Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Filiation

    Dans une chronique à paraître très prochainement sur Citizen Jazz*, j'évoque la relation familiale qui me semble unir la musique de Sébastien Texier à celle de son père, le contrebassiste Henri Texier. J'ai eu l'occasion de m'entretenir dernièrement avec ce dernier sur ce sujet après un concert donné par le trio africain constitué, outre Henri Texier, de Louis Sclavis (saxophone soprano et clarinettes) et d'Aldo Romano (batterie). Nous étions à Chalons-en-Champagne, près du bar de la très belle salle de la Comète. Une conversation instructive qui montre que cet apparentement ne semble pas si marquant pour le contrebassiste, lui qui vit ces choses-là de l'intérieur.

    mcht.jpg
    Henri Texier & Maître Chronique au Sunset, en avril 2007 © Fabrice Journo

    « Je ne me rends pas bien compte, je sais que Sébastien et moi, on a beaucoup de points en commun sur le plan musical, à part le fait d'avoir les mêmes gènes. Mais depuis toujours, ses goûts musicaux, je les ai appréciés aussi et peut-être que ce sont toute une quantité de strates qui se sont accumulées. Franchement, j'entends toutes ses mélodies, elles me conviennent, certaines me plaisent beaucoup. Cela dit, je ne sens pas une filiation particulière, mais je suis d'accord, je suis complètement d'accord avec ce qu'il a fait dans cet album, avec ou sans moi, lui et ses potes. Je n'ai pas mis mon grain de sel et je me suis senti parfaitement à l'aise. Mais bon, je ne suis pas trop bien placé pour donner un avis... Sébastien, il a grandi là-dedans, il n'a pas grandi avec Johnny Hallyday, il a grandi avec nous ! De plus, il a trouvé un vocabulaire, un idiome, c'est une espèce de quête, de tissage. Il y a des brins, des motifs, qui font leur propre étoffe. »

    podcast

    En bonus, une petite carte postale sonore sous la forme des premières minutes du concert de Romano Sclavis Texier à Chalons-en-Champagne avec un extrait de "Daoulagad" (Henri Texier). Un concert sur lequel nous reviendrons plus en détail dans un prochain article pour Citizen Jazz.

    * Consacré au dernier disque du trio de Sébastien Texier, Don't Forget You're An Animal.

  • Limpide

    cj_sissoko_segal.jpg

    Quand le violoncelliste Vincent Segal - dont la carte de visite est assez impressionnante si l'on en juge par la diversité de ses collaborations et expériences : l'Ensemble Intercontemporain, Cesaria Evora, Elvis Costello, Sting, Piers Faccini, Matthieu Chedid, Marianne Faithfull, sans oublier le duo Bumcello formé avec le percussionniste Cyril Atef - rencontre le musicien compositeur Malien Ballaké Sissoko, joueur de kora, on pressent que le mariage des cordes sera magnifique. Un pressentiment totalement vérifié par les faits... Trois sessions d'enregistrement à Bamako au mois de mai 2009 ont donné naissance à Chamber Music, un disque de plénitude publié sur le label No Format !. La conversation entre les deux instruments est de toute beauté, si harmonieuse et intemporelle qu'elle semble attirer vers elle comme par magie d'autres musiciens, comme par exemple Demba Camara au karignan.

    Un disque qui exprime une certaine vérité, celle de l'âme. Une chronique est à venir sur Citizen Jazz.

    podcast
    En écoute, un extrait de "Ma-Ma FC" : Ballaké Sissoko (kora), Vincent Segal (violoncelle), Demba Camara (karignan).

  • Quartet

    Agulhon, Imbert, Legnini, Pédron. Bingo ! Il est toujours très agréable de braver simultanément la nuit, l'hiver lorrain et les brumes spinaliennes pour s'apercevoir que quatre musiciens de jazz peuvent faire "théâtre comble" dans une ville de taille moyenne et recevoir un accueil enthousiaste de la part d'un public par ailleurs reconnaissant du travail effectué depuis la veille par ces artistes pour partager leur passion de la musique avec quelques stagiaires. Soit une bonne douzaine d'élèves présents sur scène le temps de jouer deux compositions répétées avec leurs enseignants d'un week-end.

