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pierre desassis

  • Mupokesi - Expression

    mupokesi_expression.jpgLe fait d'être père d’un musicien justifie-t-il le silence autour d’un disque publié l'année dernière par un quartet dont il est le saxophoniste ? Dois-je taire un EP, comme on dit aujourd’hui, au prétexte que je serais partial et donc illégitime dans mes commentaires ? Ma réponse est non, et je m’autorise un rapide plaidoyer pro domo ! Une réponse d’autant plus négative que le groupe Mupokesi doit son existence au guitariste compositeur, Yanni Balmelle, membre du Grolektif, fondateur de différentes formations (Yanni Balmelle Quartet, ZAQ, Limbus, New Urban jazz, Trio DT, Y) et amoureux de littérature tout comme de philosophie. Une intrication des passions qui serait à l’origine de l’appellation Mupokesi, quelque part entre musique et poésie. Pas étonnant que Balmelle ait un beau jour croisé la route d’un certain Pierre Desassis, saxophoniste habitant lui-même Lyon et membre, entre autres, d’une joyeuse bande affiliée au Grolektif suscité, j’ai nommé Bigre ! (dont j’évoquerai ici prochainement le nouveau disque intitulé To Bigre ! Or Not To Bigre !). Tout aussi lyonnais est le pianiste Guillaume Ménard, d’abord formé à l’école classique qu’il quittera avant de retrouver quelque temps plus tard le Conservatoire par la porte du jazz. Willy Brauner, batteur quant à lui, est d’abord passé par la Lorraine avant de rallier Lyon, tout comme son comparse saxophoniste d’ailleurs. Il se pique d’un amour de la gastronomie en même temps qu’il est musicien (jazz, rock, folk), enseignant et passionné de technologie ou de web design. On peut suivre sa trace à travers des formations comme May Orchestra, The Amazing Place ou Melt.
     
    Expression, ou 36 minutes d’une musique raffinée – une durée voisine de celle de bien des 33 tours de nos jeunes années – qui affiche un véritable amour de la mélodie. Le répertoire porte les couleurs d’un camaïeu d’élégance et de suggestion, porté par l’interprétation toujours juste, sans démonstration inutile, d’une formation dont la composition n’est pas si courante, en l’absence de basse ou de contrebasse. On constate avec plaisir à l’écoute du disque que Mupokesi est un tétragone – amis lyonnais, notez le jeu de mots, tout de même – dont le jazz regarde tout autant en direction de la jeune scène new yorkaise (on devine par son jeu que Yanni Balmelle marche volontiers dans les pas de guitaristes tels que Kurt Rosenwinkel, Gilad Hekselman ou Lage Lund) que vers celle d'une esthétique feutrée évoquant indirectement l’école du jazz rock anglais des années 70 et dont certaines figures de proue avaient pour nom Hatfield & The North ou National Health. De très belles références qui soulignent la qualité des six compositions d’un album finement ciselé et, de plus, emballé dans un digipack dont la sobriété, toute en noir blanc et rouge, lui convient parfaitement. Quand contenant et contenu font si bien la paire, il n'est jamais inutile de le souligner. Avis aux programmateurs, il y a de très beaux moments de musique à passer avec ces quatre-là qui savent raconter leur musique comme d’autres disent des poésies : avec le cœur.
     


    Yanni Balmelle (guitare), Pierre Desassis (saxophones), Guillaume Ménard (Rhodes), Willy Brauner (batterie).

    Autoproduction

  • La bande à Ludo

    J'étais à Paris vendredi. Un coup de chance car le trompettiste Ludovic Louis avait rameuté sa bande du côté du China pour un concert dont l'imprégnation soul music n'aura échappé à personne. L'occasion aussi d'applaudir mon fils qui était de la partie, armé de son saxophone alto. Un bon moment, chaleureux (chaud également car la salle était bondée, notamment en raison de la présence de caméras de télévision), une réponse haute en couleurs à la France sinistre annoncée deux jours plus tard dans les rues de la capitale, pour ruisseler sa détestation de l'alterité. Ici, il ne s'agissait que de générosité et d'un métissage dont le pouls était bien celui d'un mariage épanoui. Merci aux musiciens, donc, de nous avoir offert ces instants d'humanité.

    En guise de souvenir, une dizaine de minutes extraites de ce concert avec "Brown Sugar", une composition du chanteur pianiste guitariste d'Angelo (sur son premier album éponyme). On pardonnera aux bavards impénitents qu'on entend parler d'être un peu bruyants, après tout, ce petit tumulte fait partie du jeu.

    Les musiciens :

    Ludovic Louis (trompette), Stefan Filey (chant), Pierre Desassis (saxophone alto), Vincent Bidal (clavier), Haïlé Jno-Baptiste (guitare), Stéphane Castry (basse), Christofer Gourdin (batterie).

  • Dans les cheveux

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    Si j'en crois le site www.amazon.fr, Duke Ellington va s'arracher les cheveux lorsqu'il lira depuis le paradis des musiciens la fiche descriptive du dernier disque enregistré par le Big Band de l'Air, sous la direction de Stan Laferrière. Assez subtilement baptisé Duke In The Air, ce second enregistrement réalisé par le pianiste arrangeur devient un bien étrange Duke In The Hair sur le site de vente en ligne...

    Toute plaisanterie mise à part (et nonobstant le fait que vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessus pour commander l'album), je m'autorise une incursion personnelle dans la campagne de promotion de ce disque puisque l'un des acteurs en est mon propre fils. Mad Jazz Boy y fait en effet vibrer les anches de son saxophone (soprano ou alto) et propose en particulier un petit numéro assez personnel sur « Caravan », qu'il dynamite non sans bonheur tout au long des cinq minutes d'un chorus plutôt réjouissant.

