, liés à l’usage des drogues en particulier, sans oublier plusieurs disparitions tragiques. Une douce brise un peu folle aux confins du rock, du folk, du rhythm’n’blues, de la country music, toujours prête à s’échapper de ces cadres trop étroits par de longues séquences d’improvisations (celles-ci ont même fait l’objet d’un disque sous la forme d’une énigmatique compilation appelée Infrared Roses) qui ont constitué la marque de fabrique du groupe.

    Si c’était aussi simple… On pourrait délimiter le périmètre et en rester là. On prend son petit stock de disques et on a largement de quoi s’occuper. Mais c’est sans compter sur cette espèce de folie jusqu’au boutiste qui prévaut au sein de l’équipe de Dead Heads régnant sur un stock d’archives très impressionnant. Au point que les collections qu’ils élaborent, mises bout à bout, nous permettent de vivre en différé ce qui s’apparente à une épopée un peu déjantée, qui fait vivre pendant 30 ans un répertoire dont la liste des compositions n’est pas si étoffée. Il y a chez le Grateful Dead un terreau sans cesse labouré, une remise constante de l’ouvrage sur le métier.

    Ah, ces collections live ! 36 volumes de la série Dick’s Picks (chacun d’entre eux étant lui-même composé de plusieurs CD) ; une grosse douzaine de Download Series tout aussi copieuses ; et pour finir les Road Trips, soit une petite vingtaine de volumes supplémentaires. N’en jetez plus, la cour est pleine. Curieusement, cette accumulation, ces répétitions n’ont jamais suscité chez moi la moindre lassitude : ces concerts passés m’accompagnent, je les vis à distance géographique et chronologique, peut-être pour combler la cruelle déception d’un concert (dont j’ai encore les billets en ma possession) à Nancy qui ne s’est jamais tenu… Peut-être aussi pour rester en parfaite connexion avec mon passé et vivre le présent de manière plus sereine.

    Je croyais en avoir fini jusqu’à hier (enfin, quand je dis finir, il faut comprendre que je pensais mon univers enfin délimité), en découvrant l’annonce d’une nouvelle série de concerts dont les quatre premiers volumes sont annoncés pour 2012. Des soirées intégralement restituées, semble-t-il, avec un travail soigné apporté au son. Pfff… Voilà qui promet encore de longues heures de cohabitation avec les héros de mon adolescence. Sont fous ces Américains.

    Je vais essayer de survivre à cette nouvelle attaque traîtresse…

    PS : on aura compris par cette note quels moments difficiles je vis...

  • Vertébral

    grateful dead, europe 72Le Dead Store m’informe de l’expédition depuis San Francisco d’un double CD du Grateful Dead qui résonne en moi de façon très particulière. Ce disque goûteux, appelé Europe ’72 Vol. 2, fait remonter bien des souvenirs que j’ai déjà relatés… A l’époque, il y aura bientôt quarante ans, le groupe avait publié un triple trente-trois tours lumineux qui est resté ancré en moi, très probablement pour toujours, comme l’est cette musique en général. Une musique que je finis par considérer comme ma colonne vertébrale, autour de laquelle je m’efforce depuis de consolider un appareil musculaire toujours trop chétif. Au-delà des innombrables exhumations d’enregistrements live qui se succèdent depuis la fin de l’histoire du groupe (consécutive à la mort de son leader Jerry Garcia le 9 août 1995) et qui peuvent recouper cette nouveauté, ce volume, dont le répertoire complète celui du premier, arbore les mêmes couleurs que son prédecesseur, celles de l’Ice Cream Kid de Kelley & Mouse, enfonçant encore un peu plus profond le coin de la nostalgie. 156 minutes qui déroulent une musique imprégnée de rhythm’n’blues, de folk, de rock et nimbée de longues improvisations culminant ici en une séquence de plus d’une heure avec l’enchaînement de « Dark Star » et « The Other One », témoignages encore très vivaces de la période psychédélique du Dead. Voilà un disque à recommander aux Deadheads qui n’auront pas les moyens de s’offrir pour la modique somme de 450 $ le monumental coffret de 66 CD rassemblant l’intégralité des 22 concerts donnés par le groupe à l’occasion de sa grande tournée européenne de 1972… Un coffret qui va fort heureusement connaître un très attendu éclatement, sous la pression amicale des fans réclamant à corps et à cris une parution individualisée. Je me dis que les concerts parisiens de l’Olympia traverseront prochainement l’Atlantique…

