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Sur le chemin de Vincent Payen

Find_My_Way.jpgVoilà un peu plus de deux ans maintenant que le trompettiste Vincent Payen a enregistré, avec son groupe Leeway & Friends, On The Road To Lee Morgan, une déclaration d’admiration à un jazzman mort à l’âge de 33 ans dans des conditions plutôt tragiques (sa femme l’ayant tué d’un coup de pistolet après une dispute) et qui, quand on y songe, est à considérer par-delà sa contribution au mouvement hard bop comme l’un des pères putatifs du funk.

Vincent Payen publie aujourd’hui son deuxième disque, Find My Way. Après la route, le chemin donc, tout cela semble cohérent… Vous connaissez certainement ce musicien si par ailleurs vous vous intéressez à Electro Deluxe, une formation qui ne cesse de porter avec beaucoup d’aplomb (et de public) la voix d’une soul music décomplexée, en particulier depuis que le très charismatique James Copley en est le chanteur. Le trompettiste est en effet l’un des sept membres réguliers de ce groupe en fusion.

On The Road To Lee Morgan était un disque pétillant et qui – j’avais eu l’occasion de l’écrire dans une chronique pour Citizen Jazz - loin d’embaumer Lee Morgan dans un hommage trop révérencieux, faisait souffler une brise vivifiante sur sa musique. Un disque tonique et humble qui fournissait les premières indications sur la personnalité de ce jeune trompettiste à la fois discret et généreux. Cette fois, Vincent Payen franchit un cap, certainement important pour lui : Leeway & Friends devient Leeway Vincent Payen, preuve d’une volonté d’affirmation qui ne contrarie en rien l’esprit de groupe qui l’anime, puisqu’on retrouve à ses côtés les mêmes musiciens qu’en 2013 : Olivier Laudrain (saxophones), Laurian Daire (claviers), Sébastien Maire (basse et contrebasse), Laurent Locuratolo (batterie et percussions). Sans oublier d’autres amis fidèles, ces camarades qui gravitent autour de sa sphère cuivrée et viennent parfois lui donner un petit coup de main dans le travail de composition, comme les trois compères d’Electro Deluxe que sont Gaël Cadoux, Thomas Faure ou Bertrand Luzignant. Cerise sur le gâteau, ou plutôt sur la trompette, la chanteuse Nkia vient prêter sa voix à la moitié des compositions.

On dirait pourtant que quelque chose a vraiment changé en deux ans… Si une énergie joyeuse continue de traverser des thèmes comme « Station Street » et « To Lee Morgan » - chaînons naturels entre les deux disques et qui ne sont pas sans évoquer par leurs réminiscences un standard comme « Watermelon Man » d’Herbie Hancock – ou les trois courts intermèdes aux allures de fanfare de rue intitulés « Street 66 », on devine chez Vincent Payen un besoin de se présenter sous un éclairage différent et d’afficher une personnalité plus complexe, que pourraient masquer ses fougueuses interventions scéniques avec Electro Deluxe… tout comme sa pratique revendiquée du triathlon (l’homme est un sportif accompli). Il ne m’en voudra pas, j’en suis certain, de le comprendre comme un musicien qui accepte de dévoiler aujourd’hui une part de lui-même, intime et plus sentimentale. Le trompettiste est un tendre qui s’est par ailleurs jeté à l’eau (après tout, la natation, il connaît bien…) en déposant ses propres compositions dans la corbeille, aux côtés de celles que ses amis ont eux-mêmes apportées ; tout au long du disque, il laisse filtrer une atmosphère aux nuances contemplatives et brumeuses, parfois mélancoliques, que vient souligner le chant de Nkia, lui-même empreint de douceur et d’une fragilité aux antipodes du syndrome The Voice et ses cordes vocales désincarnées en acier trempé. Et ce sont d’autres cordes qui fourbissent leur petite dose d’émotion, celles qui sculptent un écrin de de velours à « Un nouvel espoir », un instrumental signé Laurian Daire, dont la texture est finement épaissie par une quarte de souffleurs (clarinette basse, flûte, saxophone et trombone) et invente la musique d’un film imaginaire aux accents romantiques. Même « L’eau à la bouche » de Serge Gainsbourg est délestée de son acidité naturelle pour muer en un rafraîchissement qu’on peut déguster tranquillement en se laissant bercer par le rythme des vagues…

Find My Way n’est pas un disque du déferlement, on l’a compris : entre soul, jazz et R’n’B, il est une proposition plus sereine, plus distanciée que son prédécesseur. A la façon d’un temps de réflexion qu’on s’accorde avant de poursuivre son chemin, celui peut-être qu’on vient tout juste de trouver et sur la destination duquel on s’interroge. Mais aussi parce qu’il faut savoir s’arrêter pour ne pas se consumer trop vite. Cette musique, qui parle au creux de l’oreille, est à recevoir pour ce qu’elle est : le cadeau d’un ami qui sonne à votre porte et vient vous parler de la vie, avec ses joies et ses peines. Un disque simple et chaleureux, aux arrangements soignés, un de ceux qui font beaucoup de bien quand la grisaille se répand sur nos têtes…

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