    Réunis pour la première fois - on espère avoir assisté au début d'une nouvelle histoire - Franck Agulhon, Diego Imbert, Eric Legnini et Pierrick Pédron ont ensuite distillé un répertoire tonique puisant aux sources de quelques standards ("I Can't Get Started", "Lover" ou "I Hear A Rhapsody") mais aussi de compositions originales ("Waltz For A King" et "Tune Z" pour Pierrick Pédron, "Guet Apens" pour Diego Imbert ou "Big Boogaloo" pour Eric Legnini).

    Lyrisme, complicité, joie de faire rayonner un art maîtrisé mais toujours en mouvement : merci à eux quatre ! Cette soirée du 16 janvier à Epinal était sans le moindre doute à mettre au compte des moments qui vous regonflent d'une énergie salutaire.

    ailp.jpg
    De gauche à droite : Eric Legnini (piano), Diego Imbert (contrebasse),
    Pierrick Pédron (saxophone alto), Franck Agulhon (batterie).

    podcast

    En écoute : les trois premières minutes du concert et un extrait de "Waltz For A King" (Pierrick Pédron).

  • Privilège

    nancyneige.jpg

    C'est un luxe finalement... On peut toujours trouver des raisons de râler, en bons français que nous sommes : "ILS" n'ont pas déneigé, "ILS" nous abandonnent, "ILS" ceci, "ILS" cela. Comme le disait ce matin à la radio un conducteur chargé de nettoyer une portion de 50 kilomètres d'autoroute avec son chargement de 6 tonnes de sel et de saumure, les automobilistes pensent qu'il n'a pas neigé lorsqu'ils trouvent leur route dégagée au petit matin, mais dès qu'une autre voie est encore recouverte d'un épais manteau blanc, ils se persuadent que personne ne fait jamais rien pour eux... Nous avons construit une société de l'urgence et de l'immédiateté qui s'affranchit de la réalité des saisons, alors doit-on s'étonner que, parfois, son mécanisme se grippe sous l'effet de quelques flocons "épais et collants" ?

    C'est l'hiver, en somme... Il fait froid (plus froid qu'en été), il neige, le vent souffle (dans ma jeunesse, on l'appelait la bise). Etrange comme la ville est presque silencieuse au petit matin. On goûte sa chance de n'avoir pas besoin de se rendre à son travail en voiture ou par quelque transport en commun que ce soit. De poser les pieds bien à plat dans la poudreuse qui n'a pas encore subi les assauts des pelletées de sel qui vont la salir et la transformer en bouillie. D'écouter le petit crissement de la chaussure lorsqu'elle s'enfonce dans l'épaisseur ouatée. Dans les oreilles, un vieux disque de Chicago, le numéro VII, ajoute sa propre touche à un tableau vivant qui devient intemporel, comme si le paysage s'arrêtait.

    On a aussi une pensée pour d'autres humains, très loin de nous, du côté des Grandes Antilles. Haïti, une fois encore, s'offre en martyr au reste du monde. Il y avait eu l'ouragan Jeanne voici maintenant un peu plus de cinq ans. Auujourd'hui, la terre a tremblé et les morts vont se compter par milliers.

    Nos routes peuvent attendre un peu, non ?

  • Publicité

    sophie_darly.jpg

    Allez, pour une fois... Je m'autorise un petit clin d'œil en direction d'un disque, Soul Game, enregistré par la chanteuse Sophie Darly, qu'il m'est assez difficile d'évoquer dans les colonnes internautiques de Citizen Jazz. Je m'y serais volontiers attelé, mais la rédaction d'une chronique aurait manifesté de ma part une curieuse façon d'être juge et... génétiquement partie. Mais ici, dans cet espace sur lequel j'exerce une autorité sans partage - j'évoque ici mon blog, ah, ce plaisir d'une petite dictature personnelle, d'un royaume virtuel sur lequel on fait régner un ordre absolu ! - pourquoi, après tout, me refuserais-je le droit de partager le plaisir qu'on peut avoir à écouter son Mad Jazz Boy de fils exercer son talent de saxophoniste au service d'une musicienne ? Le talent, justement, il n'en manque pas le bougre, d'ailleurs, à l'alto comme au ténor, mais je m'en tiendrai là en matière de compliments pour éviter les railleries... Le pôpa et son p'tit garçon, j'entends d'ici les ricanements... Rien de tout cela donc, allez plutôt faire un petit tour sur le My Space de Sophie Darly. Vous pourrez y écouter de larges extraits de son disque (Hé, vous savez quoi ? Même que sur le premier titre en écoute, « Land Of Thousand Boys », on entend vachement bien le saxoph... ah, juste, j'ai oublié que je ne devais pas en parler) qui balance tranquillement entre blues et jazz et vous offrira un joli moment de musique. Icing cherry on the cake, vous pourrez même acheter le CD ou, si vous en préférez la version dématérialisée, le télécharger on ne peut plus légalement sur la plate-forme d'iTunes. C'est chouette, non ? D'habitude, j'aime pas trop la pub, mais là, allez savoir pourquoi, elle m'est sympathique...