  • Re(con)naissant

    greatfuldead_cwi.jpg

    Et un de plus sur la pile ! Ou plutôt quatre, pour être précis... Il y a tout de même quelque chose qui s'apparente chez moi à un sortilège. Je vous épargnerai toutefois la narration des innombrables épisodes qui lient ma vie de mélomane à la musique du Grateful Dead. Eh oui... encore eux ! Mais comment expliquer ce drôle d'appel auquel je résiste très difficilement dès lors que l'annonce d'un nouveau disque est portée à ma connaissance ? Voilà bientôt quarante ans que ça dure et même si la formation originelle n'existe plus depuis quinze ans - Jerry Garcia, âme du groupe, ayant quitté ce monde au mois d'août 1995 - les Dead Heads voient régulièrement leur soif de musique étanchée par la publication d'un nouveau disque : cette fois, c'est le concert du 7 juillet 1989 au Stade John F. Kennedy de Philadelphie qui est à l'honneur. Trois CD, trois heures de musique et, cerise sur le gâteau, l'équivalent en images ramassé sur un seul DVD. Le titre du mini-coffret est extrait des paroles de « Standing On The Moon », l'une des compositions de Built To Last, disque studio que le Grateful Dead venait de publier et qui serait d'ailleurs son dernier : Crimson, White & Indigo nous présente les six musiciens en excellente forme, malgré la fournaise dans laquelle ils évoluent et le mini short absolument ridicule arboré par Bob Weir, le second et indispensable guitariste.

    Une question de forme en effet : trois ans auparavant, Jerry Garcia s'était mis en très grand danger après un coma diabétique qui lui avait valu un long et pénible séjour à l'hôpital. Peu nombreux étaient alors ceux qui auraient parié sur son retour ! Mais le Captain Trips, grand consommateur de substances illicites et très nocives, avait beaucoup appris de cet accident : « Quand j'étais à l'hôpital avec des tubes branchés un peu partout, je pensais aux millions de choses que j'aurais pu faire au lieu d'être allongé sur un lit ». Il disait vrai : l'année suivante, le Grateful Dead enregistrait In The Dark, l'un de ses meilleurs disques et se payait même le luxe d'un hit single avec « Touch Of Grey ». Un phénomène peu courant chez un groupe capable de battre tous les records d'affluence depuis la fin des années 60 lors de ses concerts - on citera pour mémoire le concert de Watkins Glen de 1973 et ses 600.000 spectateurs - mais modeste vendeur de disques. Et si le successeur de cet album, ce Built To Last dont il est question un peu plus haut, n'atteignait pas en 1989 les mêmes sommets, il soulignait toutefois la vivacité retrouvée du Grateful Dead.

    L'écoute du disque est particulièrement révélatrice : les musiciens prennent un plaisir absolu à jouer et les chorus de guitare de Jerry Garcia sont incisifs comme aux plus beaux jours (il suffit pour s'en convaincre d'écouter dès le début son lumineux solo sur « Iko Iko »). Débarrassé des afféteries et gadgets synthétiques qui polluaient parfois son jeu à la fin des années 70 jusqu'au début des années 80 (comme tant d'artistes et de groupes, le Grateful Dead avait subi, mais de manière assez périphérique toutefois, le désastre musical de cette époque), notre homme impulse au groupe toute l'énergie de sa propre renaissance. Crimson, White & Indigo s'écoute dans la plus grande des fluidités, les minutes coulent en toute sérénité, chaque musicien apportant une couleur très personnelle à un ensemble parfaitement identifiable.

    Car le Grateful Dead, au-delà de son inspiration blues et rock voire country, de ses longues envolées improvisées nées de la « grande époque psychédélique » du côté de San Francisco, possède une vraie identité sonore qu'il est finalement assez compliqué de définir. Lançons quelques pistes cependant : il y a la voix fragile empreinte de mélancolie de Jerry Garcia posée sur les notes cristallines de sa guitare, il y a la présence plus impétueuse de Bob Weir le rockeur qui tisse une toile rythmique continue derrière les sinuosités de son leader qui n'a jamais caché son admiration pour des musiciens de jazz comme Django Reinhardt ou... John Coltrane ; mais le Grateful Dead, c'est aussi une assise percussive marquée par une grande souplesse, celle du jeu tout en nuances des batteurs (Bill Kreutzmann et Mickey Hart) qui jamais ne cognent vraiment, mais agissent plutôt comme des illustrateurs polyphoniques. On n'oubliera surtout pas Phil Lesh, bassiste faussement discret et personnalité majeure du groupe : ses attaques veloutées sont aussi l'une des composantes génétiques du sang qui coule dans les veines de cette musique.