    Ce disque est également l'occasion de (re)découvrir une « Deep South Suite » passée aux oubliettes de l'histoire de la musique, mais visiblement pas perdue pour tout le monde, puisque certains de ses thèmes étaient réapparus sous un autre nom et pas nécessairement sous la signature de Duke Ellington. Stan, si tu lis ces lignes, n'hésite pas à venir nous raconter cette histoire en quelques lignes, tu seras le bienvenu !

    Enfin, Duke In The Air, enregistré en public à Bayonne, Tours et La Souterraine, est une occasion de partager une heure de musique avec une quinzaine musiciens qui s'expriment avec beaucoup de conviction et de talent sur les arrangements très toniques de leur chef d'orchestre.

    Ça fait du bien !

    podcast

    En écoute, un extrait de « Caravan » avec Pierre Desassis (ici au saxophone soprano) dans ses oeuvres... Sébastien Maire (contrebasse), Stan Laferrière (piano), Xavier Sauze (batterie) + Ludovic Louis, Nicolas Gardel, Mathieu Haage, Julien Rousseau, Philippe Slominski (trompette, bugle), David Fettmann (saxophones alto & soprano, clarinette), Olivier Bernard (saxophone ténor & soprano), Christophe Allemand (saxophone ténor), Cyril Dumeaux (saxophone baryton), Nicolas Grymponprez, Bertrand Luzignant, Cyril Dubilé, Jean Crozat (trombone).

  • Printanier

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    Et si nous restions en accord avec la saison en parlant, encore et toujours, de musique... Après tout, voilà qui nous permet de prendre un peu de hauteur après les épuisants et plutôt vulgaires épisodes de la vie politicienne de la période récente. Que nos amis politologues et autres éditorialistes cessent donc de s'épuiser (et de nous épuiser par la même occasion) en ressassant jusqu'à la saturation la moindre phrase prononcée par nos, comment dit-on déjà ? Ah oui, nos responsables... pour en tirer de hasardeuses conclusions (ce qui les différencie des responsables en question qui, eux, s'acharnent dans un insupportable tic de langage à tirer les conséquences, une stupidité puisque les conséquences ont cet avantage précieux de se tirer toutes seules)... Je me propose de leur résumer l'avant, le pendant et l'après campagne électorale en une phrase simple : l'actuel locataire de l'Elysée est le président de la République de l'UMP. Ni plus, ni moins. Je l'avais déjà écrit ici-même il y a belle lurette, autant le rappeler car rien ne change. Tout est dans cette phrase et basta !

    Avant-hier donc, le collectif du Z Band célébrait le printemps en vous soumettant une composition ou un titre qui saluait le renouveau et, surtout, remisait l'hiver au plus vite dans son grenier glacé. Aujourd'hui, pour parachever ce tableau de l'éclosion, j'aimerais revenir rapidement sur un moment de musique aux touchantes imperfections nées de la mise en place à l'arraché d'un concert - qui s'apparentait plutôt à une jam session - réunissant quatre musiciens se connaissant bien, au moins pour trois d'entre eux. Nous étions à Nancy, le 15 mars 2010, dans la petite salle du Quai Son, que les autochtones connaissent fort bien depuis longtemps et notamment lorsqu'elle s'appelait le Barnum.

    Ah, les lundis du Barnum !!! J'en connais quelques uns qui s'y sont illustrés un sacré nombre de fois, fourbissant leurs instruments, se lançant de joyeux défis à coups de standards fiévreux. Mon Mad Jazz Boy de fils n'avait pas 18 ans quand il zébrait l'atmosphère alors très enfumée de la salle des flammèches cuivrées de son saxophone (ténor, alto ou soprano). Il y croisait chaque semaine le bec avec quelques potes musiciens qui, tous, faisaient fi de conditions parfois précaires et savaient réchauffer l'ambiance jusqu'à des heures tardives.

    Ce lundi 15 mars, trois de ces acharnés du boeuf, auprès desquels est convié un quatrième larron et talentueux batteur, se sont donné rendez-vous pour une réunion qui ressemble avant tout aux retrouvailles de vieux amis. Le public, peut-être moins nombreux qu'à l'époque haute en couleurs relatée plus haut, est tout de même venu, souvent pour s'accouder au bar et écouter en sirotant. Cédric Hanriot (claviers), Mathieu Loigerot (contrebasse), Gauthier Garrigue (batterie) et... Pierre Desassis (saxophone alto), l'invité de dernière minute, revisitent quelques thèmes bien connus, comme « Take The Coltrane », « Nardis » ou « Cantaloupe Island ». On devine qu'une ou deux répétitions auraient pu très facilement propulser la musique vers de plus hautes sphères mais qu'importe ! La fraîcheur est là, une vraie vibration s'installe, les thèmes laissent la place aux fantaisies des solistes et on ne s'ennuie pas.

    C'est tout ce qu'on demande après tout : être là et partager des instants suffisamment fiévreux pour qu'on puisse quitter les lieux, sans nostalgie, mais en pensant aux heures passées qui sont restées gravées dans nos mémoires.

    Un bon début de printemps, une envie de musique, le besoin d'autres concerts...

    podcast

    En écoute : quelques minutes du concert, le temps d'un chouette chorus de Mad Jazz Boy au saxophone alto.

    Cédric Hanriot (claviers), Mathieu Loigerot (contrebasse), Gauthier Garrigue (batterie), Pierre Desassis (saxophone alto). Nancy, le Quai Son, lundi 15 mars 2010.

    Crédits :
    Photo : Jacky Joannès - Captation : Maître Chronique (Yamaha Pocketrak 2G)