  • Policier

    hammett.jpg

    Voilà une réédition particulièrement réussie ! Dans leur collection Quarto, les éditions Gallimard publient un réjouissant volume regroupant les cinq romans écrits par Dashiell Hammett : Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon maltais, La Clé de verre, L'Introuvable. Une très belle occasion de se (re)plonger dans l'univers d'un écrivain qui a su faire franchir un cap essentiel au roman policier : celui de l'entrée en littérature et de l'avénement du « roman noir ».

    Ecrits entre les années 1929 et 1934 (date à partir de laquelle cessera son activité d'écrivain), ces livres marquaient en effet une rupture avec un genre aux règles assez mécaniques plutôt dominé par une certaine école anglaise, celle des John Dickson Carr, Edgar Wallace ou encore Agatha Christie, « qui n'est vraiment à l'aise que parmi les manoirs anglais, avec leurs compagnies de maîtres d'hôtels, leurs mœurs de province, leurs histoires de gros sous », comme le souligne Jacques Cabau en introduction de cette somme de plus de mille pages.

    Ancien détective privé de la célèbre agence Pinkerton, Hammett savait très bien de quoi il retournait en matière de crime et allait immerger ses récits dans des univers beaucoup plus sombres, très ancrés dans une réalité ou règnent violence, corruption et immoralité. Raymond Chandler rappelle ainsi que « Hammett a délogé le meutre des palais vénitiens pour le balancer dans la rue ; non pas que le crime doive y traîner indéfiniment mais il était bienvenu de se défaire le plus possible des chichis bourgeois d'Emily Post ». Tout est dit en une phrase !

    Dashiell Hammett se considérait à l'époque comme l'une des rares personnes qui prenaient le roman policier au sérieux : on ne pourra que se réjouir de cette publication qui bénéficie d'une nouvelle traduction, la précédente étant trop marquée par le recours à un argot démodé qui privait probablement le lecteur d'une approche plus intemporelle que méritent largement ces romans.

    Une manière aussi, de souligner le rôle essentiel des traducteurs, rarement mis en avant et qui, pourtant, contribuent pleinement à l'épanouissement des textes au-delà de leurs frontières originelles. Pierre Bondil et Natalie Beunat auraient mérité de voir leurs noms en première de couverture, juste au-dessous de celui de l'écrivain américain. Cerise sur le gâteau, le prix est plus que raisonnable (27 €) et pourrait vous inciter à un achat qu'à coup sûr, vous ne regretterez pas.

  • Lumière

    Il y a les listes de fin d'année, les meilleurs disques, les meilleurs bouquins, les meilleurs films, ... tous ces petits palmarès rétrospectifs qu'on établit pour fixer le temps passé. Ces menus recensements auxquels il faudrait certainement ajouter le florilège des stupidités énoncées ou entreprises par ceux qu'on appelle nos responsables... Les charters, les Auvergnats, les annonces quotidiennes, les trahisons, les mensonges, la cupidité, la convoitise, la violence, la fuite en avant vers un avenir trouble, la misère, la guerre, les pillages, les tours s'élevant à 810 mètres de haut, ...

    Il y a tout ça...

    vitrail.jpg

    Le jour ne s'est pas encore levé, j'ai juste envie de partager un peu de lumière. Que cette année puisse être pour chacun d'entre nous celle des instants qu'on capte, des rencontres fugitives, des regards qui se croisent, des petits mots qu'on échange, de la curiosité renouvelée. D'une certaine forme d'intelligence, celle du cœur.