    Côté claviers, la situation aura toujours été plus précaire dans l'histoire du groupe. Et mortifère surtout... Car il faut se souvenir que le Grateful Dead était né sous l'impulsion de Ron Mc Kernan, pianiste, harmoniciste, chanteur et bluesman habité qui n'avait pas survécu à une cirrhose du foie née de ses excès répétés : décédé en 1973, celui qu'on surnommait Pig Pen avait trouvé en Keith Godchaux un successeur avant tout pianiste et, il faut bien le reconnaître, plus transparent. Un tournant majeur dans l'histoire du groupe, qui se voyait amputé de fait d'une bonne part de sa fibre blues. Mais la mort accidentelle de Godchaux en 1980 avait fait entrer dans la danse un nouveau venu, Brent Mydland - présent sur ce concert de 1989 - musicien beaucoup plus fougueux, d'une présence tonifiante qui lui avait valu d'être particulièrement apprécié de Jerry Garcia, ce dernier lui vouant un véritable attachement. Mydland remettait l'orgue Hammond à l'honneur et sa voix écorchée donnait au Grateful Dead une nouvelle assise, plus proche de son empreinte sonore initiale. Il savait aussi manifester une forte présence sur scène : en témoigne ici sa prestation fiévreuse sur « Blow Away », l'une de ses compositions. Mydland harangue le public, l'emporte avec lui dans une danse frénétique sous le regard bienveillant et les coups d'oeil complices de Jerry Garcia.

    D'une certaine manière, Crimson White & Indigo se situe au cœur d'une courte période, plutôt faste, qui viendra se fracasser quelques mois plus tard sur la disparition de Brent Mydland, entré en dépression après des déboires conjuguaux, et qui finira par mourir d'une overdose. On dit que jamais Jerry Garcia ne s'est remis de cette nouvelle tragédie et que la douleur aura contribué à une nouvelle plongée dans la drogue qui finira par l'emporter lui-même en 1995.

    Crimson White & Indigo ne laisse pourtant rien paraître de l'histoire à venir du Grateful Dead, bien au contraire ! Son répertoire, qui se compose comme à l'accoutumée d'originaux du groupe (« Hell In A Bucket », « Ramble On Rose », « Loser », « Let It Grow », « Box Of Rain », « Scarlet Begonias », « The Other One », ...) mais aussi de reprises de Bob Dylan (« Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again » ou « Knockin' On Heaven's Door » qui clôt magnifiquement le concert) ou de classiques comme « Little Red Rooster » ou « Turn On Your Lovelight », fait jaillir toute la lumière née d'une amitié et d'une complicité qui possèdent finalement peu d'équivalents dans l'histoire du rock.

    Et l'on n'en finira pas de revenir vers ces artistes qui, avant tout, ont su insuffler une très forte dose d'humanité à leur art.

    The Grateful Dead : Jerry Garcia (guitare, chant), Bow Weir (guitare, chant), Phil Lesh (basse, chant), Brent Mydland (claviers, chant), Bill Kreutzmann & Mickey Hart (batterie, percussions).

  • Arcs-en-ciel

    Je dois lutter à tout prix contre une tentation nostalgique qui, à défaut d'un contrôle conscient de ma part, pourrait vite m'arracher à la nécessité de lutter, jour après jour, pour construire un lendemain qui me verra debout. Facile à dire...

    Voici en quelques lignes l'exemple d'une digression nostalgique qui vient malicieusement polluer mon quotidien. J'emploie cet adverbe à dessein parce qu'il faut bien l'avouer, ces échappées vers un passé lointain et idéalisé ne sont pas désagréables. C'est tout le contraire : elles s'apparentent à un douillet refuge qu'on gagne volontiers lorsque la grisaille du quotidien pointe sur vous un doigt menaçant et vous paralyse.

    J'écoutais ce matin un disque d'un saxophoniste anglais ayant posé ses valises du côté de New York voici une bonne dizaine d'années, Will Vinson. J'en profite pour dire ici que je consacrerai prochainement un peu de mon temps pour évoquer ce talentueux saxophoniste dans un article destiné à Citizen Jazz, avec très probablement une interview à la clé.

