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das kapital

  • Ah, ce Poulsen !

    hasse poulsen, das kapital, the langston project, open fistJe crois que je pourrais me damner pour un chorus de guitare tel que celui dont Hasse Poulsen nous gratifie d’emblée sur « Webstern », la composition signée Edward Perraud qui ouvre avec majesté le nouveau disque du trio Das Kapital, paru sur Label Bleu. Car son intervention décisive – véritable saillie électrique – est rien moins que magistrale et me renvoie aux grandes heures d’un Neil Young chevauchant son Cheval Fou. En peu de notes, d’une intensité foudroyante, le Danois semble expulser hors de lui une force hors du commun et dévoile l’une des nombreuses facettes de son talent, qui est immense. Amusante conjonction (mais il ne saurait y avoir ici le moindre hasard), Poulsen était la semaine dernière au tableau d’honneur de Citizen Jazz : deux chroniques d’albums, un reportage photo, un portrait, un entretien. Normal, car nous sommes là en compagnie d’un personnage pas comme les autres, que j’ai eu la chance de découvrir il y a bien longtemps déjà, quand il évoluait dans la formation Napoli’s Walls de Louis Sclavis, aux côtés de deux autres musiciens atypiques, le cornettiste Médéric Collignon et le violoncelliste Vincent Courtois. C’était en... 2003, je crois. Un grand disque (tous les disques de Louis Sclavis sont de grands disques), un moment de scène comme je les aime, dans le cadre intime du Caveau des Trinitaires de Metz.

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  • Capital

    das_kapital.jpgUn disque d'apparence foutraque, mais qui est rien moins que savant et qui fait un bien fou ! La nouvelle livraison du trio un brin déjanté et néanmoins germano-franco-danois, Das Kapital, est un très grand moment de musique. Ballads & barricades, Das Kapital plays Hanns Eisler, devrait ravir tous ceux qui attendent de l'art autre chose que ce qu'ils connaissent déjà, et qui aiment qu'on les emmène brinquebaler sur des chemins de traverse, histoire de se dégourdir les tympans. Avec sa formule peu commune : guitare, saxophone et batterie, le trio reprend à son compte quinze chansons de Hanns Eisler, qui fut « une icône de l'art communiste allemand » après avoir fui d'abord son pays pendant la seconde guerre mondiale puis, à nouveau chassé mais cette fois par le Mc Carthysme, effectué un retour sur sa terre natale. Il devint même le compositeur de l'hymne de l'Allemagne de l'Est. Nos trois lascars ne reculent devant rien : ils peuvent entamer une bossa nova ou se la jouer calypso avant d'effectuer de joyeuses embardées (imaginez Stan Getz ou Sonny Rollins mettant les doigts dans une prise de courant), puis se lancer dans une valse faussement bancale ou bien interpréter un thème particulièrement émouvant (qu'on aurait volontiers imaginé joué par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, en écoute un peu plus bas) qui se transforme en un duel rageur saxophone - batterie, comme une évocation de l'époque où John Coltrane livrait bataille avec Rashied Ali le temps d'un Interstellar Space. Ce disque est d'une incroyable richesse, il nous livre une surprise au détour de chaque mesure et traduit un bel équilibre entre les musiciens qui savent endosser tour à tour le rôle de solistes et de rythmiciens. Voilà une musique savante nourrie de chants populaires qui sait rester accessible à toutes les oreilles de bonne volonté.

    « On dit que le rock est mort. On dit que le jazz l'est aussi. On a enterré le socialisme. La liberté a été sécurisée. 68 est en retraite. On nous ordonne de divertir. On nous impose d'avoir peur et de se méfier d'autrui. Enfin, ce n'est pas vraiment notre genre ».

    C'est ce que rappellent les musiciens de Das Kapital. On est bien là en effet devant un art engagé, qui ne connaît pas la tiédeur et dont l'inspiration est si puissante qu'on ressort comme étourdi de cette revue jubilatoire. Allez, je m'autorise d'ores et déjà à dire que ce disque sera l'un des plus beaux de l'année.

    podcast
    En écoute, un extrait de « Die Moorsoldaten ».
    Daniel Erdmann (saxophone ténor), Hasse Poulsen (guitare), Edward Perraud (batterie).