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hugo lippi

  • Zone de confort

    Hugo Lipp - Comfort Zone.jpgCe qui fait le charme de ce qu’on appelle parfois « la musique de jazz » - je reprends ici une formulation chère à Henri Texier – c’est peut-être sa versatilité. Derrière ce mot, se cache selon moi l’idée d’une musique changeante, capable de satisfaire des appétits d’une grande diversité et de répondre aux variations d’humeur. Elle peut être plus ou moins imprégnée de fantaisie, rester au plus près de la mélodie ou s’en écarter au profit d’une quête plus atonale et exploratoire, quand elle n'est pas bruitiste. Elle est toujours atmosphérique. Elle peut vous rassurer ou au contraire vous mener sur des chemins incertains. Elle chuchote au creux de l’oreille ou crie sa révolte. À chaque moment – une saison, un jour, une heure, une fraction de seconde – correspond un état particulier du jazz. Mais quelle qu’en soit la tonalité, cette musique est l’expression d’un cœur qui bat. Une pulsation.

    Ces quelques réflexions me sont venues à la fin du mois d'août en écoutant Comfort Zone, que signe le guitariste Hugo Lippi. Il n’y a sans doute rien de très original dans mon propos, mais il est comme un rappel. Avec cet album, c’est cette petite histoire d’un déclic discret, d’un charme qui a opéré tranquillement. La musique de l’Anglais n’est ni abrasive ni tourmentée, elle est portée par une nécessité mélodique qui vous donne envie d’ouvrir en grand les fenêtres et de guetter la première apparition du soleil. Son groove natif est celui du plaisir d’un chant intérieur porté par la fluidité, sans artifice, du jeu d’un musicien activement recherché sur les scènes européennes. Pour la bonne cause, vous l’aurez compris.

    Comfort Zone est le quatrième disque enregistré par Lippi, il voit le jour sur le label Gaya Music de son ami Samy Thiébault – aux côtés duquel j’ai eu la chance d'apprécier son talent à deux reprises, le temps de quelques Caribbean Stories (une première fois lors de l’édition 2018 de Nancy Jazz Pulsations, la seconde au Marly Jazz Festival 2019). Avec lui, trois compagnons dont on mesure instantanément l’adéquation avec la force tranquille du leader : partenaires de Wynton Marsalis au Lincoln center, Ben Wolfe (contrebasse) et Donald Edwards (batterie) constituent une paire rythmique qui sait allier force et discrétion. Quant à Fred Nardin, le seul Frenchy de la bande, faut-il en rappeler l’omniprésence depuis quelque temps ? Son piano est de ceux qui écrivent leurs propres histoires, bien ancrées dans celle du jazz. Assise rythmique sans faille, toujours prêt aux échappées mélodiques et à une conversation volubile avec le guitariste.

    On veut bien croire qu’avec ce nouvel enregistrement, Hugo Lippi a souhaité – ainsi qu’il le laisse entendre – s’extraire de sa zone de confort, lui dont la personnalité peut demeurer un peu secrète. Un disque est une exposition, il faut parfois se faire violence pour le mener à bien. Soit. Mais on aurait tort de penser que la nôtre est en jeu. Bien au contraire, Comfort Zone, par ses compositions originales ou ses reprises (« Manoir de mes rêves », « God Bless the Child », « Humpty Dumpty » ou « Freedom Jazz Dance »), par sa manière de chanter avec sérénité, est une invitation à prendre son temps. À se laisser embarquer, sans question inutile, vers de séduisants rivages mélodiques.

    Musiciens : Hugo Lippi (guitare), Fred Nardin (piano), Ben Wolfe (contrebasse), Donald Edwards (batterie).

    Titres : Manoir de mes rêves / Letter to J / Choices / Humpty Dumpty / Clementine / God Bless the Chld / Here’s That Rainy Day / Just in Time / Freedom Jazz Dance / Comfort Zone / While We’re Young / 12th

    Label : Gaya Music