    Avant de quitter la maison, j'ai jeté un petit coup d'oeil à la pochette de l'un de ses disques, Promises, publié en 2008 (j'en profite tout de même pour dire que son nouveau CD live, The World (Through My Shoes), vient de voir le jour...) et je n'ai pu m'interdire de tracer une grande ligne droite entre ce que j'avais sous les yeux :

    will_vinson_promises.jpg

    et un autre disque, le lumineux Europe '72 du Grateful Dead (eh oui, encore ce groupe qui n'a pas fini de me hanter...) qui m'avait tellement fait rêver lorsque j'étais adolescent et grâce auquel j'avais fini par élaborer un subtil stratagème pour acquérir dans les meilleures conditions de... discrétion ce triple album qui, à l'échelle de mon budget d'adolescent, valait une petite fortune. A l'occasion, allez faire un petit tour par ici, car je raconte cette drôle d'histoire que j'ai d'ores et déjà sélectionnée, dans une version légèrement remaniée, pour un projet de bouquin qui traîne quelque part dans un coin de mon cerveau... et qui verra le jour !

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    On voit bien que ces deux visuels ne sont pas totalement étrangers l'un à l'autre. Il y a l'arc-en-ciel qui semble ouvrir une vaste porte vers un univers un peu irréel, celui de la création, très probablement. Et le fond blanc, pour mieux en souligner les couleurs. Et forcément, Promises appelle automatiquement en mon for intérieur la vision intérieure de Europe '72. Impossible d'échapper à ce rappel !

    J'ai donc marché pour me rendre au travail en écoutant Promises, les délicats entrelacs du saxophone de Will Vinson et de la guitare de Lage Lund. Avec, bien nichés dans un des tiroirs de mon armoire aux souvenirs, les arpèges cristallins d'une autre guitare, celle de Jerry Garcia dans « China Cat Sunflower » ou « Tennessee Jed » sur la scène du Lyceum de Londres ou de l'Olympia de Paris.

  • Magnolia

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    Photo © Maître Chronique - 6 avril 2010

    Histoire de ne pas plomber l'ambiance de ce blog en alignant des notes à la tonalité un peu trop souvent désespérée, je choisis aujourd'hui de lever les yeux au ciel et de contempler... Je me suis arrêté hier soir en effet devant un tableau vivant comme seule la nature est capable d'en créer. Après tout, l'inspiration florale est bien celle qui animait les peintres de l'École de Nancy... alors quoi de plus normal donc que de vous livrer ici, en toute simplicité, une composition dont la beauté n'a d'égale que son caractère éphémère ?

    Je ne sais pas résister au charme d'un magnolia en fleurs. Mais attention : cette éclosion, qui marque l'avénement du printemps, est de si courte durée qu'il nous faut dévorer des yeux son spectacle incomparable, s'en repaître goulûment tout en sachant qu'au moindre coup de vent, il s'évanouira, abandonnant au sol un triste parterre de pétales piétinés par l'indifférence des humains pressés.

    Cueille le jour.

    Cette fleur est aussi, à sa façon, ma madeleine de Proust : elle me ramène près de quarante ans en arrière - c'était en août 1972 - lorsqu'après avoir acheté dans un magasin parisien (Gibert Jeune ?) un disque enchanté du Grateful Dead appelé American Beauty, je m'allongeais à plat ventre sur le lit pneumatique que ma soeur avait installé pour moi et me calais la tête entre les deux hauts-parleurs de son électrophone, afin d'écouter comme dans un drôle de casque géant et ouvert cette galette qui m'avait coûté plusieurs mois d'argent de poche.

  • Ricochet

    grateful_dead_american_beauty.jpgTroisième matinée de soleil consécutive. Cette bizarrerie climatique - j'habite la Lorraine, est-il besoin de le préciser ? - ne laisse pas de m'enchanter, en particulier aux premières heures de la journée quand, privilégié que je suis, je déguste un thé parfumé aux agrumes dans mon jardin de poche, dont la végétation a pris ses plus belles couleurs. Allez savoir pourquoi, ces couleurs enchantées font résonner en moi la musique de « Ripple », petit bijou harmonique qu'on trouve, parmi d'autres trésors, sur l'American Beauty du Grateful Dead. Le groupe connaissait à l'époque, en 1970, une sorte de parenthèse tout aussi enchantée que mon arc-en-ciel arboré, entre les délires psychédéliques de la première époque et les vingt-cinq années qui allaient suivre, plus électriques mais tout aussi échevelées. Cette musique est intacte, comme préservée par les assauts des modes et du temps. « Let there be songs to fill the air... »

    Ecouter "Ripple" par le Grateful Dead

  • Live

    Pendant que nos « chers » dirigeants continuent d'accabler Internet et de désigner le réseau à la vindicte populaire, confondant visiblement fièvre et thermomètre, et d'en faire un sujet de politique répressive alors qu'ils seraient bien avisés de se rendre compte qu'ils disposent là d'un formidable outil propre à devenir un instrument capital dans l'aménagement du territoire, me vient l'envie, tel un gamin, de me réjouir des bienfaits de l'immédiateté rendue possible par la vitesse de circulation des informations sur la Toile. En toute légalité et en m'appuyant sur un petit exemple, celui de mon vieux groupe fétiche, le Grateful Dead, dont la résurrection sous le nom de The Dead est quasi miraculeuse (j'en reparlerai, ailleurs, très bientôt). Voici donc six musiciens qui ont entamé une série de 22 concerts (le Dead Spring Tour 2009) depuis le 12 avril et jusqu'au 16 mai. Tout ceci se déroulant aux Etats-Unis exclusivement, il y a une petite frustration pour la poignée d'européens dont je fais partie qui savent qu'ils ont bien peu de chances de réaliser leur vieux rêve d'une scène hexagonale (la seule fois où j'étais à deux doigts de voir le Grateful Dead sur scène, le concert a été... annulé ! C'était en 1981...). Fort heureusement, Internet est là qui nous permet, 48 heures après, de télécharger pour une somme modique (entre 12 et 10 € selon le format choisi, Flac ou mp3 256) chaque concert - soit trois heures de musique - avec une qualité de son irréprochable. Autant dire que je vais me régaler dans les mois à venir...

  • Arbre

    rediffusion.jpgAh, comme il fallait faire preuve de stratégie pour dissimuler à mes parents l'achat d'un nouveau disque, un de plus ! Du temps de mon adolescence, j'avais un chouette complice en la personne, si j'ose dire, d'un vieux marronnier.

    Lire « La stratégie de l'arbre à disques », publié le 9 mars 2005.

     

  • Puzzle

    Dead Moon RisingLe résultat n’est pas inoubliable, certes. Parce que le rock un peu rude et la voix rocailleuse de John Fogerty se marient plutôt mal, finalement, avec la rythmique aérienne et les flammèches évanescentes lancées par les cordes électriques du Grateful Dead. Mais cette rencontre, qui remonte à l’année 1991, entre celui qui était à lui seul Creedence Clearwater Revival et la bande à Jerry Garcia, ressemble pour moi à l’une des pièces manquantes du puzzle que je tente d’assembler depuis les années de ma préadolescence. En 1970 – j’avais alors douze ans – je m’entichais du premier avant de me lancer à disques perdus dans la découverte du second, dès le mois de janvier 1972. Il aura fallu attendre près de vingt ans pour qu’une jonction s’opère et presque autant encore pour qu’elle me parvienne aux oreilles. Astucieusement baptisé Dead Moon Rising - les spécialistes comprendront – cet enregistrement constitue un précieux témoignage, à défaut d’être musicalement historique.

  • Egyptien

    rocking_the_cradle.jpgL’histoire retiendra très certainement les années qui viennent de s’écouler aux Etats-Unis comme une période noire tant le bilan de leur actuel président paraît catastrophique : qu’il s’agisse d’économie, d’écologie, de sécurité, de société ou de diplomatie, il n’y aura rien à sauver de ces huit années. On frôle le désastre chaque jour.
    Voilà une raison de plus de me réjouir de l’arrivée, il y a deux jours dans ma boîte aux lettres, d’un bel objet en provenance d’outre-Atlantique : «Rocking the Cradle» est le témoignage sonore et visuel des concerts donnés les 15 et 16 septembre 1978 par le Grateful Dead en Egypte, au pied de la pyramide de Gizeh. Quatre heures de musique, avec en prime un DVD où l’on voit le groupe sur scène mais aussi en villégiature sous un soleil de plomb. Et un digipack malin qui déploie deux pyramides quand on l'ouvre. Un petit bonheur qui ne se refuse pas.
    Loin de moi l'idée de prétendre que tout était parfait là-bas il y a trente ans... Mais tout de même : l'écoute de ces belles minutes où les musiciens du Dead convient sur scène Hamza El Din et son Nubian Youth Choir pour un étonnant «Ollin Arageed» nous renvoie l'image d'un pays humaniste et ouvert aux cultures du monde, celle de l'Amérique qu'on aime.
    Il faut qu’elle revienne et chasse ses démons, y compris lorsque ceux-ci portent un jupon !